Présidentielle 2017 : « Renverser la table, sans aveuglement »

Un collectif de 300 entrepreneurs et intellectuels appelle, dans une tribune au « Monde », à voter le 23 avril contre le choix des extrémismes ou de l’abstention.

Moins d’une semaine et les urnes rendront leur verdict. Plus que quelques jours donc pour écrire notre avenir. Pas seulement pour élire un président. Pour décider du destin de notre nation. Jamais l’avenir n’a semblé aussi incertain, et le monde entier a les yeux rivés sur la France.

Dans quelques jours, il ne sera en effet plus question de sondages, de commentaires, d’analyses sur «une campagne qui ne ressemble à aucune autre»… Il restera alors deux candidats, dont l’un sera élu quinze jours plus tard président de la République française.

Deux candidats, mais pas forcément deux options. Il faut être lucide sur notre situation collective. Les extrémistes ont le vent en poupe et l’on peut aisément comprendre pourquoi. La peur du chômage, les difficultés du quotidien, la montée des inégalités, les agressions terroristes, les tracasseries administratives, le coût de la vie, les insuffisances de l’Union européenne, tout cela fait beaucoup. Surtout quand s’y ajoute le feuilleton des manquements à la morale publique et au sens civique. On comprend dans ces conditions l’envie de renverser la table: la lassitude, le sentiment d’impuissance, la sensation du déclassement à l’heure où le projet France a tant besoin de renouveau et d’espérance.

La colère, cette mauvaise conseillère

Mais il y a plusieurs façons de renverser la table. Il y a la colère, cette mauvaise conseillère qui vise d’abord à punir ceux qui ont failli. Mais qui sera puni? Nous tous! Nous, les classes moyennes, les entrepreneurs, les professions libérales, les créateurs, les paysans, les ouvriers, les chercheurs, les étudiants, les chômeurs; nous tous, de la jeunesse de notre pays à ses retraités. Nous tous, des villes et des campagnes, des DOM-TOM comme de la métropole.

Parce que les extrêmes appuient leur discours sur des illusions, des fausses promesses et des cadeaux intenables. Parce que la réalité qui éclaterait dès le lendemain serait celle de taux d’intérêt qui exploseraient et rendraient impossible pour beaucoup de rembourser leur crédit de leur logement, de leur exploitation agricole, de leur véhicule. Parce que les investisseurs étrangers se détourneraient immédiatement de notre pays, nous mettant dans l’incapacité d’emprunter comme de payer nos fonctionnaires. Parce que tout ce que nous importons, à commencer par le litre d’essence, verrait sa facture exploser. Parce que les pensions des retraités perdraient instantanément de leur valeur. Parce que nos exportations seraient irrémédiablement freinées par des représailles contre notre soi-disant «protectionnisme intelligent». Voilà où peut conduire la colère, le repli sur soi, la négation de nous-mêmes. Une punition collective et individuelle aux effets immédiats.

Il y a aussi l’abstention. On peut entendre le rejet et la déception, mais ce choix du non-choix, cette carte blanche laissée à n’importe qui et notamment au pire, est un danger pour nous tous.

Le 24 avril au matin, il sera trop tard pour regretter

On peut aussi faire le choix de la raison. Le choix froid et lucide de renverser la table sans aveuglement. D’en finir avec ceux qui dans la classe politique se renvoient la balle depuis plusieurs décennies sans jamais tenir leurs promesses. Avec le jeu des partis, où l’on a renoncé à penser pour se constituer en castes d’élus, conservateurs par nature et dogmatiques par paresse. Avec l’immobilisme par souci de préserver les rentes, sans se soucier du blocage de l’ascenseur social, de la montée des inégalités ou du sentiment d’insécurité qui gagne la population. Oui, on peut aussi choisir de renverser la table dans un mouvement positif et optimiste qui consiste à croire en notre chance d’aller de l’avant ensemble.

Voici le choix qui se présente à nous. Céder à la colère ou au renoncement en nous abstenant de voter. Le 24avril au matin, il sera trop tard pour regretter. Le 23avril, allons voter la tête froide et le coeur en paix, pour l’idée que nous nous faisons de la France et de son avenir.

Ce manifeste est signé par un collectif de plus de 300 chefs d’entreprise, entrepreneurs, dirigeants, artisans, professions libérales et intellectuels.

Les 80 premiers signataires sont :

Lidgy Adelaïde (La Mode à la rue), Michaël Amar (Ifeelgoods), Olivia Asseo (Familin Paris), Brice Auckentahler (Tilt ideas), Nihel Bemrah (Nanny Please), Frédéric Benqué (US Invest), Etienne Bernard (Bernard Controls), Grégoire Biasini (Palomar), Pascal Blanchard (historien), Deborah Brown Plivain (Gentle Gourmet), Laurent Bruloy (groupe Looping), Nicolas Bühler (entrepreneur), Cécile Cellier (entrepreneur), Philippe Chainieux (Made.com), Catherine Chaulet (DMC Partners), François-Xavier Chupin (Sport Finance), Sophie Combes (entrepreneur), Bruno Cremel (entrepreneur), Patrick Daher (entrepreneur) Paulin Dementhon (Drivy), Slav Djoudjev (Green Mile), Guillaume-Olivier Doré (Robin’Finance), Camille Dubac (écrivain), Gaël Duval ( jechange.fr ), Michel de Fabiani (entrepreneur), Fabrice Del Taglia (Nomade Aventure), Amélie Faure (Launchmetrics), Olivier Flecklinger (entrepreneur), Stéphane Fontaine (entrepreneur), Nicolas Fourt (entrepreneur), René Frydman (médecin), Pierre Gallix (président d’association), Arnaud Gangloff (entrepreneur), Sylvain Gauthier (Easy Vista), Bernard Gilly (Gensight Biologics), Arnaud Giraudon (entrepreneur), Agathe Giros (The Editorialist), Mathias Hautefort (Vitis), Denis Jacquet (Edufactory), Benoît Jardin (Le Perche Agricole), Didier Kayat (Daher), Monique Labbé (Critère), Anne Lalou (Web School Factory), Jéremy Lamri (Monkey Tie), Hervé Le Bras (démographe), Alexandre Le Moil (Novamob), Antoine Lussignol (entrepreneur), Alexandre Nicolas Marin (entrepreneur), Bernard Michel (Gecina), Rudolf Mouradian (groupe Eloi), Guillaume Multrier (entrepreneur), Michel Ninou (entrepreneur), Agnès Pannier (entrepreneur), François Poitrine (entrepreneur), Pierre Pringuet (Association Française des Entreprises Privées), Jean-François Rial (Voyageurs du Monde), Antony Rodes (Sellneeds), Jean Rognetta (PMEFinance-EuropeEntrepreneurs), Laurent Sabatucci (EOL), Angelos Souriadakis (Ylios), René Sylvestre (entrepreneur), Philippe Tibi (Pergamon), Agnès Touraine (Act III Consultants), Pascal Vermeersch (entrepreneur), François Veron (entrepreneur), Emmanuelle Vignaud (entrepreneur), Gilles Widawski (APS groupe), Lionel Zinsou (entrepreneur)…

Mélenchon le Libertador

Edito de Laurent Joffrin dans Libération le 14 avril

Ce n’est plus une politique étrangère : c’est une politique exotique. Méditant un tournant stratégique pour le pays, Jean-Luc Mélenchon prévoit dans le point 62 de son programme de faire adhérer la République française à l’Alliance bolivarienne des Amériques, obscure coalition montée en 2005 par le Venezuela, Cuba et une poignée d’autres îles des Caraïbes, avec le soutien de la Russie et de l’Iran, pour faire pièce aux menées de l’impérialisme yankee. Elle tient son nom de Simon Bolivar, le «Libertador», héros de l’indépendance latino-américaine.

On ne saurait sous-estimer l’importance du projet. Notre Libertador à nous envisage de quitter ces deux organisations marginales et obsolètes que sont l’Otan et l’Union européenne, qui sont décidément peu de choses à côté de cette Alliance bolivarienne vouée à un avenir radieux. La France échappera ainsi à l’oppression américaine pour nouer des liens étroits avec ces démocraties impeccables que sont la Russie et l’Iran. Elle sortira surtout d’un tête-à-tête stérile avec l’Allemagne dominatrice pour se concentrer sur ses relations nouvelles et prometteuses avec les îles Saint-Kitts et Nevis.

Le commandante Che Mélenchon pose un regard tout aussi neuf sur les autres domaines de la politique mondiale. La crise syrienne, par exemple, n’a pas grand-chose à voir avec la révolte populaire contre la dictature féroce du clan Assad, l’acuité de l’affrontement chiite-sunnite ou encore la folie fanatique de l’Etat islamique. Elle découle principalement d’une bataille entre puissances impérialistes pour le contrôle de trois pipelines régionaux, comme on le voyait déjà dans Tintin au pays de l’or noir. Aucun de ces pipelines n’existe et ils ont peu de chances de voir le jour. Deux d’entre eux ont un tracé qui ne passe pas par la Syrie. Mais enfin, seuls les esprits faibles peuvent s’y tromper : les ruses de l’impérialisme sont infinies.

De même il faut cesser d’importuner sans cesse ce brave Poutine, si accommodant quand on ne le provoque pas en critiquant l’assassinat de journalistes, la tentative de déstabilisation de l’Ukraine ou les quelques massacres qu’il a pu commettre par inadvertance en Tchétchénie. Au contraire, dans une envolée gaullo-trotskiste, le général Mélenchon propose une conférence européenne de l’Atlantique à l’Oural, destinée à négocier des amendements de frontières sur le continent. La plupart des spécialistes de politique internationale estiment que c’est faire un cadeau somptueux à la diplomatie poutinienne et ouvrir une boîte de Pandore, rappelant que les deux guerres qui ont ravagé le continent sont nées de la volonté de l’un ou l’autre de remettre en question les frontières. Mais ce sont considérations conformistes et crypto-atlantistes…

Mélenchon a enfin soutenu continûment le pouvoir vénézuélien, composant ode sur ode à Hugo Chavez et à ses successeurs. Ces louanges ont été mises en sourdine depuis que le pays a sombré dans le chaos. Le régime chaviste, de plus en plus autoritaire, a réussi le tour de force d’instaurer, sur fond d’hyperinflation, une grave pénurie des produits de première nécessité au Venezuela, notamment des médicaments, alors qu’il est assis sur les plus grandes réserves pétrolières au monde. L’évolution du Venezuela rappelle cette vieille blague anticommuniste : le Parti communiste prend le pouvoir au Sahara ; première année, il ne se passe rien ; deuxième année : pénurie de sable. Drôle de modèle, tout de même…

L’accord commercial UE-Canada et l’influence française – par Sylvie Goulard

L’accord commercial UE – Canada et l’influence française : leçon de choses

L’accord commercial UE-Canada a suscité beaucoup de passion et de commentaires mais un aspect est largement passé inaperçu à Paris : il offre une saisissante illustration de la manière dont les Français gaspillent, en ce moment, leur influence.

Alors que le Canada, et notamment la province du Québec sont chers au cœur des Français, une très large majorité de députés européens français a voté contre ce texte lors de son approbation par le Parlement européen à Strasbourg.

Parmi les orateurs les plus virulents du débat du 15 février, plusieurs voix françaises ont souligné, non sans véhémence, la nocivité de cet accord. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, en passant par Yannick Jadot, les candidats à l’élection présidentielle s’en sont donné à cœur joie.

Outre les extrêmes et les Verts, tous les députés socialistes ont voté contre l’accord bien que le gouvernement actuel de la France y soit favorable. Certains Républicains et centristes en ont fait autant, d’autres se sont abstenus. Ainsi, s’il avait fallu compter sur les députés français seulement, l’accord aurait été rejeté.

Naturellement, tous les députés opposés à cet accord ne sont pas hostiles au Canada mais encore faut-il savoir que les Canadiens, et parmi eux tout particulièrement les Québecois, y tiennent ardemment. Le Premier ministre Justin Trudeau est venu en personne à Strasbourg saluer cet accord moderne, « progressiste », fruit de sept années de travail euro-canadien.

Il a redit dans l’hémicycle, le 16 février, sa volonté de construire une relation plus étroite avec les Européens, en rappelant l’importance de défendre ensemble l’Etat de droit, une société ouverte, une économie mondiale respectueuse de l’environnement, inclusive. En « off », certains responsables canadiens n’ont pas caché leur préoccupation après l’arrivée de Donald Trump à la tête des Etats-Unis.

Le Canada, État démocratique et allié et, à travers lui le Québec, a besoin de l’Europe pour affirmer ses valeurs, diversifier ses débouchés et échapper ainsi à une trop grande dépendance envers l’Amérique de l’imprévisible Donald Trump.

Pour la France, il est vital de combler un déficit du commerce extérieur qui, en 2016 s’est encore creusé atteignant 48 milliards d’euros (quand l’Allemagne et l’Italie accumulent des excédents qui atteignent cette année respectivement 250 milliards et 50 milliards d’euros).

L’accord UE-Canada n’est pas parfait mais il est bien moins dangereux que certains cherchent à le faire croire. En tout cas, ses défauts éventuels méritent d’être mis en balance avec des enjeux stratégiques et commerciaux, ainsi qu’avec les liens anciens de la France avec ce pays.

A quoi servent les belles promesses d’amitié francophone si, dans un moment où la solidarité est testée concrètement, les Français manquent à l’appel ? Et si nous nous éloignons de partenaires tels que les Canadiens, avec qui bâtirons-nous un monde un peu moins injuste ?

Dernier détail qui n’en est pas un : dans son discours, Justin Trudeau a annoncé que dorénavant, c’est l’ambassadeur du Canada auprès de l’Allemagne fédérale, en poste à Berlin, qui sera aussi le représentant de son pays auprès de… l’Union européenne.

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Retrouvez également une interview de Sylvie Goulard sur ce sujet, publié dans le journal Les Echos le 16 février 2017: cliquez ici.

Pascal Blanchard: « L’élection de Trump, c’est la victoire du choc des civilisations »

Interview réalisée par Laure Gautherin le 9 novembre 2016 pour le site Aufeminin.com 

Si l’arrivée de Donald Trump à la tête des Etats-Unis a surpris le monde entier, son élection est bien loin de constituer un phénomène isolé. Comme nous l’explique Pascal Blanchard, historien, celle-ci ne s’inscrit que dans un (re)basculement général de la politique vers un populisme nourri par la peur de l’autre.

 » Cette élection a une forte odeur des années 30 « , constate Pascal Blanchard, historien, documentariste et co-directeur de l’agence de communication Les Bâtisseurs de Mémoire, suite à l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis. Peut-on réellement parler de surprise ou encore de cas isolé ? Certainement pas. Avant de se pencher sur le cas américain, il rappelle la situation en Europe mais aussi ailleurs, où les idées populistes et les discours alimentés par la haine de l’autre connaissent depuis un certain temps une renaissance.

 « Trump se place dans cette continuité. Ça n’est pas une élection sortie de nulle part. Depuis 10 ans, on observe lors des élections les mêmes fractures raciales et genrées que pendant la campagne américaine, souligne-t-il. Cette rupture n’est pas nouvelle, on a déjà pu l’observer en Italie avec l’alliance de Berlusconi avec la ligue de droite, la force de Pegida en Allemagne… L’Autriche va peut-être bientôt élire son premier président fasciste depuis la 2nde guerre mondiale et en France, Marine Le Pen joue sur la fracture coloniale. Son slogan « On est chez nous », est exactement, au mot près, la campagne que vient de mener Trump.« 
Et le phénomène n’est pas seulement européen ou américain. On parle d’une contagion planétaire qui ne connait que de rares exceptions dont certains pays nordiques, pourtant admirés jusqu’alors pour leur ouverture, ne font pas partie. « Même au Japon, où les étrangers sont ultra minoritaires, on peut l’observer. Si vous écoutez bien le premier ministre Shinzō Abe actuellement, ses discours sur les Coréens sont totalement incroyables. On a l’impression d’entendre Marine Le Pen sur les Maghrébins en France. Ce populisme traverse le monde. En Australie, l’extrême droite commence aussi à obtenir des votes. »

Les dangereux échos du passé

Difficile en effet de ne pas faire la comparaison avec cette période sombre de l’histoire où, rappelle Pascal Blanchard, « naissait tous les 6 mois une nouvelle dictature en Europe. » « On remarque les mêmes mécanismes électoraux qu’à l’époque avec l’arrivée au pouvoir des dictateurs comme Hitler. La campagne de Trump était basée sur la haine, la peur et cette élection a symbolisé une véritable fracture raciale. On peut comparer son cas à l’arrivée de Mussolini qui s’était présenté comme le Duce de tous les Italiens. Trump est un Mussolini moderne« , explique-t-il en faisant référence à son discours de victoire dans lequel il se promet d’être le Président non pas d’un peuple mais de « tous les Américains« .

Dans les années 30, c’était le traumatisme de la 1ère guerre mondiale qui avait motivé cette virée populiste. Aujourd’hui, ce revirement n’est pas sans cause non plus. « La guerre contre les extrémistes musulmans, avec comme point de départ le 11 septembre, mais aussi Ce qui se passe en Europe depuis un an avec les réfugiés ont été un déclencheur absolu« , analyse l’historien.

L’identité au coeur

« Les gens ne fonctionnent pas avec la raison mais avec la peur, la peur de l’autre, la peur de perdre son statut social, la peur d’une 3ème guerre mondiale demain. Ils cherchent un bouc émissaire, un ennemi commun et ils cherchent à protéger leur identité. Et ce que les gens pensent comme faisant partie de leur identité c’est d’être blanc. »
La fameuse suprématie blanche qui ne s’est jamais éteinte a abattu grâce au candidat républicain sa meilleure et ultime carte. « Dans un contexte où aujourd’hui, il y a plus de bébés de couleur que de bébés blancs qui naissent, les Américains voient la fin de leur suprématie. Et Trump est le dernier porteur du glaive défenseur de cette suprématie. » Suprématie face à laquelle se soulèvent des minorités dont la voix se fait de plus en plus entendre.

« C’est la victoire du choc des civilisations. Trump est dans cette guerre-là, c’est un homme qui va commencer par construire des murs, séparer les gens, définir que des personnes d’une certaine religion n’entreront pas sur le territoire et dont la politique centrale va donc être de protéger la race« , résume Pascal Blanchard qui rappelle que le Républicain n’a jamais caché la nature de son programme qui va donc faire de cette mission de protection de la race le moteur de la première puissance mondiale, au détriment des droits de l’Homme.
« Il va y avoir une politique migratoire extrêmement dure et contraignante. L’autre, l’étranger, va être perçu comme un ennemi intérieur et extérieur. Je vous passe le fait d’être musulman demain au Etats-Unis ! » annonce-t-il.

Les Etats-Unis, miroir de la France ?

Les élections américaines opposaient deux candidats mais les électeurs n’ont pas tant voter pour le Républicains que contre sa rivale Hillary Clinton. Malgré les sondages qui la donnaient gagnante, la cote de popularité de la Démocrate a joué au yoyo pendant toute la campagne et l’ex Secrétaire d’Etat n’a jamais fait l’unanimité. Symbole de la corruption suite à plusieurs accusations de financements frauduleux via sa Fondation et l’affaire des emails privés, « Hillary Clinton représente pour beaucoup la nomenklatura washingtonienne, des gens qui sont complètement déconnectés de la réalité et de la société américaine et qui ne savent plus parler au peuple. C’est exactement le problème de la gauche en France. Beaucoup de gens aujourd’hui ne se sentent plus du tout concernés par la politique socialiste et par François Hollande, Ils ont un sentiment que la gauche sociale les a totalement oubliés, qu’elle privilégie les droits des étrangers, qu’elle ne répond plus à leurs attentes. »

Quel discours tiennent alors ces déçus du gouvernement ? « Je possède peu mais le peu que je possède je veux le conserver. Et qu’est-ce que je possède ? C’est une couleur de « natif ». Il est anormal que quelqu’un qui arrive après moi ait plus de droits que moi. » Ce discours on l’observe à tous les niveaux, même dans les classes populaires, note Pascal Blanchard. « Quand vous n’avez plus rien, vous n’avez plus qu’une chose à défendre c’est la couleur de votre peau qui vous donne un pouvoir, celui d’être supérieur à l’autre, donc d’avoir plus de droits que lui. Cela se traduit par la préférence nationale, le protectionnisme, l’interdiction du franchissement des frontières, etc. » Un discours qui ne nous est pas totalement inconnu…

« Selon ces augures politiques, il va falloir regarder de très près la campagne de 2017 car personne ne croyait à la victoire de Trump, et il a gagné, et personne ne croyait à l’arrivée de Marine Le Pen et elle s’est offert un score exceptionnel à la dernière présidentielle. » CQFD… Ce qui est certain, c’est que l’année prochaine, une importante partie des citoyens français votera en fonction de sa couleur de peau, comme aux Etats-Unis.
Quant à ces derniers, le clivage à la fois racial, genré et générationnel qui a marqué ces élections, très serrées rappelons-le, représente un certain espoir. « Comme l’explique très bien Michael Moore, c’est le dernier tour de force des « petits blancs » mais qui risque de durer 4 ou 8 ans. » Des années qui pourront toutefois être longues et difficiles. En effet, le Président aura de son côté le Congrés, à majorité républicaine. « Il arrive avec une puissance incroyable » et promet déjà de mettre à mal les avancées effectuées par Obama. Il faudra donc se montrer patient, très patient.

Apprentissage. Dites-nous comment !

À l’aube d’une élection présidentielle, quel est le plus important pour un candidat ? Le bon programme ou la bonne méthode pour l’appliquer ? Il est facile de répondre les deux ; en réalité, c’est souvent la méthode qui compte le plus.

Prenons l’exemple le plus scandaleux des dernières décennies : le chômage massif de nos jeunes. Rien de plus frustrant pour la société, de plus mauvais pour l’économie, de plus désespérant pour le corps social. La solution est sous nos yeux, en Allemagne : l’apprentissage. Là-bas, chaque année, il y a trois fois plus d’apprentis formés qu’en France, pour trois fois moins cher avec, pour résultat, trois fois moins de chômeurs dans la jeunesse : 8 % contre plus de 25 % chez nous !

Tous nos candidats le savent. Tous n’ont pas de mots assez doux pour vanter ses mérites. Le problème, c’est que ce discours vertueux est servi depuis vingt ans et que rien n’évolue. La situation a même plutôt empiré car les réglementations changent tous les ans, tandis qu’en Allemagne il n’y a eu qu’une réforme depuis 1969.

Quel est le problème ? En Allemagne, l’apprentissage est une voie noble. Il forme aussi bien à des postes manuels qu’à des métiers d’ingénieurs. Il n’est pas rare de rencontrer des dirigeants d’entreprise qui en sont issus. En Suisse, sur les sept ministres de la Fédération, certains sont d’anciens apprentis. Rien à voir avec la voie de garage à laquelle est assimilé l’apprentissage en France. Non sans raison, malheureusement, parce que cette filière est mal conçue, porte souvent sur des formations sans débouché, pour des élèves qui n’ont aucune envie de l’orientation qu’on leur donne. On arrive ainsi à des taux d’échecs qui viennent grossir les rangs des 160 000 jeunes sortant sans qualification, chaque année, de notre système scolaire.

L’entreprise au cœur du système

Y aurait-il une fatalité ? Non. Tout repose sur la question de savoir qui décide de la filière, des programmes, des recrutements. En Allemagne, c’est l’entreprise. Car c’est elle qui connaît les qualifications dont elle a besoin, aujourd’hui et plus encore demain. C’est elle qui recrute les jeunes candidats, marquant ainsi l’envie partagée de faire un bout de chemin ensemble. C’est elle qui décide l’ouverture des classes de lycées professionnels. Et c’est elle qui met sa réputation en jeu dans la formation qu’elle apporte à ses apprentis, en même temps qu’elle investit sur celle de ses futurs cadres. En France, l’entreprise est périphérique au système : elle paye – plus qu’en Allemagne – mais reste un acteur passif par rapport à l’Éducation nationale.

La solution est évidente : il faut et il suffit de placer l’entreprise au cœur du système. Reste la méthode à adopter. Trouver la voie d’un partenariat intelligent, coopératif et non conflictuel entre le système éducatif et les entreprises est à notre portée. Je l’écrivais il y a dix ans et, l’an dernier, dans un livre dont le titre On achève bien les jeunes (1) résume – hélas – la situation.

Margaret Thatcher, ex-Premier ministre britannique, avait coutume de lancer à ses visiteurs :« Ne me dites pas ce que je dois faire, je le sais déjà. Dites-moi comment ! » Puisse la campagne nous expliquer comment l’apprentissage va renaître en France et comment les bonnes intentions vont se transformer en actes. Mesdames et Messieurs les candidats, dites-nous comment !

(1) Édition Grasset. Lire aussi Jeunesse, ça ne peut plus durer par François Régis Hutin (Ouest France du 29/08/2015).

Bernard Spitz, Président de la Fédération française de l’assurance.

Editorial publié dans Ouest-France le 12/09/2016 >>

Let the Leavers govern as best they can

Article rédigé par Janan Ganesh et publié dans le Financial Times le 27 juin 2016

The economy, the union and the promises made during the referendum campaign are theirs to safeguard

In the terminal days of his premiership, David Cameron told audiences that “Brits don’t quit”. Enemies used the line against him when he resigned last Friday but, really, both sides had it wrong. Since when is quitting always and everywhere a vice? Total commitment to something — a relationship, a job, a cause — in the face of all practical evidence is nobody’s idea of a life intelligently lived.

Pro-Europeans must learn to see the virtue in retreat. Spurred by the 48 per cent of voters on their side and the British impulse to make the best of things, they want to influence whatever settlement emerges between their country and Europe in the coming years. Conservative Remainers such as Theresa May, the home secretary, still have ambitions to lead their party. The Remain campaign aspires to live on as the liberal conscience of the more probable next prime minister — Boris Johnson — by encouraging his openness to markets and migration against more nativist competitors for his ear.

This is all very plucky, but so is turning up to work after you have been sacked. The British people have instructed their rulers to leave the EU. The execution of their will is the work of years and soul-sapping detail. It cannot be done by a prime minister who believes the instruction was foolish in the first place. It is awkward enough that the technical process of extrication will be managed by reluctant, deflated civil servants.

None of this is pleasing to say as a Remainer but it is no less true for that. Imagine our reaction if, having lost the referendum by a four-point margin, the other side invoked their hefty vote share to justify a prominent perch in the making of European policy with a view to loosening the terms of membership.

Democracy, like sport, is governed by a cruel clarity. Forty-eight per cent of votes does not entitle pro-Europeans to 48 per cent of their manifesto or 48 per cent of major ministries. Victory and defeat are more absolute than that, and not out of some misplaced machismo. It is for the sake of accountability that winners take all in our system.

That accountability is now everything. Leavers have won what was essentially a referendum and a general election all in one. They must be responsible for the country in the coming years. The economy, the union and the commitments made during the referendum campaign are all theirs to safeguard. A European settlement that simultaneously satisfies Brussels and the 52 per cent is theirs to negotiate.

In his column in The Telegraph on Monday, Mr Johnson sketched a model of exit that seems to entail “access” to the single market — whatever that means — without paying in, observing its laws or honouring free movement. He did not say whether he also intends to bake a pie and put it in the sky. Whatever the sceptics, lacking his Homeric largeness of vision, think of his plan to cajole sentient heads of government into letting Britain systematically undercut them in their own market, he is entitled to try. Those of us who misjudged his potential to win the referendum cannot dismiss his capacity to bring something worthwhile out of it.

But Leavers will understand one thing on taking control. Mr Cameron and George Osborne, his chancellor, did not sex up the official advice they received about the economic costs of exit. If anything, they sexed it down to avoid the charge of lurid alarmism that came anyway. The private dreads of people at the summit of the British state were worse than was ever let on. Unless they are taken with a sudden intellectual sunniness, it will remain the advice that Mr Johnson and his ally Michael Gove, justice secretary, hear as the new masters.

The advice may turn out to be wrong but, on the morning after the referendum, the two men wore the haunted look of jokers at an auction whose playfully exorbitant bid for a vase had just been accepted with a chilling smash of the gavel. They must now govern as well as they campaigned.

Ms May is a serious politician. Stephen Crabb, work and pensions secretary, understands the economically insecure Britain that voted to Leave. But unless we are to make a mockery of the referendum these politicians cannot lead the nation. For the sake of democracy and accountability, Leavers must be left to it, whatever it turns out to be.

Janan Ganesh

Face à l’inéluctable fragmentation européenne, proposons un Contrat de Souveraineté Européenne

Article de Christian Dargnat 

1/ De quoi le Brexit est le nom ?

C’est le nom du rejet d’une société ultra-libérale: quand les inégalités au sein d’une population sont ressenties comme insupportables par ceux qui sont censés « faire société », l’Histoire nous enseigne que le peuple rejette son mode d’organisation institutionnelle. Le vote anglais de cette semaine reflète le rejet tout autant du mode d’organisation des interactions entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni que celui de la répartition des richesse au sein de la société britannique: le clivage entre les votes des résidents londoniens et ceux des régions anglaises est symptomatique !

C’est le nom du clivage entre ceux qui souhaitent s’ouvrir au monde parce qu’ils en voient les opportunités et ceux qui se ferment à la mondialisation, synonyme de précarité additionnelle pour eux et/ou de remise en cause de leurs avantages acquis: les clivages sociologiques sont symptomatiques (« classes populaires / catégories sociales professionnelles + » et « jeunes / vieux »,…) !

C’est le nom de l’incapacité européenne à régler les conséquences de la crise déclenchée en 2008 et à renouer avec la croissance économique: le fait que l’Europe vient juste, en 2016, de recouvrer le niveau de PIB de 2008 alors que les autres zones régionales l’ont dépassé depuis plusieurs années est symptomatique !

C’est le nom de la divergence accrue des priorités nationales au sein même des pays de l’Union Européenne: les allemands et les anglais se préoccupent essentiellement de marché unique des biens et services, les français de bénéficier d’indulgences par rapport à son immobilisme réformatrice, les italiens de négocier avec Bruxelles le sort de son système bancaire sinistré, les pays d’Europe centrales et de l’Est de se protéger de la menace russe et les pays du Sud de la crise des réfugiés, …

C’est le nom de l’absence de projet européen: depuis quand les peuples se sont-ils vues proposer un projet mobilisateur ? Quelque soit le domaine – économique, culturel, défense, climatique,… – aucun projet n’a été formulé depuis la tétanie engendrée par les votes de rejet de 2005. Nous aurons vécu une décennie perdue pour l’Europe, empêtrée dans une succession de crises: financière, économique, grecque, migratoire et maintenant britannique…avant les prochaines si rien ne change …

C’est le nom de la faillite des élites et de leur rejet par des peuples qui nourrissent les montées du populisme et du nationalisme censés – faussement – leur redonner le pouvoir sur leur destin collectif: Cinque Stelle en Italie, Podemos en Espagne, UKIP au Royaume-Uni, FN en France, Trump aux Etats-Unis sont symptomatiques ! L’aveuglement des élites face à la survenance du Brexit et à l’impréparation d’un tel scénario sont également symptomatiques !

2/ De quoi le Brexit est porteur ?

Le Brexit est porteur d’instabilités pour le Royaume-Uni: la 5e puissance économique mondiale, stable institutionnellement depuis des siècles, ne l’est plus.
La Grande Bretagne peut devenir une Petite Bretagne dans les années à venir avec le départ possible de l’Ecosse (base de la force navale nucléaire britannique et 1/3 de son territoire !) et une reconstitution du paysage irlandais. « God save the Queen… »

Le Brexit est porteur d’incertitudes pour l’Europe avec la recrudescence probable des forces centrifuges européennes Ecosse, Catalogne, Padanie, … et l’accentuation des tensions financières européennes.
Non seulement les flux de capitaux du Reste du Monde vers l’Europe vont ralentir (avec une hausse de la prime de risques sur les actifs européens), mais la recherche de placements défensifs et sûrs se fera au détriment des pays européens dits périphériques (ie élargissement des écarts de taux entre les pays dits « core » et les autres déjà sous tensions).

Le Brexit va accentuer le caractère « bureaucratique » de l’Europe en monopolisant le fonctionnement de l’Union Européenne pendant les prochains trimestres.
La focalisation des services européens sur les négociations de sortie du Royaume-Uni empêchera l’avancée des autres dossiers européens. Le processus du désormais fameux Article 50 de la Constitution européenne prendra des années à aboutir, ne nous épargnant ni le ridicule (le Royaume-Uni est censé exercer la Présidence de l’UE à partir de juillet 2017), ni les coûts d’opportunités: pendant que nous réglons les modalités de cette sortie, le reste du monde avance…

Le Brexit accentue le basculement du centre de gravité du pouvoir au sein de l’Union Européenne vers l’Est et la prédominance allemande: depuis Ie XVIe siècle, la politique étrangère du Royaume-Uni a toujours été dominée par la recherche d’un équilibre européen qui empêche l’émergence d’une grande puissance sur le continent européen (chronologiquement avec l’Espagne, la France, la Russie, la Prusse puis Allemagne). De fait, si le Brexit n’occulte pas cette capacité au Royaume-Uni, il diminue considérablement sa marge de manœuvre politique dans un contexte européen caractérisé par une Allemagne puissante mais inerte politiquement, une France faible, et une Russie revancharde qui se réjouit de cette annonce de division européenne ,…

Le Brexit affaiblit l’Europe: géopolitiquement, économiquement et financièrement, l’Europe s’affaiblit elle-même avec le départ de la 5e puissance économique mondiale, 2e puissance maritime mondiale, 1ere place financière mondiale,…renforçant une image d’Etats nationaux incapables de résoudre leurs problèmes et d’une entité pan-européenne dysfonctionnante et impuissante …

Le Brexit encourage la montée du sentiment euro sceptique et renforce les thèses d’un repli sur soi, qu’il soit politique, économique ou culturel (nationalisme, défense identitaire, protectionnisme,…).

Le Brexit pèsera économiquement négativement sur la population britannique: facteurs récessifs renforcés par de moindres investissements, pertes d’emplois, dégradation de la note souveraine, incertitudes générées vont peser sur une économie qui patit d’un déficit de sa balance courante de 7% de son PIB: le Royaume-Uni a cruellement besoin du financement étranger…je ne doute pas un instant que les relations sino-britanniques vont se renforcer !

 

3/ Quelles orientations devons-nous prendre afin d’éviter l’échec générationnel du délitement européen, inévitable en cas de statu quo ?

Clore la parenthèse d’inertie décennale 2005 – 2016 en reprenant l’initiative à l’égard des peuples: compliqué, car il est probable qu’aujourd’hui le rejet à l’égard de ce que symbolise l’Europe institutionnelle est commun à tous les peuples européens, mais pourtant indispensable, sinon le rejet de l’idée européenne aboutira à la fin de l’Union européenne et à des conséquences dramatiques à terme: ne cessons pas de rappeler que les périodes de paix sur le Vieux Continent sont limitées dans l’Histoire !

Un débat démocratique destiné à préparer un projet de refondation européen est indispensable.
A cet égard, quand bien même nous ne l’avons pas souhaité, la sortie d’un partenaire britannique qui, durant 43 ans a exercé un rôle ambiguë dans la construction européenne, est une opportunité !

Remédier rapidement à la situation italienne qui est le prochain maillon faible de l’Union Européenne: l’économie italienne est complément bloquée par le poids que font peser les 20% de prêts « douteux » qui pèsent sur les bilans bancaires. Le transfert de ce poids des banques vers le budget national et le recours aux outils et solidarité européens sont inévitables, n’en déplaise aux thurifaires du « Bail In » .

Relancer la croissance européenne: l’excès d’épargne de l’Allemagne est devenu un problème aussi pénalisant pour la croissance européenne que l’absence de réformes en France ou le poids du chômage dans les pays du Sud de l’Europe. Un accord entre ces pays doit être recherché immédiatement sur un dosage de politique économique permettant à l’Europe de sortir de ce processus mortifère.

Cesser de désigner les Institutions politiques européennes comme la source de nos maux nationaux et européens alors que celle-ci réside essentiellement dans nos insuffisances nationales.

Face à l’inéluctabilité de la fragmentation européenne (les divergences stratégiques entre pays sont aujourd’hui trop importantes pour maintenir le statu quo), il est temps de proposer un Contrat de Souveraineté Européenne à ceux de nos partenaires qui le souhaitent, reposant sur les deux piliers indispensables et indissociables que sont le respect des principes de responsabilité et de solidarité. Si l’Europe veut demeurer un acteur maître de son destin sur la scène mondiale, la définition de sa puissance collective en matière budgétaire, énergétique et militaire et non plus seulement monétaire devient incontournable.

An astute online comment has some wondering whether Brexit may ever happen

Article original rédigé par Max Bearak, paru dans The Washington Post le 26 juin 2016

Sometimes, amid the I-told-you-so editorials and breathless think pieces that follow a major political event, the best take is actually in the comments section. Such is the case with a comment left by a user of the Guardian’s website under the name Teebs (as shown above), written in the aftermath of Britain’s Thursday vote to exit the European Union. The commenter has left many around the world, especially anxious « remain » voters, hopeful with his or her articulate, stir-the-pot observation — a mini-article in and of itself.

The speculative comment lays out a scenario under which Brexit might be averted. A redux of the argument goes like this:

British Prime Minster David Cameron had said that he would invoke Article 50 — which establishes a timetable for formally breaking up with the E.U. — if his country voted to leave the E.U. In fact, he’d said he would do it the morning after. Instead, in announcing his impending resignation, he may be trying to shield his legacy by passing the responsibility of triggering a potentially catastrophic Brexit to his successor.

Given that Cameron’s likely successors are Brexit supporters from within his party, one might think that they would simply go ahead and invoke Article 50, setting the E.U. pullout process in motion. But, as Teebs notes, these likely successors have been quite subdued in their remarks since the referendum — and some are nowhere to be found.

Boris Johnson, London’s former mayor and a favorite to succeed Cameron, has said that there is no need to trigger Article 50 right away. Other « Brexiteers » from within Cameron’s Conservative Party have simply avoided the question.

In other words, the consequences of Brexit are so stark and may hold such disastrous implications that Cameron’s successor might hold off on invoking Article 50. As Teebs puts it, « The enormity of that step started to sink in: the markets, Sterling, Scotland, the Irish border, the Gibraltar border, the frontier at Calais, the need to continue compliance with all EU regulations for a free market, re-issuing passports, Brits abroad, EU citizens in Britain, the mountain of legistlation to be torn up and rewritten … the list grew and grew. »

It doesn’t seem as if anyone is stepping up to that task yet.

Fed up millennials speak out

“A quick note on the first three tragedies. Firstly, it was the working classes who voted for us to leave because they were economically disregarded, and it is they who will suffer the most in the short term. They have merely swapped one distant and unreachable elite for another. Secondly, the younger generation has lost the right to live and work in 27 other countries. We will never know the full extent of the lost opportunities, friendships, marriages and experiences we will be denied. Freedom of movement was taken away by our parents, uncles, and grandparents in a parting blow to a generation that was already drowning in the debts of our predecessors. Thirdly and perhaps most significantly, we now live in a post-factual democracy. When the facts met the myths they were as useless as bullets bouncing off the bodies of aliens in a HG Wells novel. When Michael Gove said, ‘The British people are sick of experts,’ he was right. But can anybody tell me the last time a prevailing culture of anti-intellectualism has led to anything other than bigotry?”

Nicholas Barrett (This comment has gone viral on Twitter. The Financial Times has since commissioned its writer, Nicholas Barrett, to expand on his thoughts.). More comments