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Primaire à gauche: Cohn-Bendit à l’Université des Gracques

Daniel Cohn-Bendit s’exprime sur l’intérêt d’une primaire à gauche pour les présidentielles de 2017, dans le cadre de la 5ème Université des Gracques.

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Interview de Bernard Spitz sur les 500 jours de Manuel Valls à Matignon

Interview parue dans L’Opinion le 12 août 2015

Ancien du cabinet Rocard, le président de la Fédération française des sociétés d’assurance estime que l’arrivée de Manuel Valls à Matignon a permis à la gauche française de ne plus tenir «un discours anachronique par rapport aux autres sociaux-démocrates européens.

Bernard Spitz est président de la Fédération française des sociétés d’assurance et membre du bureau du Medef. Il a été conseiller au sein du cabinet de Michel Rocard, auquel appartenait aussi Manuel Valls. Il publiera à la rentrée un essai, On achève bien les jeunes (Grasset).

La nomination de Manuel Valls a-t-elle été, pour vous, une vraie rupture dans le quinquennat de François Hollande ?

Clairement. Même si Manuel Valls a soutenu activement François Hollande lors de la campagne présidentielle, il ne faisait pas partie du premier cercle, de la famille des hollandais. Manuel Valls est l’un des héritiers de la deuxième gauche, celle de Michel Rocard et Mendès-France. Lors de la primaire de 2011, c’est lui qui avait tenu le discours économique le plus audacieux.

Qu’est-ce qui caractérise ses 500 premiers jours à Matignon ?

La fixation d’un cap économique et le changement de méthode gouvernementale. Il a d’abord donné du crédit et une réalité au Pacte de responsabilité. Ce tournant qui avait été initié par le président au début de 2014 n’était pas incarné, ni traduit dans les faits. Manuel Valls l’a opéré. Cela a permis de faire passer un message clair aux entreprises: finis les atermoiements, les engagements seront tenus. Et puis il a tenu bon sur la loi Macron, qui était un test clé de sa volonté de réforme. Il a aussi corrigé le tir sur les décisions qui avaient conduit à un effondrement de la construction, rétabli à la hausse les crédits de l’apprentissage, élément fondamental pour l’accès à l’emploi des jeunes, et stoppé le zigzag sur la fiscalité, qui créait instabilité économique et confusion. Pour résumer, son arrivée à Matignon a symbolisé l’affirmation d’un discours qui ne soit plus anachronique par rapport aux autres sociaux-démocrates européens.

Si son discours en matière régalienne est clair et assumé, peut-on en dire autant sur le plan économique ?

Oui. Même si on peut espérer aller plus loin en matière de réformisme, il n’y a pas d’ambiguïté de sa part. Mais si vous me demandez son principal défaut, je vous répondrais : sa majorité, vu l’ampleur des contradictions qui la caractérisent. Quand certaines de ses composantes introduisent le doute sur la ligne, elles nourrissent la défiance. Manuel Valls a démontré à plusieurs reprises sa volonté de s’en affranchir pour réformer, notamment en assumant le choix politique du 49-3. Mais en même temps, nous vivons en démocratie, cette fraction a été investie et élue, il lui faut donc aussi en tenir compte.

Quelle est sa principale réussite ?

Avoir réinstauré cohérence sur la ligne politique et autorité sur le gouvernement et l’administration. Il a ainsi redonné toute sa place à Matignon. Avec un cabinet dirigé de façon professionnelle, l’interministérialité existe à nouveau. Avant de devenir Premier ministre, il avait déjà passé six années de sa carrière à Matignon, auprès de Michel Rocard et Lionel Jospin. C’est un élément essentiel. Matignon ne s’improvise pas.

Qu’a-t-il raté ?

Le quinquennat a changé la donne. Quand on arrive au bout de deux ans, il y a des choses qui ne peuvent plus être corrigées ou que le temps manque pour mettre correctement en œuvre. C’est le cas de la réforme des collectivités territoriales. Personne ne peut être au final complètement satisfait de ce qui en est sorti ! L’avenir tranchera sur d’autres sujets pour lesquels il y a matière à inquiétude comme la pénibilité ou les conséquences, notamment en matière de reste à charge, des textes sur la santé…

Que doit-il encore faire ?

Aller plus loin dans la réforme des structures, la simplification administrative, l’emploi des jeunes. Et continuer à faire prévaloir les engagements pris, en particulier le Pacte de responsabilité. C’est un engagement du chef de l’Etat. Revenir dessus serait inconcevable. L’économie a besoin de visibilité et de stabilité. Le doute entretient l’attentisme qui est l’ennemi de la croissance et de l’emploi.

Le vallsisme est-il une révolution irréversible pour la gauche française ou une simple parenthèse?

Manuel Valls y représente la deuxième gauche, une gauche ouverte sur le monde et l’économie, ni dogmatique, ni étatiste, ni jacobine. François Hollande a, lui, toujours été l’homme de la synthèse entre celle-ci et la première, celle de Mitterrand. Souvenez-vous des «Transcourants». La gauche de Valls est celle de la social-démocratie moderne, qui est aujourd’hui au pouvoir en Italie avec Renzi et en Allemagne dans le gouvernement de coalition, comme elle l’était hier avec Blair en Grande-Bretagne. Est-ce aussi irréversible pour la France ? L’irréalité et les incohérences des textes présentés au dernier congrès du PS ne sont pas rassurantes à cet égard. L’avenir proche nous dira si la gauche française moderne réussit de façon durable son rendez-vous avec l’Histoire, et comment.

A Matignon, Manuel Valls s’inspire-t-il davantage de Rocard que de Jospin ?

C’est un cocktail. Il y a une part de Rocard (la vision pragmatique de l’économie), une part de Jospin (l’autorité) et une part de lui-même, naturellement. Jeune quinqua, il apporte sa propre vision générationnelle et son histoire personnelle, qui joue un rôle essentiel dans son attachement au modèle républicain. Il y a aussi sa grande énergie. C’est un atout essentiel. Dans le monde d’aujourd’hui, face aux difficultés qu’un dirigeant doit affronter, aux inerties administratives, aux complexités juridiques, aux capacités de blocage politique, c’est souvent ce qui fait la différence.

Est-ce lui qui détient le destin de François Hollande entre ses mains ?

Il y a une règle simple dans la Ve : ce qui marche est un succès du Président, ce qui ne marche pas est un échec du Premier ministre. Aujourd’hui, leur duo est équilibré et conforme à la tradition du régime présidentiel: au Président, les dossiers internationaux et européens, la fixation du cap économique, les grandes réformes institutionnelles ; au Premier ministre, la gestion des difficultés du quotidien, le dialogue avec les partenaires sociaux et le Parlement, les arbitrages gouvernementaux, l’ordre public. François Hollande travaille avec lui en confiance : même s’ils se sont affrontés au premier tour de la primaire, Manuel Valls a ensuite été son premier soutien. Leur style est aussi complémentaire. Enfin, Manuel Valls apporte à l’ensemble de l’exécutif sa légitimité politique dans l’opinion, qui dépasse le seul électorat de gauche.

Ludovic Vigogne

 

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Edito

De la gauche au centre, c’est maintenant!

En présentant dès l’automne nos propositions dans un livre, nous voulions faire passer les sujets de fond avant les compétitions de personnes.  Comment mieux vivre ensemble ? Comment faire redémarrer la croissance et l’ascenseur social ? Comment réinventer notre destin avec l’Europe?…

Voici le texte complet de notre article paru dans Le Point

Mieux vivre ensemble. Notre société est soudée par ses peurs au lieu de l’être par l’espérance collective et le respect d’autrui…Pour retrouver confiance, il faudra beaucoup de concret et d’exemplarité : assurer à chacun un toit, un emploi, une formation utile, l’accès au système de soins, la sécurité pour soi et les siens ; et montrer que les efforts seront partagés, les rentes abandonnées, la justice appliquée, sans discrimination de sexe, d’âge ni d’origine. Ce fut dit dans la campagne, un peu…

Retrouver la croissance. Nous dépensons trop et mal. Résultat : nous laissons aux jeunes le chômage, la dette, le financement de la retraite et de la santé. Les candidats visitent les haut-fourneaux, mais ce sont les nouvelles technologies, les énergies renouvelables et l’innovation qui sont les leviers de la croissance. La hausse de la fiscalité ne résoudra  pas tout : ce sont nos entreprises qui créent des emplois, pas nos impôts. Il faudra donc réduire certaines dépenses publiques, favoriser la croissance par l’investissement, encourager les entrepreneurs de demain. Ce fut un peu dit, dans la campagne,  trop peu.

Exister avec l’Europe dans le monde. La puissance ne se compte plus en chars. Elle repose sur l’attractivité du territoire, la compétitivité des entreprises, la qualité de l’éducation, notre gestion de la zone Euro. Autant d’objectifs qui relèvent d’un double défi, national et européen. Ce  fut peu  dit dans la campagne, si peu.

C’est de tout cela pourtant que dépend notre avenir commun.

L’avenir  de tous. Y compris de cette France protestataire qui pèse un tiers de l’électorat, celle dont on traite les frustrations entre grand soir fiscal et viande Hallal, de l’argent des riches à la viande des pauvres. Lorsqu’ils se rebellent contre la perte de leurs emplois comme contre l’insécurité dans les cités, les exclus rappellent les politiques à leurs devoirs essentiels.

Il est facile de tout mettre sur le dos de boucs émissaires commodes tels l’immigration et la mondialisation financière. Il faudra de la solidarité pour répondre à l’angoisse des plus défavorisés mais aussi de la croissance pour préserver la production et l’emploi. Nous devrons donc motiver ceux qui en sont les moteurs, entrepreneurs, salariés qualifiés et investisseurs en tête. Notre pays ne réussira qu’en rassemblant ses talents.

Voilà les défis qui attendent la France de 2012. Nous somme capables de nous adapter au monde qui change. Saurons-nous le faire dans la cohésion sociale, en donnant leurs chances aux nouvelles générations?  Et qui peut le mieux nous guider dans cette voie ?

Pour nous, le programme de François Hollande répond plus aux besoins du pays que celui de Nicolas Sarkozy. Car il entraînera mieux la majorité de la société française dans la voie des changements essentiels à nos yeux : sur les jeunes, l’Europe, la méthode de gouvernement.

La priorité accordée à la jeunesse est essentielle, puisqu’elle est porteuse de priorités politiques structurantes, seules à même d’éviter la désespérance de la société, le conflit des générations et le déclin de la France. Son choix européen, notamment sa volonté de prendre en compte la croissance du continent, nous paraît aussi le mieux assuré.

Quant à sa volonté de privilégier le dialogue social, elle est la seule voie pour  négocier les profonds changements nécessaires en matière de travail, d’administration de l’Etat, d’organisation territoriale, de réformes structurantes comme pour les retraites et le système de santé. Tous les hommes d’entreprise le savent : le changement n’est accepté que lorsqu’il est expliqué et négocié. C’est ce qui a fait le succès des Scandinaves.On ne préside pas un pays en dressant des Français contre d’autres Français. L’absence d’écoute du candidat Sarkozy, pire son rejet des corps intermédiaires, nous apparaît aussi dangereux qu’inapproprié. Une démocratie qui marche a toujours autant d’autorité qu’un chef qui veut seul trancher de tout ; plus d’efficacité, aussi…

Certes, les solutions à gauche valorisent le levier fiscal par rapport à la baisse des dépenses. A droite, on retrouve la même inclinaison pour la taxation, au contraire de l’Allemagne pourtant citée en modèle. Nos déficits n’ont ainsi cessé de se creuser, au-delà des effets de la crise, en dépit du diagnostic de « quasi-faillite » établi par le Premier ministre au début de son mandat.

Il faudra donc faire des économies dans nos dépenses publiques. Puisqu’elles ne se feront pas sur l’école, la police, la justice, ni la recherche, elles se feront ailleurs : sur la gestion de l’Etat et de nos collectivités territoriales, notamment.

Et puisque nous appelions il y a 5 ans à une recomposition politique, constatons que le sujet n’est pas clos, même s’il se pose en des termes différents. Le premier tour l’a montré : la sympathie pour les idées que défend François Bayrou n’a pas recueilli les votes de 2007. Pour autant, la droitisation de la campagne de Nicolas Sarkozy, confirmée au soir du premier tour, est inacceptable pour ses électeurs. Alors que le dessein démocrate, social, européen et humaniste qu’il représente a toute sa place pour amplifier la dynamique du changement dans le pays, sans céder au populisme et à la démagogie. Ceux qui ont voté François Bayrou se retrouveront ainsi plus dans le gouvernement respectueux de François Hollande que dans l’exercice solitaire du pouvoir de la démocratie référendaire prônée par Nicolas Sarkozy.

L’ampleur du rétablissement à accomplir milite donc en faveur d’un élan partagé entre la gauche, les écologistes et le centre face au camp conservateur et aux extrêmismes. L’offre politique en sera clarifiée. Les Français, avec un système électoral en partie proportionnel, seront réconciliés avec leurs représentants et avec l’Europe. La France pourra alors entrer avec  François Hollande dans le XXIème siècle : une France vraiment forte, parce que largement rassemblée autour d’une économie sociale de marché.

 « Ce qui ne peut plus durer », Albin Michel 

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Edito

La société du respect

La société du respect

En 2012 comme lors de l’élection de 2007, les Gracques défendront une certaine idée de la gauche, celle qui ne transige ni avec les exigences du réel ni avec la volonté de le transformer en profondeur. Comme nous l’avions annoncé à notre dernière université d’automne, nous présenterons notre projet au printemps 2011. Destiné à redonner du sens à l’action publique et à inspirer le candidat de la gauche, il s’efforcera de répondre aux règles dont Pierre Mendès France disait qu’elles devraient gouverner la politique : vérité, justice, responsabilité.

Arrêter la spirale. Dire la vérité sur la réalité du pays et du monde, décider avec le souci constant de la justice, agir avec responsabilité dans l’équilibre des droits et des devoirs : il n’y a pas d’autre voie pour restaurer le respect que les Français attendent dans leur vie quotidienne, professionnelle ou privée, dans leurs relations avec les pouvoirs publics comme avec les élus. Le respect des personnes, bien sûr, mais aussi de l’autorité, de la loi, des valeurs…

C’est la condition pour arrêter la spirale de résignation et de défiance qui nous guette et pour retrouver le sens du  » vivre ensemble « . Nous avons les moyens de relever les défis du monde moderne : un niveau de vie et de protection sociale élevé, des infrastructures modernes, des entreprises parmi les champions mondiaux, des scientifiques renommés : nous savons tout cela ; mais dans ce travail permanent que doit faire la société sur elle-même, c’est comme si le ressort était cassé.

Respect des libertés publiques, de l’égalité économique, de la fraternité sociale : voilà les repères qui doivent désormais guider le gouvernement de la République. Nous payons le prix de les avoir oubliés en chemin. Le moment est venu de les retrouver pour refonder une société meilleure, fondée sur plus de justice sociale et une vraie égalité des chances entre les générations.
Comme en écho aux trois principes qu’énonçait Mendès, nous disons que respect, équité, confiance sont aujourd’hui les vertus nécessaires pour remettre la société française en mouvement.
Comment les restaurer ? Par une transformation en profondeur des relations entre l’État, les entreprises, les collectivités locales et les citoyens. C’est cette révolution sereine dans la France du XXIe siècle qui permettra de fonder  » la société du respect « .

(…)

 Retrouvez la suite de ce texte sur Le Point.fr

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Edito

Yes, We Can Try

Edito paru dans Le Point

Dans toute l’Europe, la gauche de gouvernement recule, généralement usée par le pouvoir

Il y a 20 ans, elle n’avait pas su tirer parti de la défaite historique du Communisme pour s’imposer à l’ Est de l’Europe : le libéralisme intégriste a ainsi pu s’engouffrer dans la brèche. Aujourd’hui, l’effondrement sur lui-même du capitalisme dérégulé aurait dû sonner l’heure de la revanche. Même pas. L’essoufflement du modèle social-démocrate accompagne le désenchantement d’Europe : moins d’un Européen sur deux a voté aux élections européennes.

En France, le PS n’a pas eu besoin d’être au pouvoir pour s’user lui-même.

Sur tous les grands enjeux actuels, qu’a dit le parti socialiste français ? Sur la régulation du capitalisme mondial, sur l’avènement de l’Asie, sur les nouvelles formes de travail, sur les inégalités générationnelles, sur la promotion de la diversité, sur la concurrence contre les monopoles, sur les voies du désendettement, sur le triomphe des corporatismes, sur la lutte contre la grande pauvreté et l’écrasement des classes moyennes, sur le vieillissement de notre population, sur la réforme de l’Etat, sur le monde vu par Obama… Relisons le discours du Caire et comparons-le à ce que nous entendons ici ! On ne demandait même pas au PS d’avoir un programme, mais une parole, des valeurs, une compréhension du monde réel, un chemin de transformation de la société. Rien de tout cela n’est audible.

Faisons simple : pour gagner en politique, il faut réunir trois atouts : un projet, un leader, des alliés. Aujourd’hui, l’UMP dispose des deux premiers et pense donc pouvoir se passer des troisièmes. Que manque-t-il à la gauche pour rassembler les trois ?

Ayant perdu les classes populaires depuis longtemps et jamais représenté les exclus, le PS ne gagne, hors de ses fiefs historiques, que quand il mobilise le centre gauche, les « libéraux libertaires », les écologistes, la deuxième gauche, les classes moyennes, les « bobos »,… C’est le modèle Delanoë à Paris et Collomb à Lyon. Il perd quand il abandonne la vision des syndicats réformistes au profit d’un discours frileux de résistance et  de protection des acquis. Il ne parle alors qu’à ces 15% de l’électorat, pour qui la protection du statut passe avant le reste. Comme la gauche est forcée de les décevoir quand elle arrive au pouvoir, c’est par une sagesse populaire immanente qu’elle n’y arrive pas.

Et pourtant, les élections successives expriment les tâtonnements d’un bloc de centre gauche à vocation clairement majoritaire. Il est volatile, se tourne un jour vers le PS, un autre vers Francois Bayrou, aujourd’hui vers les écologistes. Peu importent ses choix d’un jour : il n’est pas plus demandeur de la sortie du nucléaire quand il vote Cohn Bendit, que de l’antisarkozysme, quand il choisit le Modem. Il est aussi sensible à l’ouverture, à travers des figures comme celle de Bernard Kouchner. Cet électorat-là attend autre chose que le ni/ni :un discours neuf de transformation sociale et de  solidarité – y compris entre générations – un langage ancré dans le réel.

Qu’est ce qui les a séduits aux élections européennes ? Que les Verts n’aient pas parlé que de politique intérieure. Mais d’Europe, de morale publique et de responsabilité vis à vis des générations futures : joli paradoxe au passage  que ce soit le représentant le plus emblématique de la génération de 68, celle qui a creusé la dette, dépensé et joui sans entraves, qui s’interroge sur le monde que nous transmettrons à nos enfants ; et qui appelle à la modération pour limiter les deux pollutions essentielles que nous laissons aux générations suivantes : la couche d’ozone et la dette publique.

Des alliés ? Potentiellement, il y en a. Un leader ? Il ou elle viendra, ou reviendra, ou pas ; ce n’est pas de notre ressort. Reste le projet. Ce projet, nous devons tous nous y atteler : les briques de la maison commune viendront d’horizons divers et la société civile doit jouer son rôle d’aiguillon exigeant pour les professionnels de la politique. Nous essaierons d’y prendre notre part. Cela passait par la rédaction d’un manifeste démocrate, social et européen: il a été publié (www.lesgracques.fr).  Cela passait par le rassemblement de ceux qui pouvaient nous aider à penser : cela a été fait, avec l’organisation d’universités ouvertes. Leurs deux premières éditions autour d’Anthony Giddens, Marcel Gauchet, François Chérèque, Michel Rocard, Peter Mandelson, Jorge Semprun, François Hollande, Erik Orsenna, Walter Veltroni, Daniel Cohen, Benoît Hamon, Jacques Attali, et tant d’autres qui l’ont permis, en attendant la troisième édition, cet automne. Cela passait par un rapprochement avec les autres think-tanks européens progressistes: nous les avons réunis pour la première fois à Paris en août dernier. Cela passait par des interventions sur les sujets d’actualité : dans Le Monde, sous le titre « La Bourse ou la vie, le chantage des marchés » , nous avons ainsi formulé cinq propositions sur la crise financière inédites à l’époque : quatre d’entre elles ont été retenues au G20 – nous n’avions pas trop mal visé.

Nous allons donc continuer, en lien avec tous ceux qui partagent l’envie de moderniser la gauche.  Avec l’objectif d’avancer progressivement un ensemble de valeurs, de propositions, de méthodes dont nous verrons bien qui s’en inspirera et qui prendra ses distances. Le refus des réformes en leur opposant des discours incantatoire étant l’alibi de ceux qui ne pensent pas, ce ne sera pas le nôtre. Soyons libres dans nos têtes, sans agenda caché. Nous sommes pour un Etat qui assure les solidarités et régule l’économie tout en optimisant la création de richesse. Nous sommes pour une vision équilibrée et pragmatique des rapports entre monde public et monde privé. Nous sommes persuadés que les Français veulent rester dans le peloton de tête des grands pays mais pas au prix d’un déni de ce qu’ils sont ; et que dans une perspective de sortie de crise, ils aspireront à retrouver les pratiques démocratiques normales d’un Etat transparent, modeste et efficace.

C’est pourquoi notre projet n’est pas de statu quo mais d’adaptation et de mouvement ; un projet qui privilégie le long terme et préserve les solidarités intergénérationnelles. Un projet européen, de gauche, progressiste, de transformation sociale, de justice. Et qui plus est, un projet moral. Yes, we can try, ….

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Effusions, fusions et confusions…

Les élections municipales ont vu un large mouvement de balancier vers la gauche ; mais elles ont surtout été marquées par une extraordinaire confusion en ce qui concerne les alliances.

Ici, le P.S. était allié au P.C.F. et aux Verts ; ailleurs, rompant avec une très ancienne tradition, il a maintenu ses listes au second tour contre des maires communistes avec qui il avait jusqu’ici géré la commune. Le Modem a, pour sa part, essayé toutes les configurations d’alliance disponibles sur l’échiquier politique – y compris, dans les Bouches-du-Rhône et au grand dam de François Bayrou, avec le Parti communiste. Des membres du gouvernement et des figures de proue de l’UMP, comme Alain Juppé, se présentaient « sans étiquette » : comme si l’on refusait à l’électeur des informations sur la composition du produit qui sont obligatoires lorsqu’il s’agit du consommateur. Pourtant, la présence d’« OPM », c’est-à-dire d’« organismes politiquement modifiés », en un mot de transfuges de l’autre bord, était cette année une des denrées les plus recherchées dans l’alchimie du dosage des listes…

Cette confusion pousse à son paroxysme la perte des repères politiques constatée avant et depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. Car on serait bien en peine de trouver, à ce mistigri des alliances, d’autre logique que celle de la conquête de positions de pouvoir.

Un responsable socialiste, Pierre Moscovici, faisait dimanche soir le parallèle entre la « vague rose » de 2008 et celle qui, en 1977, avait contribué à préparer l’alternance de 1981. Arithmétiquement, la comparaison est recevable. Mais elle s’arrête là. Car à la fin des années 1980, la gauche était porteuse d’un projet (quel que soit le jugement que, rétrospectivement, on porte sur lui), qui se traduisait dans le programme commun de gouvernement. Les alliances étaient, en termes de forces politiques et sociales, la traduction de ce projet. Et de 1977 à 1981, les politiques locales mises en œuvre étaient une préfiguration de ce même projet.

Rien de tel aujourd’hui. On peut donner des élections municipales une interprétation en termes de rapport de forces politiques, constater une bipolarisation renforcée, une évanescence du Front national, même si ses idées demeurent prégnantes, la réduction aux acquêts du Parti communiste et des radicaux de gauche, l’émiettement des Verts, l’échec de la stratégie d’extrême centre du Modem, mais qui pourrait sérieusement y lire le dessin d’une France différente de celle qui a été choisie en mai 2007 ?

Sait-on d’ailleurs bien pour quelle idée de la France les Français ont voté en mai 2007 ? Une France européenne, active dans l’élaboration d’un traité de Lisbonne ou une France jouant cavalier seul dans la plupart des dossiers de politique sectorielle ? Une France réformiste, qui voit s’épanouir les cents fleurs du rapport Attali, ou une France sclérosée, qui ménage ses chauffeurs de taxi et ses buralistes, et peine à respecter ses engagements en matière d’équilibres financiers ? Une France laïque, dont les citoyens sont considérés en fonction de leurs mérites et non de leur appartenance à une communauté, ou une France cléricale, qui attend du prêtre, du pasteur ou de l’imam qu’il vienne au secours du pouvoir d’Etat pour dire le sens, le bien et le mal ?

La Gauche n’est pas mieux lotie si l’on en juge par ses palinodies sur le traité de Lisbonne, ses contorsions sur le service minimum dans les transports ou son grand écart sur les régimes spéciaux de retraite… L’urgence est là : reconstruire un projet, proposer aux Français un chapitre neuf de l’histoire du pays, raconter la France de 2030 telle qu’on peut aujourd’hui la rêver ou l’imaginer. Naguère, la question du leadership ne se serait pas posée : un homme (ou une femme) aurait incarné ce projet, écrit ce chapitre, raconté cette histoire. Aujourd’hui, certains candidats au leadership sont comme des top models qui défilent avec les dernières créations du prêt-à-penser que leur proposent des agences de communication, pourvu que le pli tombe bien et que les coloris captent la lumière.

Il est naturel que la gauche se félicite de ses gains ; il ne faudrait pas qu’ils l’empêchent de voir qu’elle n’a guère progressé dans la voie d’un renouvellement qui pourrait se traduire par le succès au niveau national. Pour cela, il lui faut d’abord un projet, ensuite un leader, enfin des alliances. Toute autre démarche ne conduirait qu’à rééditer les échecs de 2002 et 2007. L’urgence commande.