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Edito

Orphelins de Michel Rocard

Le plus bel hommage que la France pourrait rendre à Michel Rocard serait de s’inspirer un peu, rien qu’un peu, de sa « méthode ».

Qu’était-elle ? D’abord, des valeurs fortes et des objectifs clairs. Une connaissance profonde de l’histoire, des représentations, des intérêts, des organisations. Une écoute attentive des parties prenantes, un dialogue approfondi, une organisation du débat, de ses enceintes, de son calendrier, qui donne les meilleures chances à la réussite. Un consensus, si possible ; à défaut, une identification nette des points d’accord et de désaccord. Une décision nette. Lorsque cela se peut, une expérimentation. Une mise en œuvre rapide et ferme. Une évaluation rigoureuse de sa mise en œuvre. Des corrections de tir si nécessaire.

A lire en intégralité dans le Point du 7 juillet 2016.

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Brexit Edito

Europe: reprendre le contrôle de l’hélicoptère

L’école de psychanalyse de Palo Alto a étudié comment les familles de schizophrènes élèvent leurs enfants. Ils les soumettent à des « injonctions paradoxales », construites pour qu’on ne puisse obéir à une partie de l’astreinte sans enfreindre l’autre. Une mère peut faire cela en deux mots (« Sois spontané ! »), ou en opposant le geste à la parole («fais moi un câlin », en repoussant l’enfant). Evidemment, les enfants deviennent fous.

Les européens aussi, particulièrement les petits blancs, qui expriment à chaque scrutin leurs envies noires. Il ne suffit pas de les punir en rappelant, aux anglais comme aux grecs, que les actions ont des conséquences. Il faut aussi se demander si on ne les a pas soumis à trop d’injonctions paradoxales en économie. Par exemple  rembourser ses dettes par l’austérité, qui réduit la croissance et la capacité à dégager des excédents. Ou imiter l’Allemagne pour retrouver la croissance : si toute la zone euro avait 8% d’excédents courants, elle s’effondrerait dans une spirale déflationniste. Tout cela est difficile à faire admettre à nos parents allemands qui parlent une langue où il n’y a qu’un seul mot (Schuld) pour désigner la dette et la faute.

Reprenons l’histoire de l’euro par ce qu’il nous a fait négliger : les balances de paiements courants. Au départ, elles étaient à l’équilibre, et la France compétitive. La divergence ultérieure vient du succès de l’Allemagne, mais aussi du dérapage des pays du Sud, France inclus, où les transferts de capitaux financent l’inflation salariale des secteurs protégés, ce qui détruit la compétitivité de ces pays.

La  crise force à un ajustement, mais il est doublement asymétrique : il privilégie au Sud la contraction de la demande sur les réformes structurelles ; et il réduit brutalement les déficits du Sud (sauf la France, qui s’ajuste doucement), alors que les excédents du Nord s’aggravent.  Le résultat est que tout le monde termine en excédent (sauf la France pour un faible déficit en 2015), et que le solde global, qui était équilibré jusqu’en 2012, monte à +3,2% du PIB, soit plus que les chinois.

Cet excédent n’est pas soutenable. Il traduit, au niveau de la zone euro, un excès d’épargne et une insuffisance de la demande, alors même que la France et les pays du Sud doivent poursuivre pour leur part une politique de l’offre, ce qui rend le débat européen illisible et schizophrène. Il ajoute une composante spécifiquement européenne au contexte de déflation. 

La Banque Centrale Européenne le comprend bien quand elle constate les limites de sa politique de QE. Ses dirigeants évoquent comme une idée « intéressante » l’hypothèse de la « monnaie hélicoptère ». 

Cette déclaration est un bouleversement complet pour les européens de notre génération, et elle doit susciter un examen de conscience : avons-nous raté ce que nous voulions atteindre, ou trop bien réussi? Toute la construction de l’UE est fondée sur l’idée que les élus ont tendance à trop distribuer, et à se réfugier dans les facilités de l’inflation ou de l’endettement. C’est pour cela qu’on a mis en place des règles sur les budgets et qu’on a confié la politique monétaire à une instance indépendante. Et maintenant, voilà que cette instance indépendante veut faire pleuvoir les billets ! Mais comment va-t-elle les répartir, les billets ? Car tout de meme, depuis la Magna Carta et les Parlements, ce sont les représentants du Peuple qui consentent aux impôts et aux dépenses publiques.

Il faut que les élus européens prennent le contrôle de l’hélicoptère. Il faut espérer que le défi du Brexit, la montée des populismes et la menace de Mario Draghi vont convaincre nos amis allemands qu’ils doivent faire deux choses avec leurs excédents : les réduire, et les investir. Les réduire, c’est permettre aux allemands de vivre mieux. Les investir, c’est financer le déficit provenant d’un budget de dépenses exceptionnelles, conjoncturelles et provisoires, porté par une zone euro globalement saine: dépenses d’investissement et d’infrastructure, dépenses d’acceuil des réfugiés, incitations à l’investissement privé, mais aussi dépenses de restructurations couvrant les besoins de formation et de plan social accompagnant la nécessaire réorientation des effectifs et des dépenses publics dans les Etats du Sud. 

Ce budget-là devra être politiquement orienté, là où se trouve le centre de gravité, social et libéral, de la politique européenne. Il sera approuvé par le Parlement de la zone Euro, et exécuté par son ministre des finances. Il ne cofinancera que les efforts  des pays qui voudront s’engager dans des réformes structurelles, et avoir des moyens de le faire sans effondrer la demande. Les billets vont pleuvoir, mais seulement là où ils permettront des récoltes quand il s’arrêtera de pleuvoir. 

Cela n’épuisera pas les critiques contre l’Europe. Certains s’offusqueront de la conditionnalité. Il y aura des accidents, qui devront être traités comme l’a été la crise grecque-assez bien au fond puisque les populistes ont pu toucher du doigt le chaos et décider finalement de ne pas y entrer. Mais au moins il y aura un discours qui ne soit pas que comptable, et des injonctions qui ne soient pas que paradoxales.

Guillaume Hannezo, Les Gracques 

 

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Economie Edito Société

Une réforme destinée à donner enfin un avenir à la jeunesse

Editorial de Bernard Spitz publié dans le Monde du 9 mars 2016

Si le projet n’est pas adopté, des centaines de milliers d’emplois potentiels pour nos jeunes seront perdus au profit des mêmes, les champions de l’immobilisme.

La jeunesse française a des raisons d’être en colère. Les chiffres en disent plus que de longs discours : un quart de nos actifs de moins de 25 ans sont au chômage, trois fois plus qu’en Allemagne ; la moitié de ceux qui travaillent ont un contrat précaire ; 1 million vivent sous le seuil de pauvreté ; ils consacrent un tiers de leur revenu à se loger ; 150 000 jeunes sortent par an du système scolaire sans qualification, avec 50 % d’échec en première année à l’université, un sur cinq n’a pas de complémentaire santé, etc.
Constat glaçant. Notre jeunesse est maltraitée depuis des décennies, et récemment par la gauche alors même que François Hollande en avait fait sa promesse de campagne électorale : « Je ne veux être jugé que sur un seul objectif (…) est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu’en 2012 ? »

Alors oui, entre la résignation, l’exil ou la protestation, tant mieux si les jeunes manifestent. C’est signe de vitalité, d’énergie, de volonté de prendre leur destin en main, du moins aussi longtemps que ces manifestations défendent leurs intérêts. Mais ce n’est pas du tout ce qui est prévu le 9 mars : ce jour-là, les jeunes dans la rue vont marquer un but contre leur camp.
De la peur qu’ils éprouvent devant l’avenir, les jeunes tirent de mauvaises conclusions. Ils croient que les prétendues protections actuelles les aident, alors qu’elles leur nuisent. Eux qui auraient tant de revendications utiles à formuler, se trompent quand ils protestent contre une réforme dont l’objectif est de leur faciliter l’accès au marché du travail.

La vieille approche, qui fait de la fonction publique un modèle idéal vers lequel il faudrait tendre, ne fait pourtant plus recette dans des générations qui aspirent à inventer leur propre chemin. Ni ici ni ailleurs. Ce qu’il s’agit d’offrir à travers le projet de loi de Myriam El Khomri, c’est cette prévisibilité qui manque cruellement à notre droit social et qui seule donne aux employeurs l’envie de prendre le risque d’embaucher.

Chez tous nous voisins, cette évolution s’est produite et elle a permis de créer des emplois. Elle a offert partout à des jeunes, y compris à de jeunes Français partis à Londres ou Barcelone quand ce n’est pas au Canada ou en Australie, de démarrer une vie active, d’acquérir de l’expérience et d’être autonomes financièrement. Elle correspond pleinement à une nouvelle organisation souple du travails, dans un monde en mobilité où les nouvelles technologies transforment formation, gestion du temps, hiérarchie et carrières.

Sauf chez nous. Peu de sociétés développées sont aussi injustes que la France. La ligne de partage n’est pas tant entre la gauche et la droite, ni entre les syndicats et les employeurs: la fracture principale y est entre les insiders, ceux qui sont protégés, et les outsiders, ceux qui veulent entrer sur le marché de l’emploi et se heurtent aux barricades érigées par les premiers. Le 9 mars, les représentants des insiders seront dans la rue, à commencer par les syndicats de fonctionnaires et les entreprises publiques. Ils inciteront à défendre non pas l’emploi des jeunes mais la sécurité de l’emploi des autres. Cependant, la palme du cynisme revient aux leaders étudiants qui entraîneront dans la protestation ceux-là mêmes qui seraient les principaux bénéficiaires de la loi contestée.

HOLD-UP
Ce n’est du reste pas la première fois. Jadis, les leaders étudiants – devenus depuis insiders et frondeurs – avaient mis les jeunes dans la rue pour soutenir la seule retraite par répartition. Le résultat en a été dramatique pour notre jeunesse, qui doit aujourd’hui payer sa retraite et éponger la dette des générations qui l’auront précédée: chaque étudiant né dans notre pays hérite en guise de doudou de 30 000 euros à rembourser. Cela a été le premier hold-up du siècle: commis avec l’aide des jeunes et à leur frais.
Le second hold-up se déroule sous nos yeux. Si la réforme du travail n’est pas adoptée, si nous restons figés dans un système qui ne correspond plus en rien au monde du travail ni aux aspirations réelles de la jeunesse, des centaines de milliers d’emplois potentiels pour nos jeunes seront définitivement perdus. En revanche, quelques-uns seront gagnés: ce seront ceux qui récompenseront des leaders étudiants dont le cursus de carrière passe par leur capacité à bétonner le statu quo. Ces champions de l’immobilisme sont ensuite récompensés par des postes d’assistants parlementaires, des places dans les mutuelles étudiantes, voire des investitures à l’Assemblée nationale ou au Parlement européen.
La jeunesse n’est pas le problème de la société française, elle est la solution. Notre responsabilité générationnelle est de créer les conditions qui lui permettront de s’épanouir et de disposer de toutes les chances que ses aînés ont eues autrefois. Au-delà du projet de loi sur le travail, il y aurait beaucoup à dire sur la méthode ainsi que sur les réformes nécessaires en termes de formation, de protection ou de citoyenneté, que l’on attend depuis trop longtemps. Mais les jeunes qui seront dans la rue le 9 mars doivent le savoir: leurs seuls jobs qu’ils défendront sont ceux de leurs leaders d’aujourd’hui, les insiders-frondeurs de demain.

Bernard Spitz

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Ça nous intéresse Edito Europe

L’Europe a-t-elle raison d’avoir peur ?

Résumé de la seconde table ronde de l’Université des Gracques par La Péniche.

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Edito Evènements Non classé

Revivez la 5ème Université des Gracques en photos

 

En attendant de retrouver sur le site des Gracques les autres vidéos de la 5ème Université des Gracques, vous pouvez également revivre la journée en consultant le live-tweet:


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Edito Evènements

Ryad Boulanouar, un entrepreneur nickel

Ryad Boulanouar, créateur du compte nickel:

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Edito Evènements

Roland Cayrol – Nous sommes en 1932

Extraits des interventions de Roland Cayrol lors de la 5ème Université des Gracques

La fusion des listes

La proportionnelle

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Edito Evènements

Taxer le Halal – Hakim El Karoui à la 5ème Université des Gracques

Extrait vidéo de l’intervention d’Hakim El Karoui (fondateur du club XXIème siècle pour la diversité) lors de la 1ère table ronde de la 5ème Université des Gracques.

hakim el karaoui université des gracques

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Edito Evènements

Conclusion de la 5ème Université des Gracques

Nous tenons à remercier les 615 inscrits et les intervenants qui ont animé tout au long de cette journée les 4 tables rondes de cette 5ème Université des Gracques, introduite par Daniel Cohn-Bendit (voir son échange avec les étudiants de Sciences Po) et conclue par un grand discours du ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, Emmanuel Macron (vidéos à venir sur le site des Gracques).

Extrait de son intervention:

Un remerciement tout particulier à la Péniche et aux étudiants de Sciences Po pour leur disponibilité et leur enthousiasme.

En attendant de retrouver sur le site des Gracques les diaporamas photos et les vidéos de la 5ème Université des Gracques, vous pouvez revivre la journée en consultant le live-tweet:


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Edito Evènements Politique

Université des Gracques: échange entre Daniel Cohn-Bendit et les étudiants de Sciences Po

Echange enregistré à Europe 1 entre Daniel Cohn-Bendit, la Péniche (journal de Sciences Po) et Europeans Now (association de Sciences Po), dans le cadre de la 5ème Université des Gracques du samedi 21 novembre 2015. 

Suivez le live-tweet de l’Université sur le site des Gracques et #gracques