Catégories
Economie Edito

Pour une stratégie de fonds propres

Proposition de plan de relance post COVID pour préserver l’outil de production et sauvegarder l’emploi en France

Le choc économique exogène massif provoqué par la crise du Coronavirus ne ressemble à aucune des crises précédentes : il ne passe ni par l’industrie financière, ni par des effets de cycles industriels. L’effondrement de la demande provoqué par le confinement affecte en premier lieu le secteur des services, et impacte directement un très grand nombre de TPE, PME et ETI, dont il menace la survie. L’enjeu en termes d’emploi est considérable, sans précédent. Sauvegarder les entreprises pour sauvegarder l’emploi: tel est le défi. Il pose un problème particulier à l’action publique, qui n’a pas l’expérience de venir au secours des entreprises avec une telle granularité. 

La première priorité des pouvoirs publics a été de sécuriser la liquidité du système économique, qui paraît assurée, par les reports d’échéances fiscale et sociales et des prêts garantis par l’Etat,  sous réserve que les délais de paiement interentreprises ne viennent pas menacer les sous-traitant les plus fragiles. Nous proposons des mesures de surveillance particulières sur ce point. 

Toutefois, le choc ne pourra être absorbé seulement par des mesures de trésorerie et des prêts, même garantis. Sauf à ce que le tissu de PME ressorte de cette épreuve immobilisé par le surendettement, les entreprises auront besoin, au delà du chômage partiel,  de fonds pour absorber leurs pertes, c’est à dire de capital. L’une des principales différences entre les plans allemand et français de sortie de la crise est que le premier prévoit 150 milliards d’euros d’infusion de capitaux publics dans les entreprises. Cette approche nous semble pertinente, et cette note propose une stratégie de fonds propres, permettant d’accompagner les entreprises, le temps qu’elles se relèvent. 

Pour les entreprises cotées, nous proposons que les collectivités publiques  se dotent d’une enveloppe significative, de plusieurs dizaines de milliards d’euros,  pour réaliser des infusions de capital permettant de maintenir l’indépendance des grandes entreprises françaises. Ces “nationalisations partielles” seront réalisées en recourant à des outils simples, actions avec droits de vote, qui assurent que le contribuable bénéficiera du retour à meilleure fortune dans les mêmes conditions que les actionnaires privés.

Dans le secteur du non coté, nous constatons que les fonds de LBO disposent pour l’heure d’une grande réserve de liquidités pour défendre et étendre leurs investissements dans de grandes et moyennes entreprises, et nous pensons qu’un effort particulier doit être engagé pour développer une industrie du capital-investissement capable d’apporter du capital et du quasi capital à destination des PME. Nous proposons des instruments en ce sens, qui associeraient la Caisse des Dépôts, la BPI, les régions et les capacités existantes du secteur de l’investissement.

Pour les TPE et le secteur de l’artisanat, ainsi que pour certains secteurs particulièrement affectés, les subventions sont la manière la plus expédiente de compenser les pertes ; il y a sur ce segment un écart très significatif entre le plan français et le plan allemand, dont il nous paraît important de réduire une partie.

Enfin, dans l’optique de la préparation de la reprise, la note aborde les ajustements temporaires à effectuer sur la réglementation prudentielle des acteurs financiers, les dispositions particulières à prendre pour le secteur de la construction et de la rénovation écologique, et la question d’une incitation temporaire à l’investissement et au renouvellement des emplois temporaires.

L’ensemble de ces mesures ne visent qu’à maintenir en état l’appareil productif, les emplois et les compétences.  La note ne prend pas position à ce stade sur la question complexe de la relance de la consommation, qui est actuellement bloquée par le confinement, et dont on ne sait pas encore mesurer l’ampleur. Toutefois, les toutes premières indications font apparaître le risque d’un effet récessif plus important que prévu initialement du fait d’une remontée lente de la demande. Il faudra les affiner en fonction de différents éléments, notamment les hypothèses de déconfinement en France et chez nos principaux partenaires.  A ce stade encore préliminaire, notre recommandation est d’accompagner le maintien en état de l’appareil de production de mesures ciblées sur les personnes les plus en difficultés et les ménages modestes. Le risque à prévenir est  celui de la combinaison d’un comportement de surépargne de la part de ceux qui en ont la capacité et de sous-consommation pour les plus démunis.   

Téléchargez ci-dessous l’intégralité de la note rédigée par le groupe GracFin :