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La politique de la faillite – Tribune publiée dans le Point

Tribune des Gracques publiée dans Le Point le 16 mars 2017

Alerte. Benoît Hamon envisage de renégocier la dette française. Un désastre annoncé, selon le collectif de réformistes de gauche.

Rembourser ou pas ? Le candidat socialiste, Benoît Hamon, à la Maison de l’Europe le 10 mars.

Dans un débat présidentiel confus où certains candidats ne savent plus quelle énormité proférer pour attirer l’attention médiatique, une déclaration très inquiétante de Benoît Hamon sur France Inter, le 27 février, est presque passée inaperçue : « Il faudra regarder ce qu’on pourra rembourser ou ne pas rembourser… Il y a une dette vis-à-vis des banquiers que nous pouvons tout à fait renégocier. » Son conseiller Thomas Piketty avait précisé : « Cela peut passer par un bras de fer avec l’Allemagne. Si celle-ci dit non à la démocratisation, ce sera de facto la fin de l’euro » (1). Hamon rejoignait ainsi le parti de la faillite avant de requalifier son propos en parlant de « moratoire », ce qui revient peu ou prou au même, puis de se prononcer pour une renégociation de l’ensemble des dettes européennes.

Assez de circonlocutions ! Ne pas rembourser une dette au terme prévu ou rembourser dans une monnaie différente, cela signifie faire défaut sur la dette française. En d’autres termes, assumer la faillite. Rien de moins. La France n’a pas fait défaut depuis plus de deux cents ans. C’est pour cela qu’elle peut s’endetter à des taux presque nuls aujourd’hui. Remettre en question deux siècles de crédit public est tout à fait autre chose que débattre de la règle des 3 % de déficit. C’est irresponsable. Aucun socialiste n’était jamais allé sur ce terrain. En reprenant le coeur des propositions économiques de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, il les banalisait. Pire, il les cautionnait.

La politique de la faillite n’a pour argument que l’énormité de sa menace. Le défaut argentin portait sur 100 milliards de dollars, le défaut grec sur 200 milliards d’euros. Le défaut français, en dépassant 2 000 milliards d’euros, menacerait l’économie mondiale. Le parti du défaut espère donc que cette menace fera payer et plier nos voisins. Pure illusion. Qui paiera alors pour subventionner les besoins courants de la France ? Personne. Et la planche à billets n’est pas une solution : il n’y a pas de baguette magique dans la vraie vie.

Marine Le Pen, elle, va plus loin et veut sortir de l’euro. En changeant la monnaie de sa dette, même si le Parlement français l’autorise, l’Etat français serait en défaut pour tous ses créanciers. Il en ira de même pour les entreprises publiques et privées qui rembourseraient en francs dévalués. Les uns et les autres seront coupés pour longtemps de tout accès aux marchés des capitaux : qui ne paie pas ses dettes ne peut plus espérer emprunter. Les riches auront transféré leurs fortune à l’étranger, en monnaies fortes, avant la fermeture des banques. L’épargne des plus modestes et des classes moyennes, elle, aura perdu de sa valeur. Les Français seront payés en francs dévalués, et leur consommation d’importations devenues plus coûteuses réduira leur pouvoir d’achat. On n’aura rien fait d’autre que dévaluer l’épargne et les revenus des Français, tout en provoquant une nouvelle crise financière.

Ensuite, il faudra bien, en l’absence de crédit, retrouver un équilibre : non pas l’équilibre budgétaire, mais celui de la balance des paiements. Même si la banque centrale crée autant de francs que le lui demande le gouvernement, il faudra que la France dans son ensemble trouve assez de devises pour payer les importations dont le prix aura augmenté, plus les remboursements de la dette extérieure restante, tout cela sur fond de fuite des capitaux et des cerveaux. Elle devra le faire au prix d’une austérité brutale. L’exemple de la Grèce, en pire.

Alors qu’une autre voie existe. La voie qui mise sur les forces de la France, pour qu’elle puisse rayonner en Europe et dans le monde plutôt que se recroqueviller sur elle-même.

Jamais les enjeux n’ont été aussi grands dans une élection depuis des décennies. Le choix des Gracques est clair. Parce qu’il porte nos priorités et notre foi en l’avenir du pays, parce qu’il tient les seuls meetings où flottent côte à côte les drapeaux français et européen, parce qu’il s’est engagé à honorer le crédit de la France, Emmanuel Macron a notre soutien.

(1) Les Echos du 27 février.