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Edito

Le RSA: qui paye ?

L’intervention de Nicolas Sarkozy jeudi 24 avril a été aussi réussie que possible : sobriété de la forme, simplicité de l’expression, formulations heureuses sur un certain nombre de sujets, et, au total un équilibre habile entre reconnaissance des erreurs (la plus importante, celle du paquet fiscal, cataloguée cependant comme erreur de communication, pas de fond), et revendication de la continuité avec le projet présidentiel mis en avant pendant la campagne. Dont acte. Mais quel contenu ?
Une seule annonce réellement significative a été faite au cours de l’émission : celle de la généralisation du revenu de solidarité active en 2009. Coût ? Entre 1 et 1.5 milliard d’Euros. Financement ? Pour une part à travers le redéploiement de la prime pour l’emploi, semble-t-il.

Traduction : pour aider au retour à l’emploi de ceux qui n’ont rien ou presque rien à gagner à sortir du RMI, on prélèvera quelques Euros par mois sur l’aide apportée à ceux des salariés dont les rémunérations sont faibles – la PPE, dont le maximum est de l’ordre de 80 € par mois, s’annulant aux environs de 1.4 SMIC.

Remettons les choses en perspective : depuis plus de dix ans, le principal instrument de lutte contre le chômage a été l’allègement du coût du travail non qualifié. Il a pris des formes diverses, dont la principale est la réduction très significative des charges sociales des rémunérations du niveau du SMIC ou immédiatement supérieures. Cette politique, pour laquelle des ressources très importantes ont été engagées (24 milliards d’Euros en 2006) a incontestablement produit des effets positifs, et contribué à accroître le contenu en emplois de la croissance. Mais elle a également accentué le phénomène de concentration des rémunérations perçues aux alentours immédiats du SMIC.

Toute réforme de type RSA doit donc naviguer entre deux écueils : la « trappe à pauvreté » c’est-à-dire le fait d’enfermer les gens dans le RMI car reprendre un travail entraîne une perte de revenu ; la « trappe à bas salaire », en subventionnant fortement les emplois rémunérés au SMIC. En choisissant de financer le RSA par redéploiement de la PPE, Nicolas Sarkozy exprime une préférence pour le retour au travail cohérente avec une partie de son programme électoral.

Mais si l’on combine ce choix avec celui exprimé par le paquet fiscal, l’image change sensiblement. Au fond, le modèle rêvé est celui d’une société tentant de se diriger vers une forme de plein emploi, avec un grand nombre de salariés aux revenus très modestes, et juste suffisants pour vivre à peu près décemment, la sortie de la trappe à pauvreté des minima sociaux étant assurée par un RSA lui-même financé par ceux se trouvant juste au dessus.

Pendant ce temps, les salariés de revenus modestes et moyens ne gagnent guère au paquet fiscal (ni les heures supplémentaires, ni les autres allègements fiscaux ne leur bénéficient notablement), et rien de significatif n’est fait pour leur donner des perspectives de progression (formations qualifiantes, gestion de carrières, accords salariaux de branche ou d’entreprise), alors que les hauts revenus, qui continuent de progresser, sont favorisés par le bouclier fiscal à 50 %, l’évolution de la fiscalité des successions, l’allègement de l’ISF.

Au fond, ce sont les couches moyennes salariées qui sont les laissées-pour-compte de ce développement inégal : les très petits payent pour les exclus, et tous, en particulier les revenus moyens, pour les riches. Intéressant. Est-ce cela que les téléspectateurs auront retenu ? Probablement pas. Décidément, l’intervention du Président a été aussi réussie que possible.