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Economie Europe L'œil des Gracques

L’Europe et les Nouvelles routes de la soie

Cet article est le fruit d’une collaboration entre les Jeunes Gracques et le Groupe d’Etudes Géopolitiques (https://legrandcontinent.eu).

murailles de chine

Les Nouvelles routes de la soie, symboles de l’essor chinois

Paul Valéry a su, en son temps troublé, décrire l’idée qu’un Occidental pouvait se faire de la Chine : un pays immense et impuissant, inventif mais stationnaire, sans envergure ni ambitions. Voici d’ailleurs ce qu’il écrit dans ses Regards sur le monde actuel : « Rien, par exemple, ne nous est plus malaisé à concevoir, que la limitation dans les volontés de l’esprit et que la modération dans l’usage de la puissance matérielle. Comment peut-on inventer la boussole, — se demande l’Européen — sans pousser la curiosité et continuer son attention jusqu’à la science du magnétisme ; et comment, l’ayant inventée, peut-on ne pas songer à conduire au loin une flotte qui aille reconnaître et maîtriser les contrées au delà des mers ? — Les mêmes qui inventent la poudre, ne s’avancent pas dans la chimie et ne se font point de canons : ils la dissipent en artifice et en vains amusements de la nuit. »

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Edito Europe

Les Gracques aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence

Comme chaque année, les acteurs économiques se retrouvent aux Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence organisées par le Cercle des économistes et de nombreux Gracques seront présents.

Comme l’an dernier, les Rencontres commencent par les débats des Voix de l’Economie avec des représentants de différents think tanks : Les Gracques, bien sûr, mais aussi l’Institut Montaigne, l’Institut de l’Entreprise, la Fondation Concorde, la Fondation Jean-Jaurès, la Fabrique de l’Industrie, l’OFCE, Coe-Rexecode, GénérationLibre et le Cercle des économistes.

Un premier débat portera sur le thème « Travailler et produire en France » et se tiendra le vendredi 7 juillet de 15h à 16h30 dans l’amphi Peiresc. Il réunira Paul Illibert (Institut de l’Entreprise), Olivier Babeau (Fondation Concorde),  Sandrine Duchêne (Fondation Jean-Jaurès), Denis Ranque (Fabrique de l’Industrie), Xavier Ragot (OFCE) et sera animé par Antoine Reverchon (Le Monde).

Le second débat, organisé par Les Gracques et Coe-Rexecode, portera sur la relance du projet européen et se déroulera le vendredi 7 juin de 16h30 à 18h en amphi Peiresc. Lors de ce débat animé par Vincent Giret (Franceinfo), interviendront Bernard Spitz pour Les Gracques, Denis Ferrand (Coe-Rexecode), Hélène Rey (Cercle des économistes), Laurent Bigorgne (Institut Montaigne) et Delphine Garnier (GénérationLibre).

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Il y a quelques mois encore, on donnait l’Europe pour morte. Le Brexit laissait planer le risque d’un effet domino bientôt visible outre-Atlantique. Le populisme et l’isolationnisme rampant menaçaient de s’imposer au fil des scrutins. C’était il y a six mois, c’était il y a un siècle… depuis, les Pays-Bas ont repoussé la vague populiste qui les menaçait et France a élu le seul candidat qui laissait fièrement flotter les drapeaux européen dans ses meetings, jusqu’à lui confier une large majorité parlementaire.

L’Europe a retrouvé espoir mais demeure fragile. Elle a besoin d’un nouvel élan, d’autant que la volonté de renouvellement ne doit pas masquer le désamour à son égard. Certes, la relance du projet européen passe par des actions que nous appelons de nos vœux depuis des années : convergence fiscale, coordination des politiques économiques ou renforcement de la gouvernance de la zone euro. Mais l’approche purement économique est ne suffit plus. « On ne tombe pas amoureux d’un grand marché » disait déjà Delors, or c’est bien d’amour dont l’Europe a besoin aujourd’hui. Sceptiques, voire hostiles à ce dispositif communautaire trop abstrait, trop technocratique, parfois jugé « hors-sol », les citoyens européens ne veulent plus de cette Europe (seulement) économique, froide et sans visage.

Les pères fondateurs pensaient que l’Europe économique était notre voie, l’Europe politique notre but – les faits montrent que c’est justement l’inverse ! Il faut donc trouver de nouveaux espaces de collaboration et surtout mener des actions concrètes, symboliques, fédératrices. Bâtir cette communauté de destin implique de mettre en avant des ambitions claires, notamment sur deux sujets essentiels : la protection de notre continent (défense) et la protection de notre planète (écologie). Au-delà des déclarations d’intention et des initiatives abstraites, modestes et inaudibles, faisons résonner dans la vie et dans les cœurs des européens des projets qui les touchent. Puisque la conscience européenne ne se bâtira pas sur des chiffres, usons de symboles forts et d’actions concrètes : ERASMUS de la culture, FBI européen ou pourquoi pas même conquête de spatiale sur Mars !

Ce réveil du projet européen doit aussi être démocratique tant il est clair que l’Union européenne pâtit d’un réel déficit en la matière. Paradoxalement, le clivage pro/anti-européen façonne les scrutins nationaux tandis que les élections européennes sont polluées par des considérations locales. Longtemps symbole dépressif, exutoire des diverses frustrations des peuples, avec des taux d’abstention records et un vote contestataire croissant, les élections européennes de 2019 devront marquer ce réveil par leur différence. D’autant que l’Europe y sera prête : en 2017 et 2018, gageons qu’elle aura dit non à toute forme de populisme, sur les pas des Pays-Bas, de la France, et demain, espérons, de l’Allemagne et de l’Italie. Elle sera prête pour un nouveau départ et le Parlement européen doit en être le porteur et le symbole.

Or aujourd’hui, il n’existe pas de véritable formation politique transnationale ou de programmes intégrés. Pour ces élections dites « européennes », les dispositions électorales ne sont même pas partout les mêmes – scrutin tantôt libre ou obligatoire, régional ou national… En revanche, s’il y a bien une chose qui partout prévaut, ce sont les préoccupations intérieures qui monopolisent les débats et guident les électeurs. Il est donc temps de renouveler cette élection et de pouvoir voter pour des listes européennes, comme l’ont déjà proposé un certain nombre de responsables politiques. L’idée serait que les électeurs votent pour leur liste traditionnelle, mais également pour une liste transeuropéenne. Les candidats ne représenteraient alors pas un pays mais une vision et les masques tomberaient : soit ils défendraient le projet européen progressiste, soit ils voudraient le casser. Bien sûr, il serait prématuré d’élire tout le parlement de la sorte. Mais profitons des sièges laissés vides par les anglais pour élire ces députés transnationaux et recentrer le débat sur l’objet de l’élection : le projet européen.

Toute la part devra être faite à ceux qui ont œuvrés pour la construction de cette Europe. Dans la foulée du Sommet des réformistes européens à Lyon en 2016, à Berlin cette année, les think tanks progressistes européennes seront aux avant-postes.

Le départ du Royaume-Uni aura permis à l’Europe de se réveiller, son départ du parlement de parachever sa construction démocratique.

Les Gracques

 

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Edito

Europe is back

En quelques jours, l’Europe s’est exprimée plus qu’en quelques années sur les deux sujets essentiels : la défense de notre continent et la défense de notre planète.

Deux discours historiques ont été prononcés ces derniers jours. Celui d’Angela Merkel lors d’un meeting à Munich, qui marque le début d’une nouvelle ère : « l’époque où nous pouvions entièrement compter les uns sur les autres est quasiment révolue ». Et la réponse d’Emmanuel Macron à Donald Trump, suite au retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, qui s’adresse directement aux Américains :

Now, let me say a few words to our American friends. Climate change is one of the major issues of our time. It is already changing our daily lives but it is global. Everyone is impacted. And if we do nothing, our children will know a world of uncontrolled migrations, of wars, of shortages. A dangerous world.
It is not the future we want for ourselves. It is not the future we want for our children. It is not the future we want for our world.
Today, the President of the United States, Donald Trump, announced his decision to withdraw the United States from the Paris agreement. I do respect his decision, but I do think it is an actual mistake both for the US and for our planet.
I just said president Trump in a few words a few minutes ago this assessment.
Tonight I wish to tell the United States, France believes in you. The world believes in you. I know that you are a great nation. I know your history, our common history.
To all scientists, engineers, entrepreneurs, responsible citizens who were disappointed by the decision of the President of the United States, I want to say that they will find in France a second homeland.
I call on them: come and work here with us, to work together on concrete solutions for our climate, our environment. I can assure you, France will not give up the fight.
I reaffirm clearly that the Paris agreement remains irreversible and will be implemented, not just by France but by all the other nations.
Over the coming hours, I will have the opportunity to speak with our main partners to define a common strategy and to launch new initiatives. I already know that I can count on them.
I call on you to remain confident. We will succeed, because we are fully committed. Because wherever we live, whoever we are, we all share the same responsibility: Make Our Planet Great Again.
Thank you

 

Mes chers compatriotes,
J’ai souhaité m’exprimer devant vous, quelques heures à peine après la déclaration du Président des Etats-Unis d’Amérique, parce que l’heure est grave.
Je prends note de la décision du Président américain de se désengager de l’Accord de Paris sur le climat. Je respecte cette décision souveraine. Mais je la regrette. Je considère qu’il commet là une erreur pour les intérêts de son pays et de son peuple et une faute pour l’avenir de notre planète.
Je viens à l’instant d’échanger avec le Président TRUMP et j’ai eu l’occasion de lui en faire part.
Le changement climatique est l’un des grands défis de notre temps. Ce qui paraissait encore pouvoir être discuté il y quelques années, s’impose désormais à nous tous, avec une grande évidence. La biodiversité est menacée, le dérèglement climatique affame plusieurs continents, dévaste certaines régions, chasse des habitants de leur patrie. En France même, nous observons chaque année les conséquences de ce dérèglement.
Si nous ne faisons rien, nos enfants connaitront un monde fait de migrations, de guerres, de pénuries, de disparitions d’archipels et de villes côtières, causées par ces évolutions. Cela a déjà commencé.
Ce n’est pas l’avenir que nous voulons pour nous. Ce n’est pas l’avenir que nous voulons pour nos enfants. Ce n’est pas l’avenir que nous voulons pour le monde.
La vocation de la France est de mener ces combats qui impliquent l’Humanité tout entière. C’est pourquoi la France s’est placée à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique. Elle s’est engagée résolument dans toutes les négociations internationales. En décembre 2015, la France a réussi ce tour de force de faire signer 195 pays, de leur faire signer un engagement commun, l’Accord de Paris pour le climat.
Alors, oui, je vous le dis ce soir avec beaucoup de force : Nous ne renégocierons pas un accord moins ambitieux. En aucun cas.
La France ce soir appelle l’ensemble des pays signataires à demeurer dans le cadre de l’Accord de Paris, à rester à la hauteur des responsabilités qui sont les nôtres et à ne rien céder.
Je veux ce soir dire aux Etats-Unis : La France croit en vous. Le monde croit en vous. Je sais que vous êtes une très grande Nation. Que les Etats-Unis ont été fondés pour faire triompher la liberté, la vérité, la raison, partout contre l’ignorance et l’obscurité. Mais ne vous trompez pas. Sur le climat, il n’y a pas de plan B. Car, il n’y a pas de planète B.
Alors, oui, nous continuerons.
A tous les scientifiques, ingénieurs, entrepreneurs, citoyens engagés, que la décision du Président des Etats-Unis a déçus, je veux dire ceci : Vous trouverez dans la France une seconde patrie. Je vous lance un appel : Venez travailler ici, avec nous, travailler sur des solutions concrètes pour le climat.
Ce soir, les Etats-Unis ont tourné le dos au monde. Mais la France ne tournera pas le dos aux Américains. Je vous assure, mes chers compatriotes et vous qui m’écoutez où que vous soyez dans le monde, la France n’abandonnera pas le combat.
Bien entendu, nous aurions préféré livrer cette bataille aux côtés des Etats-Unis d’Amérique. Car, ce sont nos alliés et ils resteront nos alliés, en matière de lutte contre le terrorisme, sur nombre de sujets de défense, de sécurité, sur nombre de sujets industriels et économiques. Mais il en est ainsi.
La porte n’est pas fermée, elle ne le sera jamais à cette Nation à laquelle nous devons tant. Mais nous sommes encore nombreux à conserver notre détermination.
La France jouera donc son rôle dans le monde car c’est ce qui est attendu d’elle. Dès ce soir, avec l’Allemagne et l’Italie, nous avons tenu à réaffirmer notre engagement pour l’Accord de Paris. Je me suis entretenu, il y a quelques instants, avec la Chancelière d’Allemagne, nous prendrons ensemble, dans les prochains jours, des initiatives fortes allant en ce sens. Samedi, je verrai le Premier ministre indien à Paris et m’entretiendrai sur ce sujet avec lui. Dans les prochains jours, je parlerai aux principaux décideurs pour m’assurer de leur engagement.
Enfin, la France proposera un plan d’action concret, afin d’accroître son attractivité pour les chercheurs et les entreprises de la transition écologique et prendra des initiatives concrètes, notamment en Europe et en Afrique sur ce sujet. J’ai demandé au Gouvernement d’y travailler activement et le réunirai à cet effet la semaine prochaine.
Nous ne tiendrons pas seulement nos engagements passés. Dès ce soir, la France se doit d’être plus ambitieuse encore pour l’avenir, pour notre avenir.
Vive la République ! Vive la France !

 

 

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Edito

Fable-Fiction : Si Marine était élue…

C’est la nuit au service des urgences de l’hôpital central. Les malades sont allongés sur des lits de fortune, en partie dans les couloirs. Mais pour Pierre, le chef de service, le plus préoccupant est de se procurer les médicaments dont il a besoin, quand ils ne sont pas produits en France. Le camion qui vient d’arriver de Suisse aujourd’hui a donné au livreur des instructions précises : pas de crédit à l’hôpital, on ne sait pas dans quelle monnaie on sera remboursé; pas de virement, ça met trop longtemps d’avoir l’autorisation du bureau de contrôle des changes : l’hôpital paie en cash et au cul du camion, ou on remballe. En cash avec des billets signés par Mario Draghi : les livreurs ont appris depuis longtemps à refuser les euros signés de Nicolas Dupont-Aignan, ministre des finances, qui sont produits à Chamalières et ressemblent aux autres, mais ne sont pas acceptés à l’étranger.

C’est difficile de trouver du cash. Depuis la grande panique bancaire des mois de mai/juin, les banques ont rouvert, mais on ne peut pas sortir plus de 50 euros par jour. Plus facile quand le malade a de la famille. Pierre a un bon deal avec un ancien camarade d’école : 60 euros en cash contre 100 envoyés par la banque. Certains malades paient aussi avec leurs bijoux. Il faut dire que les bijoutiers ont fait un chiffre d’affaires historique depuis les événements de mai/juin, quand les particuliers ont compris que leurs comptes bancaires étaient piégés et qu’ils se sont mis à acheter n’importe quoi qui ne perdrait pas trop de valeur.

Pour Pierre, le problème est d’autant plus grave que son service n’arrive plus à faire face. Beaucoup de médecins ont choisi de quitter le pays, victimes de comportements menaçants en raison de leurs patronymes. Les propositions sont venues du monde entier, car la médecine française est réputée. D’Allemagne notamment, qui a besoin de personnels qualifiés pour sa population vieillissante. Ces départs ont aggravé la désertification médicale du pays, renvoyant beaucoup de malades dans les hôpitaux, débordés et manquant de tout.

Pierre est resté, lui. Ses  parents sont âgés et il ne veut pas les abandonner. Ils sont tous les deux dépendants, et depuis la loi sur la « taxation des emplois étrangers et la réimpatriation des immigrés », leurs EPHAD ne trouvent plus de personnel pour les laver, les habiller, les nourrir. Pour éviter des maltraitances, les enfants des résidents viennent aider certains jours de la semaine. Même chose à la crèche du petit dernier : la femme de Pierre, infirmière, a dû arrêter de travailler.

Les grands enfants de Pierre, issus d’un premier mariage, sont eux partis au Canada. L’aîné, Sébastien, s’occupait de responsabilité sociale et environnementale chez Paprec, mais il a été licencié avec tous les « personnels non essentiels » quand l’entreprise s’est aperçue que ses 700 millions de dettes obligataires émises à Dublin allaient rester en euros alors que ses contrats d’enlèvements de déchets avec les collectivités locales, eux, passaient en francs. Le cadet, lui, a profité d’un stage d’études à l’étranger et jure de ne plus revenir.

Contrôle des changes oblige, ce sont les enfants qui viennent visiter les parents à Noël. Ils font attention de ne pas trop utiliser les avions d’Air France, qui sont périodiquement saisis sur les tarmacs d’aéroports étrangers par des créanciers qui contestent la décision du Gouvernement de convertir en francs Le Pen la dette des entreprises publiques. On raconte que la Présidente elle-même ne peut pas utiliser hors de France  son avion du Glam, de peur qu’il soit saisi; ce serait pour cela qu’elle loue un avion à une compagnie étrangère quand elle va faire le tour des pays du Golfe pour demander de prêter à la France les quelques devises pour régler ses importations prioritaires.

Ces histoires-là n’ont pas aidé le tourisme, que le Gouvernement cherche à développer, mais c’est surtout à cause des émeutes urbaines et du terrorisme que les gens ne viennent plus. Depuis qu’on a commencé à appliquer la loi sur la Grande Réimpatriation, les émeutes sont de plus en plus violentes, notamment dans les centres de transit ou on a rassemblé les étrangers en cours d’expulsion, dans l’attente de pouvoir organiser et financer leur voyage de retour.

Le plus dur est de se payer ce qui demande des devises. Les euros bancaires (en cours de conversion en francs Le Pen), on en trouve : la banque de France, depuis le référendum sur la préférence nationale et la supériorité de la loi française, est placée sous tutelle du ministre : elle en crée autant que demande le gouvernement, qui paie les fonctionnaires avec. Mais les prix dans cette monnaie augmentent très vite, et l’argent est bloqué à la banque. Ce n’est pas qu’on soit  déjà sortis de l’euro; l’euro est encore pour quelques temps le nom de la monnaie. Mais les euros dans les banques françaises, on ne peut ni les sortir ni les convertir. Le prix du litre d’essence a triplé au cours de la dernière année, en dépit de l’accord passé avec la Russie qui accorde à la France la clause de la nation la plus favorisée en matière énergétique. Les deux pays ont aussi lancé une coopération dans le domaine nucléaire, des ingénieurs russes venant remplacer leurs homologues français expatriés.

Pierre lit des rapports dans la presse, écrits à demi-mot car l’ordre des journalistes sanctionne les manquements à la déontologie patriotique. Les industries exportatrices, celles qui rapportent des devises, ont l’air d’avoir de grandes difficultés, et licencient parce qu’elles ne trouvent plus de composants importés, ou parce que les pays où elles exportaient répondent aux nouveaux droits de douane français en imposant les leurs. La presse explique que  cela est l’effet d’un complot des forces obscures du capital apatride. Il n’est pas économiste, ni historien, mais tout cela ne présage rien de bon.

À l’école, les programmes font l’objet d’un vaste réexamen, en commençant par l’Histoire. Une révision constitutionnelle est à l’étude pour modifier le fonctionnement du parlement et le mode électoral des députés, comme celui du Président de la république. Le droit de manifester et les textes concernant les syndicats seront quant à eux modifiés par la « loi de rationalisation de l’expression publique » qui vient de passer en Conseil des ministres. Des textes qui ont valu à notre pays d’être en couverture d’un grand magazine européen avec ce titre en français : « Pauvre France ».

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Pascal Blanchard : « On ne s’oppose pas à Marine Le Pen comme on s’opposait à son père »

Interview de Pascal Blanchard parue dans Libération le 29 avril 2017. Pour l’historien, le monde antiraciste des années 80 a vécu et l’on ne peut plus se contenter de discours moralisateurs. Il faut déconstruire les idées du Front national.

L’historien Pascal Blanchard est spécialiste du fait colonial et de l’immigration. Il vient de publier, avec Farid Abdelouahab les Années 30 – et si l’histoire recommençait ? (La Martinière). Selon lui, le vote Macron au second tour pourrait se révéler être davantage qu’un simple réflexe contre l’extrême droite. Le leader d’En marche incarne aussi à ses yeux un libéralisme sociétal bienvenu.

Malgré l’engagement de nombreux intellectuels contre l’extrême droite, Marine Le Pen est au second tour. Quel constat en tirez-vous ?

Le score de Marine Le Pen aurait été bien plus élevé s’il n’y avait pas eu cette mobilisation. Beaucoup de jeunes intellectuels – Raphaël Liogier , Rachid Benzine, Alain Mabanckou ou Nicolas Lebourg, mais aussi la Fondation Jean-Jaurès ou les Gracques – ont agi cette fois-ci de façon efficace, en menant un travail sur le registre de l’analyse froide et rationnelle. On ne s’oppose pas à Marine Le Pen comme on s’opposait à son père. Tout a changé. Le discours du Front national, mais aussi le contexte : depuis trente ans, très peu de choses ont été faites dans les banlieues ou les outre-mer. Donald Trump est au pouvoir aux Etats-Unis. Le contexte international et les attentats ont placé la peur au coeur des émotions des électeurs. Nous ne sommes plus dans le monde antiraciste des années 80 : il ne s’agit plus de faire des discours moralisateurs, mais de déconstruire ce qui fait le coeur du discours frontiste. Expliquer de façon scientifique ce que va être la France de Le Pen, ce que deviennent les Etats-Unis de Trump.

Comment analysez-vous le phénomène Macron ?

Comment un homme de 39 ans, jamais élu, hors parti, a-t-il pu émerger dans un paysage politique figé et sclérosé ? Quand on connaît l’histoire politique de la France, on ne peut être qu’estomaqué. Cet homme a compris avant tout le monde que la gauche et la droite qui, aux yeux des Français, ont échoué depuis vingt-cinq ans, allaient être dépassées. Il a aussi eu beaucoup de chance, il ne pouvait pas deviner que François Fillon se retrouverait empêtré dans des affaires, ni un effondrement aussi massif du Parti socialiste… mais il a osé. Il établit également une rupture générationnelle. Le syncrétisme qu’il affiche et qui étonne tant de monde parle aux jeunes et à ceux qui veulent une vision positive du devenir de la France. Surtout, il propose un libéralisme sociétal concret que le PS n’a pas su avoir depuis cinq ans. Ce qu’il a dit de la colonisation, le PS ne l’a jamais osé. Pareil pour les quartiers, pour les enjeux de diversité, pour l’immigration ou pour l’Europe. Regardez son équipe, ceux qui l’entourent, ils ressemblent à la France de 2017. Pas de discours global, juste l’application de quelques principes et une vision positive de notre destin. Comme s’il avait dépolitisé la question du passé colonial ou de la diversité. Il ne prétend pas prôner la diversité, il la met en actes. Il représente une alternative crédible pour la société française, sinon il ne serait pas au second tour. C’est cela aussi le vivre ensemble. C’est le meilleur contre-discours du FN.

Mais dans son duel contre Marine Le Pen, n’incarne-t-il pas l’énarque, le banquier, l’Européen béat ?

Attention, c’est justement le discours du FN. Cette opposition binaire n’est qu’une chimère médiatique. Les antagonismes sont bien plus complexes. On ne peut pas résumer Emmanuel Macron au grand capitalisme international qui va tous nous ubériser.

Comment peut-il résister à cette caricature ?

D’abord grâce à son ouverture sociétale. Lui accepte cette société du mariage pour tous, diverse, ouverte au monde… Il comprend sûrement mieux que d’autres qu’une jeune femme de banlieue qui a un bac + 6 n’a pas envie d’être aidée par ses amis de gauche, mais qu’elle veut un emploi de cadre, sans pour autant accepter la vision identitaire que porte la droite. Emmanuel Macron a ainsi capté beaucoup de suffrages en banlieue, dans les départements d’outre-mer et chez les primo-votants. L’idée qui a fonctionné vis-à-vis d’une nouvelle génération est celle selon laquelle on peut réussir sans écraser les autres. Le FN dit «Nous sommes chez nous» et En marche répond «On est tous chez nous». Ce que SOS Racisme n’était pas parvenu à exprimer ou à faire entendre. Et quand Mélenchon n’est pas capable de décider à 20 h 02 qu’il faut appeler à voter contre le FN, c’est qu’il s’est fait lui aussi prendre au piège de l’idéologie frontiste du vivre ensemble impossible. Il est en train de créer une fracture à gauche. C’est incompréhensible au regard de son parcours et des idées qu’il défend.

Alors comment contrer un discours démagogique ?

C’est avant tout un problème d’audibilité. Une anecdote illustre bien ce problème. Il y a huit mois, on sentait que cette campagne allait être dure sur la diversité et sur l’immigration. Comment nous, universitaires et artistes, pouvions-nous avoir un impact sur les gens ? On a créé une série de films courts, «Artistes de France». Un artiste de la diversité d’hier raconté par un artiste ou une personnalité d’aujourd’hui. Picasso, Joséphine Baker, Django Reinhardt… racontés par Omar Sy, Lilian Thuram, JoeyStarr. Une quarantaine de jeunes historiens ont écrit les portraits. France Télévisions a été emballé. Notre seule condition était que cette série soit diffusée… sur ce semestre 2017. Pour nous, rien n’est plus politique que ces pastilles. On bat les records de nombre de vues et de téléchargements chaque jour. C’est ça aussi, le travail des intellectuels, de la société civile, des médias, des artistes, pour répondre à Marine Le Pen. Notre pays a réagi avec calme après les attentats à Paris ou à Nice. Ecoutez le discours digne du compagnon du policier abattu aux Champs-Elysées ! C’est aussi cela la force de notre pays. Et Emmanuel Macron est le seul à souligner cet aspect positif.

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Dimanche prochain, votez !

Dimanche 7 mai, n’oubliez pas de voter !

Si vous n’êtes pas chez vous et que vous avez la chance de partir en week-end prolongé, n’oubliez pas de faire une procuration avant de partir à un proche ou à travers le service mis en place par En Marche !

Si vous avez la chance de glisser l’enveloppe dans l’urne dimanche prochain, ne résistez pas au plaisir d’en glisser une deuxième, et proposez à vos proches ou à En Marche ! de recevoir une procuration !

Attention, il ne reste que quelques jours pour être sûr que votre procuration soit valable.

 

 

 

 

 

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Macron mouille sa chemise

Edito de Laurent Joffrin dans Libération le 28 avril

Plutôt bon, Macron sur TF1. Volontaire, précis, assez humble, rassembleur. Mais trop techno quand il se lance dans des tirades d’inspecteur de Finances. Son argumentation – intéressante – sur la fin de la logique « assurantielle » pour l’indemnisation des chômeurs supposait un degré de concentration plus fréquent dans les séminaires des facs d’économie que devant les écrans de télévision. Dans ces moments-là, il fait plus conseiller technique que candidat à une élection au suffrage universel. Il joue la compétence dans une joute où les « sachants », signe des temps, partent avec une longueur de retard.

Il ne suffit pas d’avoir raison, il faut convaincre, c’est-à-dire émouvoir. Mais c’est aussi une marque de respect pour l’électeur, dont on sollicite l’intelligence. La grosse artillerie déployée par Marine Le Pen à Nice fait contraste. On pense au Joueur d’échecs de Zweig, quand un intellectuel fragile se bat contre un béotien au jeu inné et destructeur. Macron oppose un fleuret à la massue du FN. L’agilité fera-t-elle pièce à la force brute ? Deux conceptions de la vie, en tout cas.

On comprend d’autant moins la tentation de l’abstention qu’on décèle chez certains militants pourtant formés. Peut-on adhérer, par exemple, à la cause des sans-papiers, et hésiter à combattre dans l’urne une candidate qui propose de lancer une chasse féroce aux immigrés en situation irrégulière, de supprimer le droit du sol ou l’aide médicale d’Etat ? Peut-on réprouver la déchéance de nationalité proposée il y a un an et voter blanc ou nul quand le FN prévoit de l’étendre à des milliers de personnes, sur la base d’une simple suspicion ? Peut-on soutenir le mariage pour tous et s’abstenir quand le FN promet de l’abroger ?

Peut-on rejeter Fillon à cause de ses casseroles et rester indifférent aux nombreuses affaires judiciaires dans lesquelles le FN est englué ? Peut-on soutenir Christiane Taubira et rester insensible devant un programme qui prévoit de renforcer comme jamais l’arsenal répressif français ? Peut-on dénoncer le programme économique de Macron mais se soucier comme d’une guigne d’un projet frontiste démagogique à souhait, qui prévoit quelque 80 milliards de dépenses en les finançant par des économies sur l’immigration (alors que la plupart des spécialistes contestent le chiffrage du FN sur ce point) et par la planche à billets ? Abstention ou désertion ? D’autant que l’opposition à Macron a tout loisir de s’exercer aux législatives, qui sont le troisième tour de l’élection.

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Le malaise social n’est pas la seule cause du vote Le Pen

Dans une tribune au « Monde », le démographe Hervé Le Bras souligne que l’exclusion n’est pas le seul fait des zones rurales qui ont voté pour Marine Le Pen. Elle existe aussi dans les villes où Emmanuel Macron a fait de forts scores.

 

Quelle allait être la géographie du vote Macron? Faute de précédent et faute de positionnement précis de ce candidat sur le spectre politique, il était malaisé de le prévoir. Une thèse assez répandue voulait qu’il s’agisse d’un vote utile. C’était dès lors définir l’électorat de Macron par opposition à celui du Front national.

Plusieurs raisons militaient en faveur de cette explication. D’abord, le caractère particulier du FN qui saille sur un paysage politique moins contrasté. Effectivement, depuis l’origine, à l’élection européenne de 1984, les scores du FN varient largement selon le territoire considéré. Lors du premier tour, le 23avril, le pourcentage de votes pour Le Pen à l’échelon départemental s’est échelonné de 5% à Paris à 36% dans l’Aisne, tandis que les pourcentages pour Macron se situent entre 18% et 30% selon le département, soit une amplitude trois fois plus faible.

Inévitablement, c’est le parti dont les résultats sont les plus contrastés qui imprime son style à la carte, les autres apparaissant peu ou prou en opposition. C’est le cas pour la représentation des votes en faveur de Hamon, de Mélenchon et plus encore de Macron, comme on le constate sur la carte dessinant les territoires électoraux des deux finalistes, «Deux France face à face: les villes contre le périurbain» .

Les votes FN et Macron géographiquement opposés

L’émergence géographique de l’extrême droite a d’autre part des raisons objectives. Le Pen obtient ses meilleurs résultats là où les problèmes économiques et sociaux sont les plus graves. Que l’on cartographie le taux de chômage, la proportion de jeunes sans diplôme, la pauvreté (proportion de personnes sous le seuil de pauvreté), la fréquence des ménages monoparentaux ou le niveau d’inégalité locale, on obtient des répartitions très semblables: une grande zone au nord de la ligne LeHavre-Belfort, le rivage méditerranéen jusqu’à cent kilomètres de profondeur, la vallée de la Garonne entre Toulouse et Bordeaux, soit presque exactement les territoires où le FN enregistre ses meilleurs scores.

La carte intitulée «La France de l’exclusion» représente la synthèse des cinq indicateurs qui viennent d’être cités. Dès le premier coup d’oeil, elle paraît très voisine des résultats qu’a obtenus LePen. Le vote en faveur de Macron proviendrait alors des régions qui seraient moins atteintes par ces maux. En quelque sorte, il serait défini par son contraire.

A ceux qui parlent de dissolution ou d’éclatement chaotique des partis, on peut opposer la recomposition ordonnée des électorats. En politique, le neuf est souvent fabriqué à partir du vieux

Cependant, quand on regarde plus précisément la carte, on voit une multitude de points où les cinq problèmes sont plus aigus, dans les zones de fort vote FN comme en dehors. Ce sont les villes, en particulier les plus importantes. Effectivement, le chômage y est plus élevé, les familles monoparentales plus fréquentes, les inégalités plus fortes, etc. Dès lors, le FN devrait y récolter de nombreux suffrages. Or c’est exactement l’inverse. Plus une ville ou une agglomération est importante, plus le vote frontiste y est faible. De plus de 30% dans les communes de moins de mille habitants, il descend au-dessous de 5% à Paris. On peut parler de périphérie, de sentiment d’abandon, mais c’est mettre des mots à la place d’une explication. Il vaut mieux reconnaître que les causes socio-économiques ne suffisent pas à rendre compte du vote Le Pen et par conséquent de son opposé, le vote Macron.

L’addition des deux centres

Or, il est possible de définir directement le vote en faveur de Macron. Il suffit de prendre au sérieux le candidat quand il affirme rassembler un centre droit et un centre gauche. Le centre droit est incarné par François Bayrou et son MoDem, le centre gauche par les sociaux-démocrates, de Valls à Hollande. On connaît la distribution des forces de ces deux courants sur le territoire: pour le centre droit, les 9,1% de voix obtenues par Bayrou à la précédente élection présidentielle, pour le centre gauche, la moitié des 28% de votes pour Hollande à la même élection. Les enquêtes par sondage qui demandent pour quel candidat on a voté en2012 donnent effectivement environ 50% des anciens électeurs deHollande ralliant Macron.

Si l’on additionne les scores de Bayrou et la moitié des scores de Hollande en2012, on obtient presque exactement la répartition des votes en faveur de Macron telle qu’elle est apparue dimanche dernier. A ceux qui parlent de dissolution ou d’éclatement chaotique des partis, on peut donc opposer la recomposition ordonnée des électorats. En politique, le neuf est souvent fabriqué à partir du vieux. Plus exactement, l’électorat change moins vite que les états-majors.

Les votes frontistes sont d’autant plus rares que l’agglomération est plus importante, comme on l’a vu. Ici encore, les votes pour Macron leur sont diamétralement opposés. Ils sont d’autant plus fréquents que la ville est de plus grande taille. Paradoxalement, plus les cinq problèmes évoqués plus haut y sont graves, plus on vote Macron. Quel est donc le mystère du comportement urbain? Certes, les professions supérieures s’y concentrent et le niveau général de diplôme y est plus élevé, mais cela ne suffit pas à rendre compte des écarts de vote constatés.

Les villes, «global cities»

Les villes, particulièrement les plus puissantes, sont devenues des points de contact et d’échange avec le monde. Les plus importantes se rapprochent des global cities selon le terme forgé par la sociologue hollando-américaine Saskia Sassen. Leurs habitants veulent donc préserver l’ouverture de la France au monde et particulièrement à l’Europe. Or, seul de tous les candidats, Macron a pris la défense de l’Europe sans poser des conditions peu réalistes à son changement.

Déjà au référendum de Maastricht en1992, les villes, surtout les plus grandes, avaient voté oui. Les zones rurales, pour leur part, s’étaient partagées en deux groupes. Celles où les centristes héritiers du MRP et donc ancêtres du MoDem étaient bien implantés, soit la France de tradition catholique, ou plus exactement et plus originellement detempérament anti-jacobin, avaient aussi voté oui comme on le constate sur la carte «Le oui à Maastricht» . Les autres avaient choisi le non, souvent à de fortes majorités. Dans la mêlée des débats de la récente campagne, l’Europe a parfois surgi mais il se peut qu’elle ait joué un rôle plus important qu’il n’y paraît, ne serait-ce qu’en plaçant Macron en tête.

Cartographie. Hervé Le Bras a conçu les deux cartes intitulées «La France de l’exclusion» et «Le oui à Maastricht» . Le cartogramme intitulé «Deux France face à face : les villes contre le périurbain » a été conçu par Jacques Lévy, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, avec l’équipe du laboratoire interdisciplinaire Chôros de cette même école : Ogier Maitre, Ana Póvoas, Jean-Nicolas Fauchille.

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France is back !

Tribune de Bernard Spitz publiée dans Les Echos au lendemain du 1er tour de l’élection présidentielle, le 24 avril 2017

 

C’était impossible, il l’a fait. En deux ans, un jeune ministre inconnu de la majorité des Français atteint, en tête, le second tour de l’élection présidentielle, face à la représentante de l’extrême droite. C’est la défaite en rase campagne des partis traditionnels et pour le pays, deux options opposées de renouvellement de sa classe dirigeante comme de ses choix économiques et sociaux. L’aspiration à une France offensive dans une Europe rénovée ou le mur identitaire dressé contre l’Union européenne.

Les écoles de sciences politiques et de communication étudieront la combinaison de talent, d’intuition et de chance qu’il a fallu àEmmanuel Macronpour en arriver là, cette chance en forme d’alignement des planètes que Napoléon estimait indispensable pour ses généraux. Comme elles analyseront le succès des candidats extrêmes en marqueur des pulsions « dégagistes » qui traversent le pays. Pour l’heure, observons que cette élection marque à la fois la fin d’un cycle et le début d’une nouvelle ère pour la France.

La fin d’un triple cycle

La fin d’un triple cycle d’abord, générationnel, politique et institutionnel. Générationnel, parce que beaucoup d’occupants des palais républicains et du Parlement depuis des décennies vont passer la main. De nouveaux élus venus de tout bord – des extrêmes, du Modem, de la société civile – vont les remplacer.

Politique, parce que l’échec de la droite à bénéficier de l’alternance comme l’effondrement du PS ouvrent la voie à une recomposition du paysage, avec l’affirmation d’une force réformiste centrale et l’opposition de mouvements extrêmes.

Institutionnel enfin, avec des hypothèses inédites : gouvernement de coalition, Parlement rajeuni et plus représentatif, etc. Après le second tour, la séquence des élections législatives dessinera les contours de la future majorité présidentielle. La Ve République entamera ainsi, quoi qu’il arrive au soir du 7 mai, un nouveau chapitre de son histoire.

Puissante onde positive

Fin d’un cycle donc, mais aussi début d’une nouvelle ère. Dans un mélange d’intérêt et d’inquiétude, le monde extérieur, des gouvernements aux investisseurs, voit la France, après le Brexitet l’élection de Donald Trump, en ligne de front face à la vague populiste et protectionniste. Une sorte de digue qui, si elle cédait, pourrait – sauf résultat contraire aux législatives – déstabiliser l’Italie puis le reste de l’Europe. Avec des risques évidents pour l’économie et à terme, pour la paix.

A l’inverse, l’élection d’Emmanuel Macron pourrait déclencher une puissante onde positive. Un président jeune, connaissant l’entreprise, parlant l’anglais, maîtrisant les nouvelles technologies, incarnerait l’antithèse de ceux qui l’ont précédé. Succès international garanti, qui ne manquerait pas de nous renvoyer une image positive de nous-mêmes.

« France is back » pourrait tweeter Donald Trump. Une France se voyant belle dans le miroir. Plus fort que le terrorisme et les tensions internationales, un courant d’optimisme pourrait gagner un pays qui a besoin de retrouver confiance dans la vision et l’autorité de ses dirigeants.

De quoi conférer une énergie nouvelle aux entrepreneurs mais aussi redonner espoir à tous ceux qui ont exprimé leur colère et leur attente d’une vie meilleure : jeunes, chômeurs, paysans, artisans, ouvriers, classes moyennes. L’Allemagne reprendrait confiance en notre capacité de reconstruire ensemble l’Europe et une diagonale de leaders quadras avec Trudeau et Renzi pourrait émerger. Les marchés regarderaient autrement un pays enfin tourné vers l’avenir, ayant renversé la table de la plus belle des façons, c’est-à-dire en donnant le pouvoir à sa jeunesse.

La France est face à son destin. Il ne tient qu’à elle de vivre un grand moment de fierté et d’optimisme comme pour la victoire en Coupe du monde 1998, avec la dynamique de croissance qui accompagne toujours le succès. « Yes we can » : Obama, en appelant Emmanuel Macron, l’avait laissé entendre. Rendez-vous dans deux semaines.

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Edito

Edito J-4 – Les Gracques avec Macron

Il faut appeler un chat un chat.

Marine le Pen n’est pas une patriote ayant de la poigne. C’est une femme autoritaire qui conduirait le pays comme elle a dirigé son parti. En muselant toute opposition, en semant l’intolérance au sein de la société , en nous sortant de l’Union Européenne et en s’ouvrant à l’influence des régimes de l’Est. Son programme est une imposture qui conduirait le pays au chaos et à la misère.

Jean-Luc Mélenchon n’est pas un pittoresque admirateur de l’Amérique latine doté d’une vision romantique de l’économie. C’est un homme politique ivre de sa propre parole, que l’orgueil conduit à insulter la presse libre, ignorer les droits de l’homme dans les dictatures qui flattent son ego et agresser l’Europe. Son programme est une caricature qui ruinerait le pays et ses classes moyennes.

François Fillon n’est pas le réformateur modèle qui s’est fait élire aux primaires de la droite contre Alain Juppé. Il est le candidat obligé d’une droite qui, incapable de s’unir, a laissé ses courants les plus réactionnaires prendre le contrôle de sa campagne. Cette emprise de « Sens commun » sur fond de casseroles l’empêcheront, quoi qu’il arrive, de tenir ses engagements initiaux.

Benoit Hamon est le tardif champion d’une gauche frondeuse qui a confondu revanche au sein du PS avec élection présidentielle. Chacun sait – lui le premier, que nous avions accueilli à notre Université d’été de 2008 – que faute de pouvoir accéder au second tour, les voix portées sur lui accroissent les chances des trois précédents. Il a appelé ses électeurs à opter pour Jean-Luc Mélenchon au second tour, nous les appelons à voter pour Emmanuel Macron dès le premier.

Car oui, à la veille d’un scrutin décisif où chaque voix comptera, les Gracques soutiennent la candidature d’Emmanuel Macron. Parce qu’il est le seul à partager toutes nos valeurs : compétence économique, engagement européen, liberté d’entreprendre, priorité à l’éducation, Solidarité pour les démunis, compréhension de la révolution numérique, apaisement des tensions sociales, conception non-partisane du gouvernement…

Parce qu’il saura rendre confiance aux Français et espoir aux Européens, le 23 avril nous voterons pour Emmanuel Macron.