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G20

Ne boudons pas notre plaisir : la réussite du G20 est une bonne nouvelle. D’abord par sa composition : il était temps d’expérimenter une forme de gouvernance mondiale qui reflète l’état du monde actuel. Ensuite parce que le fait de se voir et de se revoir est le meilleur antidote à la tentation qui monte du repli sur soi. Egalement, bien sûr, parce que la célébration de ce succès enraye, pour la première fois depuis des mois et des mois, la spirale de défiance dans laquelle le monde s’enfonçait. Espérons que cette embellie de l’opinion ne sera pas trop fugace. Enfin parce que le sommet a véritablement abouti à quelques progrès significatifs

Nous avions plaidé il y a quelques mois, sous le titre « la bourse ou la vie », pour des mesures renforçant sensiblement les moyens d’intervention du FMI, pour des contrôles sur les hedge funds, pour des règles du jeu applicables aux rémunérations des traders, pour une régulation des agences de notation. Tous ces thèmes figurent dans le communiqué du 2 avril, et nous applaudissons des deux mains. Bien sûr, le débat est ouvert, et continuera, sur le détail des mesures, sur la manière dont elles peuvent être mises en œuvre. Un mouvement est lancé, il va dans la bonne direction et il était utopique d’imaginer que l’on puisse aller plus loin à ce stade.

Est-ce à dire que ces nouvelles règles permettront d’éloigner le spectre de la dépression ou de réduire la durée et la profondeur de la récession ? Non. Du moins, si ces intentions se concrétisent, pourraient-elles permettre de commencer à assainir certains des domaines les plus malsains de la finance de marché telle qu’elle s’est développée au cours des deux dernières décennies.

Que penser du débat sur les politiques de relance économique ? Les moyens additionnels dont disposeront le FMI et les banques multilatérales de développement, vis-à-vis de pays, souvent émergents, en grande difficulté,en particulier en Europe centrale, sont une partie de la solution,: IMF is back, et c’est une bonne nouvelle. Pour le reste, rien de plus que l’addition des dispositifs déjà annoncés au niveau national. L’administration américaine avait plaidé pour un engagement plus massif des européens. C’est ignorer le rôle dans nos pays des stabilisateurs automatiques : attendons de voir l’état de nos finances sociales dans un proche avenir pour mesurer la contribution du welfare state à la reprise. Les américains n’ont pas été suivis, tant mieux : il y a quelque chose de parfaitement irresponsable à ignorer que l’accumulation insensée des déficits publics fait d’ores et déjà partie des problèmes financiers du proche avenir. La réticence des allemands et la prudence française ont été pour nous européens un garde fou utile.

En bref, les politiques macro-économiques continuent sans surprise d’être pour l’essentiel menées dans un cadre national, et la coordination des politiques micro-économiques au sein de l’Union européenne n’est toujours pas couronnée de succès. Néanmoins, on peut se féliciter de  la résurrection du couple franco-allemand qui a su, face à l’attentisme  anglo-saxon,  faire front commun et commencer à définir ce que pourrait être un capitalisme capable de discipliner la finance.

Entre les lignes se sont aussi glissées quelques vraies nouveautés, dont il est trop tôt pour savoir quelle sera la portée réelle, par exemple sur la croissance verte. Mais deux d’entre elles méritent d’ores et déjà d’être signalées. La plus importante est celle concernant la possibilité pour le FMI d’emprunter, emprunt qui pourrait être libellé en DTS (même si le communiqué ne le dit pas explicitement) : écho assourdi de l’idée fracassante émise par les Chinois d’en faire la nouvelle, ou à tout le moins, une nouvelle monnaie de réserve internationale. Si tel devait être le cas, ce serait un changement capital, au cœur même des questions structurelles des équilibres macro-économiques et financiers du monde. La seconde est le regain très bienvenu du rôle attribué aux institutions multilatérales : le FMI, les banques multilatérales de développement, l’OMC, mais aussi l’OIT, à laquelle le communiqué donne un rôle nouveau de suivi, et le nouveau Conseil de stabilité financière, qui prend la suite du Forum de stabilité financière, et en renforce les attributions et la légitimité.