Protéger le contrat social face aux chocs économiques : Résumé des débats de l’Université d’été

Rushanara Ali, député du Labour.

Gabriel Cohn-Bendit,président fondateur des Amis d’Europe écologie.

John Evans, secrétaire général de la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE.

Jean-Claude Mailly,secrétaire général de la CGT-FO.

Animateur : Marie-Laure Sauty de Chalon

Rushanara Ali

Rushanara Ali

Rushanara Ali :

Je suis élue depuis 2010 dans une circonscription (Bethnal Green) située entre la City et Canary Wharf, à proximité du village olympique. Cette circonscription est l’une des plus diverses du Royaume-Uni, mais également l’une des plus inégalitaires : la moitié des enfants vivent sous le seuil de pauvreté ; le taux de chômage est également très élevé chez les jeunes actifs. En outre, plus de 2000 familles sont menacées de se retrouver sans logement. L’aspect positif est que cette diversité est également une chance : la circonscription est entourée de richesse et d’activité économique. Cette description n’est pas juste celle de cette circonscription mais celle de tout le Royaume-Uni. Actuellement, le pays compte 3 millions de chômeurs et subit une seconde récession, après celle de 2009.

Dans ce contexte, pour le centre-gauche, la question est de savoir comment permettre la mobilité sociale, même en période de crise. Il est pour cela nécessaire de créer un Etat-providence moderne, pensé pour le XXIème siècle, qui ne conduirait pas ses bénéficiaires à être piégés dans l’assistanat. C’est pourquoi nous devons protéger les deux services publics les plus importants : la santé et l’éducation. Nous devons empêcher le gouvernement de droite d’annihiler ces institutions. Nous devons nous assurer que les réformes en cours ne vont pas nuire à ces institutions. Une autre question cruciale est de savoir comment créer une société innovante et entrepreneuriale, une nouvelle économie, dans laquelle de nouvelles formes d’innovation émergent des récessions.

Voici quelques faits. Depuis que le gouvernement conservateur est au pouvoir, l’austérité a eu des conséquences dramatiques pour les collectivités locales, avec des réductions des budgets de 20 à 25% : des coupes claires ont été réalisées dans les infrastructures, l’école, la police, la petite enfance… L’une des mesures aux conséquences les plus dramatiques a consisté à annuler un programme d’un milliard de livres, qui permettait aux jeunes d’intégrer la vie professionnelle, avec des résultats très intéressants. Des bourses universitaires ont également été annulées. Certes, la gauche reconnait que certaines mesures d’austérité sont nécessaires, mais pas les mesures d’austérité actuelles, qui n’ont même pas réduit le déficit.

Nous sommes donc face à une immense responsabilité : définir ce que doit être le centre gauche, et l’adapter au changement et à l’austérité. Pour cela nous devons prendre en compte la réalité de l’austérité, mais de façon équitable, et également agir en faveur de la croissance et l’emploi. Nous devons donc utiliser l’argent public de façon plus efficace, tout en punissant ceux qui abusent du système, faute de quoi la droite punira tout le monde au prétexte de punir certains. Nous devons aboutir à un consensus sur le rôle de la société civile (le « troisième secteur ») : celle-ci ne doit pas venir seulement en complément de l’Etat.

 

Jean-Claude Mailly :

On ne souligne jamais assez le rôle des syndicats aux niveaux européen et international. En effet beaucoup de problèmes ne peuvent être réglés qu’au niveau européen. Cela posé, explicitons les caractéristiques du contrat social en France. Trois grands facteurs émergent :

–        La structuration des relations sociales, notamment les modalités de négociation (principe de faveur ou hiérarchie des normes). Ainsi, 90% des salariés français sont couverts par des conventions collectives. C’est un élément structurant de l’histoire sociale française.

–        La place des services publics. Notre pays n’a jamais eu un vrai débat sur le rôle et les moyens du service public. C’est ainsi que certaines missions du service public ont disparu, sans qu’il y ait eu un débat démocratique.

–        L’organisation du travail. Ces dernières années les syndicats ont beaucoup travaillé sur les conditions de travail, mais peu sur l’organisation du travail. Celle-ci a évolué concomitamment à celle des entreprises, qui se caractérise par un rôle accru des actionnaires. La relation au travail s’est individualisée, y compris entre salariés. Il est donc important de travailler sur des objets concrets comme les entretiens d’évaluation, les objectifs assignés aux salariés. Cette pression accrue sur les travailleurs n’a pas de lien avec les 35h, sauf peut-être à l’hôpital ; les 35h ne sont donc pas une cause majeure de la situation actuelle. L’essentiel réside dans le changement des formes d’organisation vers davantage d’individualisation. Dans ces nouvelles formes d’organisation, les salariés sont divisés en plusieurs classes : CDI, CDD, intérim, stagiaires. En particulier les femmes sont les moins protégées. C’est donc à la fois l’emploi et le travailleur que les syndicats se doivent de protéger.

John Evans :

Nous avons besoin d’une forme de démocratie sociale plus positive que le seul libéralisme. La société actuelle se caractérise par un manque de confiance dans la classe politique ; toutefois il y a beaucoup d’attentes envers le nouveau gouvernement de François Hollande.

Durant la crise, on a imaginé la fin du modèle allemand. Mais les négociations entre patronat et syndicats ont permis de conserver l’emploi, à l’inverse de ce qui s’est fait aux Etats-Unis. La France et l’Allemagne doivent avoir des trajectoires de croissance et de productivité convergentes.

L’une des caractéristiques majeures de la crise est l’augmentation des inégalités. Celles-ci ont contribué à la bulle du crédit aux Etats-Unis. On constate d’ailleurs que ce sont les pays avec le moins d’inégalités qui ont à long terme la croissance la plus forte. En outre, les pays les plus inégalitaires sont ceux avec le moins de mobilité sociale.

Pour terminer sur un mot d’espoir, il doit y avoir un espace pour un nouveau contrat social au niveau européen. Il s’agirait d’un accord sur des pistes concrètes à creuser dans les moins qui viennent, par exemple la qualité de l’apprentissage et des stages, l’investissement dans les entreprises, la réduction des inégalités.

Jean-Gabriel Cohn-Bendit :

Je ne viens pas ici en tant qu’écologiste car l’écologie n’a que peu à dire sur le contrat social. Je souhaiterais toutefois parler de la création d’emplois par l’écologie. Des secteurs entiers de l’économie verte peuvent être créateurs d’emplois. Mais d’autres peuvent aussi être destructeurs d’emploi. L’emploi n’est pas un but ultime, il n’est pas prioritaire sur les enjeux écologiques. Ainsi l’automobile ne ressemblera plus jamais à ce qu’elle a été durant les Trente Glorieuses. Les créations d’emploi seront locales, dans l’éolien, le solaire, le bâtiment… Mais les emplois écologiques ne pourront pas remplacer tous les emplois actuels.

Concernant l’énergie nucléaire, on peut tout à fait être écologique et considérer que le nucléaire est nécessaire pour lutter contre le réchauffement climatique. Toutefois, la part en France de l’électricité d’origine nucléaire est excessive : avec 58 réacteurs en France pour 65 millions d’habitants, cela correspondrait à 1300 réacteurs en Chine, ce que personne n’envisage !

Jean-Claude Mailly :

Le nucléaire doit rester dans le domaine public d’une part car il s’agit d’une énergie particulière, d’autre part car les salariés des sous-traitants doivent avoir les mêmes garanties que ceux des donneurs d’ordres. De plus, assurer la sécurité des salariés et sous-traitants, c’est également assurer la sécurité des populations.

Concernant les créations et destructions d’emploi, en France doit exister une vraie stratégie prévisionnelle : les chefs d’entreprises ne peuvent plus refuser, comme le font certains, de dévoiler la stratégie de leur entreprise et sa trajectoire en matière d’emploi.

John Evans :

A Rio, quatre cent syndicalistes essayaient d’encourager le changement. Globalement, comme il ne peut être question d’accepter des emplois de mauvaise qualité ou polluants, il n’y a pas de contradiction entre écologie et social. Ainsi, suite à la crise, les emplois devront être de meilleure qualité. Un rappel : lors du somment de Pittsburgh, le slogan était «  jobs, green jobs, good jobs ».

Rushanara Ali :

D’où viennent les emplois, les investissements ? Les banques prêtent-elles aux petits entrepreneurs et aux innovateurs ? Dans ma circonscription, je constate au quotidien que si l’on peut donner du travail aux diplômés, on sort des familles entières de la pauvreté.

Jean-Gabriel Cohn-Bendit :

C’est pourquoi l’éducation est fondamentale. Une refondation du système éducatif est nécessaire. Les professeurs en ZEP n’ont pas besoin de primes, mais ont besoin qu’on les laisse enseigner et innover.

Après 1968, l’échelle des salaires devait être de 1 à 7 selon les syndicats, de 1 à 12 selon le patronat. On en est actuellement à 1 pour 200 ! Ce type d’écart n’est pas viable, on se dirige vers une crise de confiance où triompheront les populismes d’extrême-droite ou d’extrême-gauche.

Jean-Claude Mailly :

La confiance ne se décrète pas, elle se constate a posteriori, c’est l’expérience qui permet de la constater. Ainsi, lorsqu’un accord est signé, il est primordial de s’assurer qu’il est respecté par les deux parties. Par exemple, la rupture conventionnelle est dévoyée dans de nombreuses entreprises. Enfin, il ne faut pas avoir peur du débat. Par exemple, tous les transferts de souverainetés européens n’ont pas été l’occasion de débats.

 

Réhabiliter le politique en réussissant le changement : Résumé des débats de l’Université d’été

Rushanara Ali, député du Labour.

Bozidar Djelic, ancien vice-premier ministre de Serbie.

Enrico Letta, député au parlement italien, ancien député européen, ancien ministre de l’industrie et du commerce extérieur.

Michel Sapin, ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du dialogue social.

Animateur : Bernard Spitz

Enrico Letta :

La situation politique italienne, avec son gouvernement technique, est très étrange. Ce que fait Mario Monti est remarquable. Toutefois, il s’agit désormais de chercher une coalition politique pour les nouvelles élections. Actuellement le gouvernement dispose de 85% de soutien au Parlement, mais les partis qui soutiennent le gouvernement n’ont que 51% de soutien dans l’opinion.

Le premier grand paradoxe est celui « du donné et de l’enlevé ». Jusqu’à présent la politique se disputait sur « à qui donner quelque chose » : aux classes moyennes, aux riches, aux pauvres… Aujourd’hui la question porte sur « à qui enlever des choses ». Cela rend la politique beaucoup plus exigeante. Le Conseil européen a compris que si cela dure les populismes vont gagner du terrain. La France a une chance, du point de vue des institutions : les populismes sont peu représentés. Inversement, en Italie, le même tiers de vote populistes qu’en France risque de rendre le système ingouvernable. Voici trois constats majeurs.

–        Tout d’abord, internet a changé le mot « autorité » (autorevolezza, qui signifie également crédibilité) dans la politique et dans nos vies. Auparavant l’autorité était liée au monopole de l’information. Désormais c’est l’exemple qui donne la crédibilité, l’exemple de la vie personnelle. Les partis démocratiques, du progrès, doivent faire en sorte que le politique gagne en crédibilité, en plus de la seule autorité.

–        Les citoyens sont dans une situation de fatigue vis-à-vis de la politique, notamment sur les thèmes de l’emploi, de l’avenir des jeunes…  Il est donc important que le politique soit aux côtés des citoyens les plus faibles, qu’il leur dise, même s’il ne peut tout résoudre : « you’ll never walk alone ».

–        Le saut vers une Europe fédérale est nécessaire. Autrement, la financiarisation de l’économie aura gagné. En effet la finance vit dans le temps court, l’industrie et la politique dans le temps long. Le saut vers une Europe politique nous aidera donc à gérer ce qui ne pourra l’être autrement : la finance. Les Etats-Unis ont maîtrisé la crise car ils ont des institutions fédérales. En Europe, le vote à l’unanimité rend cette réactivité impossible : il a fallu 26 sommets européens avant d’aboutir au mécanisme européen de stabilité. Les institutions européennes ne peuvent plus continuer à être à ce point éclatées, entre M Barroso à la Commission, M Van Rompuy au Conseil Européen, la présidence tournante, et Catherine Ashton en tant que Haut Représentant. Il est indispensable d’établir un interlocuteur unique.

 

Voici maintenant l’intégralité du discours de Bozidar Djelic.

Bozidar Djelic, ancien vice-premier ministre de Serbie.

 

Chers amis,

 

Merci beaucoup pour votre gentille invitation. J’attends depuis dix ans, depuis mon entrée en politique le moment où la gauche sera en même temps au pouvoir dans mes deux pays d’attache, la France et la Serbie… J’ai bien peur que ce soit encore raté…

 

En effet,  malgré un résultat très solide aux législatives du 9 mai de notre Parti Démocrate, la très courte et très inattendue défaite du Président Tadic au second tour de la présidentielle du 20 mai a changé la dynamique politique du pays.

 

Notre allié du gouvernement précédent, le Parti Socialiste de Serbie, appâté par le poste de premier ministre offert par notre concurrent nationaliste, le Parti Progressiste, à son dirigeant Ivica Dacic, a préféré retourner dans le giron où l’avait placé son fondateur Slobodan Milosevic. On ne se refait pas, dirait-on…

 

Du coup, le parti social-démocrate européen qui a connu la plus forte progression ces dix dernières années, en passant de 10 à 30% des voix, notre Parti démocrate serbe, va malheureusement devenir un  parti d’opposition.

Il ne me reste plus qu’à vous demander de rester au pouvoir suffisamment longtemps en France pour que l’on puisse enfin œuvrer ensemble…

 

Le renversement d’alliance qui vient d’avoir lieu, joint aux effets de la crise qui a mené à un taux de chômage insupportable de 25%, ne va pas aider à faire réhabiliter la politique en Serbie. C’est notre sujet d’aujourd’hui.

 

On le sait bien, la politique a mauvaise presse en Europe. Cela a certes toujours été le cas, mais c’est aujourd’hui plus vrai que jamais. Les enquêtes en sont un des témoins.

 

Ainsi, l’Eurobaromètre de l’UE montre depuis 2007 que les habitants de notre continent font preuve d’un pessimisme croissant sur leur perspective de vie et la capacité des politiques d’améliorer cet état de fait.

 

On parle de cinq longues années pendant lesquelles en moyenne les trois quarts des citoyens européens ne voient pas le bout du tunnel et ne croient pas que les élites politiques pourront les sortir du pétrin.

 

Cela étant, en raison du décrochage de la périphérie méditerranéenne par rapport au cœur économique germano-scandinave ces moyennes sont plus trompeuses que jamais. Ainsi, selon le dernier Eurobaromètre, 99% des Grecs, 96% des Espagnols, 91% des Italiens et 86% des Français pensent que cela va mal, alors que 85% des Suédois, 78% des Allemands et 65% des Finlandais et des Autrichiens pensent que les choses vont bien….

 

Si, sans surprise, la politique va mal là où les choses vont mal, on peut en revanche être très surpris de voir que cela ne va guère mieux pour la politique là où les citoyens pensent que les choses ne vont pas si mal. Le renforcement des extrêmes en Grèce peut attrister mais ne peut surprendre. En revanche, l’émergence d’une droite chauvine aux Pays Pas, qui vient de faire tomber le gouvernement, tout comme en Suède, Finlande ou en Autriche, montre que le succès économique n’est pas la seule déterminante du soutien à une politique rassembleuse et tolérante.

 

Par ailleurs, le dernier rapport de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement sur la Transition montre une très forte érosion du soutien à la démocratie et aux valeurs européennes à l’Est du continent, en particulier dans les pays qui ont récemment rejoint l’Union européenne.

Cela non plus n’était pas prévu au programme. L’intégration européenne devait être le grand transformateur politique, le pacificateur dont avaient besoin les sociétés post communistes et post conflits comme en ex-Yougoslavie.

 

Du coup, l’idée rassurante selon laquelle le retour de la croissance et le renforcement dans la douleur de l’Europe vont mécaniquement réhabiliter la politique ne tient pas la route. 

 

Est-ce grave ?

 

Certains disent qu’à l’époque des réseaux sociaux et de l’organisation citoyenne la politique traditionnelle, celle de l’homme d’un certain âge, encravaté délivrant un discours technique par le biais des médias électroniques a fait son chemin.

 

On voit bien que les politiques cherchent de nouveaux formats,  en allant dans les talk shows, en se précipitant sur Twitter, parfois avec des effets surprenants en France d’ailleurs pendant les élections législatives… Mais ils seront les premiers à reconnaître que cela ne change pas les choses sur le fond.

 

La politique est le lien entre les citoyens. L’émiettement des couches sociales, le communautarisme, l’absence de buts communs au niveau national et européen, la tendance qui consiste à accuser l’autre de ses propres maux, qu’il soit Rom ou utilisateur de fonds européens, voilà autant d’évolutions qui ont démontré à quel point elles pouvaient être dangereuses.

 

Donc, oui, la panne de la politique, c’est grave.

 

Oui, il faut réhabiliter la politique au sens propre du terme. Pour la réhabiliter il faut d’abord se demander ce qui pourrait l’habiliter à conduire le changement.

 

Etre habilité, c’est être compétent, être apte, avoir la capacité d’intervenir, de diriger.

 

Le problème avec la politique, c’est que ses méthodes ne sont plus acceptées, que ses capacités sont mises en doute. On voit bien pourquoi, des rayons entiers de livres ont analysé les effets de la mondialisation, l’égoïsme sans précédent de la génération des baby boomers qui refusent de laisser un peu plus d’espace budgétaire à leurs propres enfants, ou encore l’affaiblissement du lien social qui rend toute action collective difficile.

 

Or, cet état de fait est particulièrement dérangeant pour la gauche, les progressistes, car notre fondement même est la croyance en la possibilité de changer le monde, de travailler ensemble pour aider les plus démunis, pour que cela aille mieux pur tout le monde.

 

Que faire pour habiliter et donc réhabiliter la politique, là est évidemment la question centrale.

 

Permettez-moi d’offrir trois pistes pour l’avenir.

 

Tout d’abord, il faut refonder l’action politique en en définissant les nouvelles limites, en particulier dans le social. Ainsi les citoyens sauront à quoi s’en tenir. Les déceptions mutuelles politiques-citoyens seront ainsi mieux évitées. Le rapport Beveridge a redéfini en son temps le champ du politique et le triangle du dialogue social. Il n’est plus opérant, avec la fiscalisation des régimes sociaux et l’effet corrosif et inévitable de la mondialisation, où les syndicats protègent encore mieux ceux qui sont déjà parmi les plus protégés et ne peuvent en fait rien pour ceux dont le poste est concerné par le partage international et non géré du travail.

 

La bonne nouvelle est que cette redéfinition n’est pas seulement dans le sens du moins, moins de protection, moins de droits. Le nouveau rapport Beveridge n’est pas seulement la version tronquée du précédent.

 

Le progrès technologique et la mondialisation font qu’une série de services étatiques sont à présent à la portée du grand nombre. Diagnostic à distance de spécialistes, éducation efficace pour les postes recherchés, l’Etat peut ici faire plus qu’avant. Autant dire clairement où la politique à présent peut faire moins mais aussi plus et définir la nouvelle charte des droits et des obligations, en lien avec le monde réel et tel qu’on le désire.

 

D’autre part, la nécessité d’inclure dans la force de travail les nouvelles générations, celles où une moitié n’a jamais travaillé et où une bonne partie de l’autre moitié a le sentiment de galérer, nous force à hiérarchiser plus honnêtement les objectifs vis-à-vis des jeunes générations.

 

Doit-on vraiment maintenir les objectifs quantitatifs volontaristes record pour l’éducation supérieure classique dans la décennie à venir ? On ne reparlera pas de l’exemple usé jusqu’à la corde de la formation courte puis continue allemande, mais on voit bien qu’entre les besoins cent fois avérés du marché et la préférence sociale il y a encore un fossé.

On ne peut plus faire semblant qu’il n’y a pas de Chine et d’Inde où se trouvent les concurrents directs pour les postes des jeunes des banlieues ou des classes moyennes inquiètes. Tout le monde ne pourra pas sortir par le haut, par une avance technologique, c’est déjà trop tard. Autant prendre le taureau par les cornes et définir sur quels métiers et comment gagner les postes que nous concurrencent les grands acteurs émergents.

 

Enfin, en jouant de sa puissance économique pour devenir un acteur politique, l’Europe pourrait aider la politique nationale à se réhabiliter tout en se sauvant elle-même.

 

Les élites disent que l’Europe est l’espace pertinent pour adoucir les effets de la globalisation. Les citoyens s’en méfient. Les deux ont raison. Peut-être est-ce parce que l’Europe n’a plus gagné de bataille depuis l’Airbus.

 

Les débats durs d’aujourd’hui, du dernier sommet, où le Royaume Uni tout comme les autres ennemis de l’Union politique sortent du jeu, ouvrent peut être une fenêtre d’opportunité. Pour une Europe plus forte car ancrée dans la nécessité. Pour une Europe plus appréciée car autorisée à ne plus être l’éternelle naïve que les Etats Unis et la Chine prennent pour argent comptant, toujours ouverte et jamais suffisamment unie pour faire valoir son droit.

 

Voilà trois débats où les progressistes ont un avantage concurrentiel certain. Autant l’utiliser.

 

Merci beaucoup pour votre attention.

 

Michel Sapin :

La situation en France est plus simple que dans d’autres pays : Président, Parlement et régions sont de la même couleur politique. La question est donc : comment retrouver l’efficacité du politique ? Les constats sont les suivants :

–        Nous vivons dans un monde global.

–        Il se caractérise par la financiarisation, c’est-à-dire le court-termisme de l’information.

–        La multiplication des acteurs. Le syndicalisme (patronal ou salarial) en est l’illustration.

Est-ce pour autant la fin du politique ? C’est l’inverse. C’est parce que le monde devient global, de court terme et avec de nombreux acteurs que le politique est nécessaire. Je souhaite vous faire part de trois constats.

–        La maîtrise du temps. Le manque de maîtrise du temps est le reproche que l’on peut faire à l’Europe, qui agit toujours « trop peu, trop tard ». Avec le dernier sommet  européen, peut-être a-t-on enfin retrouvé un temps d’avance.

–        La question productive. L’ambition d’Alain Madelin, ministre de l’Industrie, était qu’il n’y ait plus de ministère de l’industrie. Cela a changé, il est désormais temps de revenir à une politique industrielle. Les questions stratégiques, de mise en commun, au-delà d’une entreprise ou d’un pays, de l’innovation et de la recherche, rendent leur légitimité à l’Etat stratège.

–        La capacité à trouver un consensus pour répondre aux difficultés majeures du moment. Depuis la fin des Trente Glorieuses le dialogue social a échoué à trouver une solution, on a donc demandé à l’Etat de s’y substituer. L’Etat doit donc surmonter la multiplicité des acteurs pour créer des synergies. Le politique retrouve donc la capacité de proposer des démarches pour mettre en route ces synergies. Ainsi, la grande conférence sociale n’a pas pour objectif d’aboutir à des décisions concrètes, mais de définir un agenda et des procédures : la concertation, l’autonomie totale des partenaires sociaux.

Rushanara Ali :

Chaque parti a sa part de responsabilité dans la perte de crédibilité du politique. Au Royaume-Uni, après le scandale des banques et des écoutes téléphoniques, les institutions ont perdu de leur crédit. Pour restaurer ce crédit, il est important de donner aux jeunes l’exercice des responsabilités, pour éviter que la génération perdue au sens économique ne devienne aussi une génération perdue au sens politique. Les jeunes doivent pouvoir être impliqués dans la politique, dans les partis. En particulier il faut éviter que les énergies ne se perdent à l’issue des élections. La question principale concernant les jeunes est de rendre la politique intéressante et excitante pour eux.

Enrico Letta :

Mario Monti a un rôle politique, au-delà de l’actuel gouvernement technique. Mario Monti avait commencé à chuter dans les sondages ; aujourd’hui il triomphe car les citoyens voient un homme politique qui ne cherche pas quelque chose pour lui, mais au contraire qui inclut un maximum de partenaires. Le couple moteur est désormais Hollande-Monti, car Hollande dispose d’une légitimité que Merkel n’a plus. Concernant le cumul des mandats, la règle actuelle est de trois mandats mais un débat est en cours. Il est important que les citoyens aient des représentants qui ne soient pas uniquement des professionnels de la politique.

Bozidar Djelic :

En Serbie, la loi obligera à ce qu’il y a ait un tiers de femmes au Parlement.

Je me félicite que les financements de l’innovation augmentent. Mais cela ne suffira pas : la Chine produit 25 millions de diplômés par an, dont beaucoup dans les sciences et les techniques. En contrepartie, on espère que la Chine s’embourgeoisera assez rapidement pour ne pas détruire nos systèmes sociaux. C’est déjà en partie le cas. La Serbie, qui a les salaires les plus faibles d’Europe, est, dans certains secteurs, de nouveau compétitive par rapport à la Chine, on observe donc des phénomènes de relocalisation. Il y a là une opportunité de réindustrialisation européenne.

Auparavant la France et l’Allemagne avaient le même surplus commercial dans l’industrie automobile, ensuite leurs situations ont divergé. Que s’est-il passé ? L’Allemagne a joué la carte de l’Europe, beaucoup plus que la France, en délocalisant une partie de son industrie en Europe de l’Est. La France n’avait jusqu’ici quasiment rien délocalisé, elle doit donc, avec la crise, délocaliser massivement.

L’Europe dispose d’un atout, les pays du pourtour méditerranéen. En donnant à ces pays, elle reçoit également, à l’instar de ce qu’a fait l’Allemagne avec l’Europe de l’Est. C’est par cette voie que l’on retrouvera des emplois de qualité en Europe.

Michel Sapin :

Concernant le dialogue social, un fossé se creuse entre ceux qui ont un emploi, bien formalisé et protégé, et ceux qui vivent dans un monde peu formalisé et peu reconnu mais qui devient majoritaire dans la société : CDD, intérim… L’enjeu est que ce monde revienne dans le champ de la négociation sociale.

Au niveau européen, promouvoir l’idée qu’il ne peut y avoir une économie performante sans une société qui fonctionne bien est décisif. Cela ne peut pas de faire dans un seul pays. Par exemple, la notion de salaire minimum doit s’appliquer dans tous les pays européens. Et inversement, ce salaire minimum pourra être assoupli en France, car certains salaires conventionnels peuvent être plus avantageux que le salaire minimum.

Autorevolle’ signifie en italien avoir confiance, donner confiance. C’est donc faire en sorte que le politique, malgré ses difficultés, soit respecté, et que les citoyens aient des attentes envers lui, sur le fond et non sur la forme. Plus on a d’ambition politique, plus on doit avoir de modestie dans l’exercice des responsabilités. Mario Monti en est l’exemple.

Le temps et la durée. Nous avons un avantage en France, qui donne une grande autorité : le fait d’avoir une majorité stable pendant cinq ans. Mais cette force ne doit pas se transformer en usure du temps. Dans l’opposition, on emmagasine du savoir et, au pouvoir, on le régurgite. Puis on s’épuise de nouveau. On ne peut surmonter ce cycle sans s’inscrire dans une durée de dix ans, car c’est à cette échelle de temps que se traduit une politique industrielle, d’éducation… Il faut donc que ceux qui n’exercent pas le pouvoir apportent ce renouvellement continu, afin que la pensée politique soit toujours en avance sur le temps d’aujourd’hui.

Olivier Ferrand

Avec la disparition d’Olivier Ferrand, nous venons de perdre un ami. Un ami avec lequel nous partagions depuis des années l’engagement, les idées, la volonté de rénovation. Nous perdons un Européen convaincu, un serviteur de l’intérêt général et un jeune élu de la Nation.

L’Université d’été des Gracques a observé une minute de silence à sa mémoire.

A sa femme, à sa fille, à ses parents, à tous ses amis, les Gracques adressent leurs plus sincères condoléances.

Les Gracques

Université d’été 2012 des Gracques : programme définitif et biographies des intervenants

Chère Amie, Cher Ami,

Le 30 juin approche à grands pas et avec lui, la journée de l’Université d’été 2012 des Gracques qui aura pour thème : « La post social-démocratie à l’heure du changement« . Pour vous y inscrire, nous vous rappelons qu’il suffit decliquer sur ce lien et de remplir le formulaire qui vous sera immédiatement proposé. Vous pourrez ainsi nous rejoindre samedi dès 9H30 au Théâtre de la Villette, 211 avenue Jean Jaurès, Paris (19ème).

Afin de prendre connaissance des détails qui pourraient vous manquer à ce jour, vous trouverez ci-dessous une version définitive du programme de cette journée. Vous pourrez par ailleurs consulter l’ensemble des biographies des intervenants en cliquant ici.

Bonne lecture, et à samedi !

Les Gracques

 

 

Programme de l’université d’été 2012 des Gracques : 

9h30 : Accueil des Participants

9h45 : Introduction par Bernard Spitz, Président des Gracques

10h00-11h15 : 1ère table-ronde « Quel projet pour la post social-démocratie ? » 

Kemal Dervis,  vice-président de Brookings Institution, président du Conseil international de Akbank, ancien directeur général du PNUD, ancien ministre turc de l’économie.

Marcel Gauchet, philosophe et historien, directeur d’études à EHESS, rédacteur en chef de la revue Le Débat.

Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères.

Animateur : Gilles de Margerie
11h15-11h30 : Pause

 

11h30-12h45 : 2ème table-ronde « Face à la crise financière » 

Daniel Cohen, professeur d’économie à l’Ecole Normale Supérieure, membre du Conseil d’Analyse Economique (CAE).

Guillaume Hannezo, membre fondateur des Gracques, ancien conseiller économique de François Mitterrand.

Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité des Marchés financiers (AMF).

Ana Palacio, ancienne ministre des affaires étrangères d’Espagne, ancienne vice-présidente de la Banque Mondiale.

Animateur : Philippe Tibi

 

12h45-14h15 : Déjeuner au restaurant La Villette Enchantée.

 

14h15-14h30 : introduction des débats de l’après-midi par Pierre Moscovici, ministre de l’Economie, des Finances et du Commerce extérieur (sous réserve).

 

14h30-15h30 : 3ème  table-ronde « Les outils de la croissance en Europe » 

Franco Bassanini, président de la caisse des dépôts et consignations italienne, ancien ministre de la Réforme de l’Etat.

Gil Rémillard, président du Forum économique des Amériques, ancien ministre du Québec.

Pierre Vilpoux, vice-président du SYNNOV.

Lionel Zinsou, président de PAI Partners.

Animateur : Jacques Galvani

15h30-15h45 : pause

 

15h45-16h45 : 4ème table-ronde « Protéger  le contrat social face aux chocs économiques »

Rushanara Ali, député du Labour.

Gabriel Cohn-Bendit, président fondateur des Amis d’Europe écologie.

John Evans, secrétaire général de la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE..

Jean-Claude Mailly, secrétaire général de la CGT-FO.

Animateur : Marie-Laure Sauty de Chalon

 

16h45-17h00 : pause

 

17h00-18h15 : 5ème table-ronde « Réhabiliter le politique en réussissant le changement  »

Bozidar Djelic, ancien vice-premier ministre de Serbie.

Enrico Letta, député au parlement italien, ancien député européen, ancien ministre de l’industrie et du commerce extérieur.

Michel Sapin, ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du dialogue social.

Animateur : Bernard Spitz

 

18h15-18h30 : Conclusion par Michel Sapin.

Université d’été des Gracques: possibilité de déjeuner

Possibilité de déjeuner sur place au restaurant La Villette enchantée moyennant une participation de 5 €. Attention nombre de places limitées.
Inscription obligatoire par mail contact.lesgracques@orange.fr. Règlement sur place à l’accueil du théâtre.

Vous inscrire à l’Université d’été des Gracques

Chère Amie, Cher Ami,

Comme vous le savez déjà, l‘université d’été des Gracques se tiendra le samedi 30 juin, de 9H30 à 18H00, au Théâtre de La Villette, 211 avenue Jean Jaurès Paris (19ème), sur le thème : « La post social-démocratie à l’épreuve du changement ». Pour en découvrir plus sur cette manifestation, qui sera la quatrième édition de nos universités d’été, rendez-vous sur l’article que nous y avons déjà consacré sur notre site.

Pour vous y inscrire dès aujourd’hui et nous permettre de vous donner la priorité, rien de plus simple : il vous suffit de cliquer ici et de remplir le formulaire qui vous sera proposé. Nous pourrons ainsi enreigstrer votre demande et prévoir votre venue le samedi 30 juin.

N’hésitez pas à nous contacter par mail à l’adresse contact.lesgracques@orange.fr pour toute question.

En attendant le plaisir de vous accueillir le 30 juin,

Bien amicalement,

Les Gracques

Université des Gracques

Chère Amie, Cher Ami,

Cette  année la 4ème édition de notre Université aura lieu le samedi 30 juin de 9h30 à 18h00 au Théâtre de la Villette – 211 avenue Jean Jaurès Paris (19ème), sur le thème : « La post social-démocratie à l’épreuve du changement ».

A un moment de la vie politique en France, où démarrera un nouveau cycle à la suite des élections présidentielles et quelques jours après les élections législatives,  l’université réunira un panel d’experts, de personnalités publiques et d’importantes personnalités politiques françaises et européennes parmi lesquelles Franco Bassanini, Pierluigi Bersani, Daniel Cohen, Kemal Dervis, Bozidar Djelic, John Evans, Marcel Gauchet, Jean-Pierre Jouyet, Jean-Claude Mailly, Pierre Pringuet, Gil Rémillard, Ali Rushanara, Michel Sapin, Tidjane Thiam, Pierre Vilpoux, Lionel Zinsou….

Vous pourrez trouver prochainement sur notre site de plus amples informations sur le programme de cette journée.

Pour nous permettre de vous donner la priorité, n’hésitez pas à vous inscrire directement sur notre site ou par mail à : contact.lesgracques@orange.fr

En attendant le plaisir de vous y accueillir,

Bien amicalement,

Les Gracques

Débat le 7 décembre : Pourquoi avons-nous peur de l’autre, peur de la diversité, peur du passé en France ?

Bonjour,

La date de notre prochain débat approche : ce sera l’occasion pour ceux et celles qui le souhaitent de se joindre à nous afin d’écouter Françoise Vergès et Pascal Blanchard débattre sur le thème suivant : « Pourquoi avons-nous peur de l’autre, peur de la diversité, peur du passé en France ? »

Cela se déroulera le mercredi 7 décembre à Sciences Po (27 rue St. Guillaume, Paris), amphi Jacques Chapsal, de 19H15 à 21H. Si vous souhaitez en lire plus, consultez l’invitation détaillée incluse ci-dessous. Bonne lecture, et venez nombreux !

Pourquoi avons-nous peur de l’autre,

peur de la diversité,  peur du passé en France ?

Mercredi 7 décembre de 19h15 à 21h00

Sciences Po

(amphi Jacques Chapsal, 27 rue St Guillaume)

Entrée libre dans la mesure des places disponibles

 

Avec Pascal Blanchard et Françoise Vergès

Débat animé par Cécile Pavageau

 

L’identité nationale est une dynamique, un mouvement en constante évolution et redéfinition pour entretenir le désir et notre envie de vivre ensemble. Comme l’exprimait Jean-Marie Tjibaou : « La recherche d’identité est devant soi, jamais en arrière. Le retour à la tradition est un mythe, aucun peuple ne l’a jamais vécu. Et je dirais que notre lutte actuelle, c’est de pouvoir mettre le plus possible d’éléments appartenant à notre passé, à notre culture, dans la construction du modèle d’homme et de société que nous voulons pour l’édification de la cité. Notre identité, elle est devant nous ».

Il est désormais plus que temps de ne pas laisser l’identité nationale (ou les identités nationales) à ceux qui veulent l’atrophier et la réduire, il nous faut compléter notre récit national dans toutes ses dimensions et ses divers aspects. L’immigration est intrinsèque à l’histoire et à notre identité nationale. Les femmes, les hommes et les territoires d’outre-mer ont pesé dans l’histoire de la Révolution française et de l’Assemblée nationale. C’est certainement sur et avec l’abolition de l’esclavage que la France a inventé sa République, en 1793 comme en 1848. Aujourd’hui, si Félix Eboué à qui la France libre de 1944 doit beaucoup ou Aimé Césaire sont bien au Panthéon, il faut encore travailler sur les inconscients collectifs et sur nos cultures globales par un enseignement différent de l’histoire des immigrations françaises ou de l’histoire de la colonisation, une approche des recherches postcoloniales plus dynamique et des actions fortes en matières de connaissance de l’histoire de l’esclavage, de la colonisation ou des cultures ultramarines est sans aucun doute nécessaire.

Dans un pays qui se targue d’avoir plus de « 12.000 musées », n’est-il pas étonnant de ne disposer d’aucun lieux de savoir sur l’esclavage, d’aucun lieu de savoir sur la colonisation, d’aucun lieu de découverte du passé et des présents des mondes ultramarins. Ces passés, ces diversités de nos histoires n’ont pas encore leur place dans nos musées.

Pour répondre à la question : « Pourquoi avons-nous peur de l’autre, peur de la diversité, peur du passé en France ? », Pascal Blanchard débattra avec Françoise Vergès le mercredi 7 décembre de 19h15 à 21h00 à Sciences Po (amphi Jacques Chapsal, 27 rue St Guillaume).

Pascal BLANCHARD : Historien, spécialiste du « fait colonial » et d’histoire des immigrations en France, chercheur associé au CNRS au Laboratoire Communication et Politique (UPR 3255), il est codirecteur du Groupe de recherche Achac (www.achac.com). Cette année, il est le commissaire scientifique de l’exposition Exhibitions. L’invention du Sauvage (2011-2012) en partenariat avec le musée du quai Branly (qui vient d’ouvrir ses portes le 29 novembre 2011), et a co-dirigé de nombreux ouvrages, notamment Zoos humains et exhibitions coloniales. 150 ans d’invention de l’autre (La Découverte, 2011). Il vient également de co-diriger l’anthologie illustrée La France Noire. Trois siècles de présences des Afriques, des Caraïbes, de l’océan Indien et d’Océanie, Paris, La Découverte et propose la série de trois documentaires Noirs de France en collaboration avec Juan Gélas qui sera diffusée en février 2012 sur France Télévisions. Parmi ses ouvrages principaux, nous pouvons également citer La Fracture coloniale (2005) ou le coffret de huit ouvrages Un siècle d’immigration des Suds en France (2009) et La République coloniale avec Françoise Vergès et Nicolas Bancel.

Françoise VERGES : Politologue après avoir été journaliste et éditrice, spécialiste du fait colonial dans sa longue durée (esclavagisme, post-esclavagisme, post-colonial), elle a enseigné aux Etats-Unis où elle a obtenu son doctorat, et en Angleterre. Elle a publié de nombreux ouvrages et articles en français et en anglais sur le crime de masse et les politiques de réparation, l’esclavage et l’abolitionnisme comme politique humanitaire, Frantz Fanon, Aimé Césaire, la République coloniale, les processus de créolisation et le musée postcolonial au XXIe siècle. Depuis 1998, Françoise Vergès intervient dans l’espace public et les médias sur le rôle et la place de l’esclavage dans l’histoire de la modernité européenne. Elle est présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, installé par la Loi du 10 mai 2001 (Loi Taubira, www.cpmhe.fr) et vient de remettre un rapport à la ministre de l’Outre Mer sur les expositions coloniales et ethnographiques en France le 15 novembre 2011.

Pascal Blanchard - Françoise Vergès

Médiateur du débat : Cécile Pavageau

Rencontre du 30 novembre avec Michel Rocard

Les Gracques auront le plaisir de recevoir Michel Rocard, en qualité de Grand Témoin mercredi 30 novembre de 19h15 à 21h00.

Cette rencontre se tiendra à Sciences-Po 27 rue St Guillaume 75006 Paris – Amphi Jacques Chapsal.

L’entrée est libre et sans inscription préalable.

Michel Rocard

 

Débat du 23 novembre Baverez/Spitz: Réformer notre Etat

A l’heure ou le désendettement de la France occupe tous les esprits, la question de la reforme de l’Etat redevient centrale. Peut être le mot est-il mal choisi. Pour avoir été si souvent utilisé dans le passé, il apparaît aujourd’hui usé. Mais la réforme de l’Etat ne s’use que lorsqu’elle ne sert pas.

Baverez - Spitz

En réalité peu a été fait, et essentiellement dans un cadre technocratique : la RGPP. Alors que la réforme de l’Etat est un choix politique. Ni la campagne présidentielle de 2002, ni celle de 2007 n’ont franchement traité du sujet. Maintenant que l’Etat est placé face au mur de la dette, cette stratégie d’évitement n’est plus tenable. Comment moderniser l’Etat ? Selon quelles priorités ? Avec quels clivages politiques ? C’est le débat auquel Les Gracques vous invitent entre Bernard Spitz, l’auteur avec Roger Fauroux de « Notre Etat » et Nicolas Baverez, l’auteur de « La France qui tombe ».

Economiste et historien, Nicolas BAVEREZ est également éditorialiste au Monde, au Point et l’auteur de plusieurs livres dont « Après le Déluge : essai sur la grande crise de la mondialisation », (Perrin 2009), « En route vers l’inconnu » (Perrin, 2008) « Que Faire ? Agenda 2007 ? » (Perrin, 2006), « Nouveau Monde, Vieille France » (Perrin, 2006), « Raymond Aron : penser la liberté, penser la démocratie » (Gallimard, Quarto, 2005), « La France qui tombe » (Perrin, 2003), « Raymond Aron, un moraliste au temps des idéologies » (Flammarion, 1993). Il est membre du Comité de direction de la revue Commentaire et du Comité directeur de l’Institut Montaigne.

Bernard Spitz a été successivement Rapporteur à la section du contentieux au Conseil d´Etat (1986-88), Directeur de cabinet de Lionel Stoléru (secrétaire d´Etat au Plan) et Conseiller au cabinet de Michel Rocard (Premier ministre) (1988-91), Maître des requêtes au Conseil d’Etat (depuis 1989), Directeur à la direction générale de Canal + (1992-96), Membre du conseil international de la Fondation Bertelsmann sur Internet (1999), Directeur de la stratégie du groupe Vivendi Universal  (2002-04); Fondateur du cabinet BS Conseil (2004) et Président de la FFSA (2008). Auteur de la Morale à zéro (Seuil, 1995), la Révolution numérique (Fondation Saint-Simon, 1999), Notre Etat, le livre vérité de la fonction publique (en coll., Robert Laffont, 2001), le Papy-krach (Grasset, 2006),

Le débat du 23 novembre aura lieu à Sciences-Po en Amphithéâtre Leroy-Beaulieu-Sorel (3ème étage) au 27 rue Saint Guillaume de 19h15 jusqu’à 21 heures.

Copyright Agence REA pour la photo de Bernard Spitz