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Tribune: « Non » au confinement: Macron a dix fois raison

« Le Président américain Abraham Lincoln avait conclu une réunion ainsi : « Sept oui, un non, les non l’emportent ». Emmanuel Macron a fait pareil en refusant, presque seul contre tous, de mettre le pays sous cloche une troisième fois. Il a eu dix fois raison.


1. Parce que ça n’est ni la première, ni la dernière pandémie que nous devons apprendre à gérer. Sans remonter à la grippe espagnole, les grippes asiatiques et de Hong Kong avaient autant tué en France à la fin des années 1950 et 1960 en proportion qu’aujourd’hui. Nos sociétés avaient affronté cette épreuve sans fermer les écoles, hystériser les médias ni arrêter l’économie. Le risque de pandémie fait désormais partie de la vie, assumons-le.

2. Parce que le choix collectif du tout confinement n’est pas probant. La Corée du Sud ou Taiwan s’en sont dispensés, avec succès. Le sacrifice de l’activité en France a conduit à des résultats sanitaires à peine meilleurs qu’en Suède où l’on n’a pas confiné.

3. Parce que l’essentiel des victimes sont les personnes âgées, fragiles ou malades, ce sont elles qu’une société solidaire doit protéger au maximum. En compensant leur perte de revenus intégralement quand ils ne peuvent plus travailler, en les vaccinant en premier et en les accompagnant à domicile ou en établissement pour leurs besoins domestiques et de santé. Les protéger donc, sans tout geler pour les autres.

4. Parce que c’est la peur de représailles judiciaires qui a inhibé les décideurs, au moment où ils sont au pied du mur de leurs responsabilités. Conséquence : on s’en remet à des médecins pour recommander voire endosser les décisions alors que c’est le rôle des politiques qui ont été élus pour cela.

5. Parce que l’administration n’achète ni ne distribue aussi bien que le privé avec lequel la collaboration est souvent difficile. Elle sait établir des procédures, contrôler ou interdire, au risque d’infantiliser, alors qu’en temps de crise ce sont bon sens, pragmatisme et humanité qui entraînent l’acceptabilité populaire, donc l’efficacité.

6. Parce que le facteur clé aux yeux des médecins est la peur de se retrouver avec des hôpitaux débordés par le nombre de malades par rapport aux lits d’accueil. Le plus urgent est donc de se mobiliser sur ce point. Des moyens supplémentaires et des lits en trop coûtent infiniment moins cher que la cessation de l’activité du pays.

7. Parce que fermer les activités dites « non essentielles » a été une erreur économique et culturelle. Le mot traduit l’incompréhension de ce qui fait l’âme de notre pays et affecte sa psychologie collective. Pourquoi interdire cinéma, théâtre, bibliothèques, musées, quand on peut aisément y espacer le public, bien plus qu’en avion ou en train ? On ne punit pas le bobo parisien, c’est la France qu’on brutalise, ce pays où le spectacle et la culture font partie de l’intimité des êtres. Pourquoi fermer petits commerces et grands magasins où la jauge est aisée à respecter ? Quant aux restaurants, au lieu de céder à la facilité d’une décision nationale, fixer des règles adaptées aux situations locales permettrait de travailler aux établissements disposant d’espace et d’indemniser complètement les autres.

8. Parce que le « quoi qu’il en coûte » doit se limiter à ce qui est nécessaire et utile pour l’avenir. Le soutien à l’économie a combiné l’action des banques avec bpifrance, l’Ademe, la Caisse des Dépôts. Laissons prendre leur risque aux entreprises privées qui ont su s’adapter ou se réinventer pour survivre, sans qu’on leur demande.

9. Parce qu’aujourd’hui, c’est la rapidité de la vaccination qui redonnera confiance. La priorité doit donc être donnée à développer la production, assurer la logistique et mobiliser tous les praticiens capables de faire l’injection à ceux qui la veulent, plutôt qu’à chercher à convaincre les autres qui ont le temps de changer d’avis.

10. Parce que les jeunes sont au premier rang des victimes. Eux qui sont les moins exposés au virus ont vu le confinement éteindre vie sociale, études, voyages, stages, petits boulots, apprentissage, emploi, relations familiales ; et leur laisser le fardeau d’une dette massive. Si la mobilisation doit être déclarée, c’est à leur égard. Le confinement à répétition est donc la plus douloureuse des réponses à la pandémie. Dix problèmes, autant de solutions : accepter la réalité, protéger les plus fragiles, appliquer les règles d’hygiène et les gestes barrières, faire coopérer public et privé, laisser la décision au politique, tenir compte des situations locales, accroître le nombre de lits, accélérer la vaccination, décélérer l’endettement et responsabiliser chacun. Dix principes pour redonner espoir au pays plutôt que l’enfoncer dans la dépression économique, psychologique et sociale. »

Bernard Spitz, à lire dans Les Echos