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VIVE LES SARDINES !

Vive les sardines ! 

Il s’est passé un événement exceptionnel samedi dernier : plus de 100 000 personnes rassemblées dans la rue pour protester !

Ce n’était pas à Paris mais à Rome. Et elles ne protestaient pas pour réclamer, elles protestaient pour défendre l’intérêt général. L’ennemi désigné n’était pas seulement la Ligue et ses alliés d’extrême droite, elles se dressaient contre la mauvaise foi, les fake news, la démagogie, la pratique systématique de l’invective et de l’insulte dans le débat politique. Et elles ont choisi pour emblème les sardines

Pour qui roulent-elles ? Pour personne. Leurs mots d’ordre sont : respect, règle de droit, bienveillance, reconnaissance de la complexité du politique, compétence dans la gestion des affaires.

Nées spontanément de l’initiative de quelques jeunes, soutenues par une avocate engagée dans les mouvements contre les discriminations, elles ont réuni en quelques jours sur les réseaux sociaux des milliers de supporters au point d’humilier à Bologne le meeting de la Ligue qui se tenait au même moment. À Rome samedi, sur une place immense, la démonstration fut encore plus éclatante.

Le choix de la sardine est un symbole d’humilité. De petits poissons qui circulent en nombre et se serrent les uns contre les autres. Leurs meetings se terminent par une chanson connue de tous : ciao bella ciao, une sorte de chant des partisans sur un rythme enlevé qui se termine par l’éloge de la liberté

Les sardines offrent à la société civile l’occasion de s’engager pour des valeurs positives et pour l’intérêt général. C’est la raison pour laquelle nous les avons rencontrées à Rome cette semaine, que nous soutenons leur initiative et espérons les aider à l’élargir au delà des frontières italiennes, pour diffuser leur message positif d’universalité.

Les Gracques



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Les Gracques aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence

Comme chaque année, les acteurs économiques se retrouvent aux Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence organisées par le Cercle des économistes et de nombreux Gracques seront présents.

Comme l’an dernier, les Rencontres commencent par les débats des Voix de l’Economie avec des représentants de différents think tanks : Les Gracques, bien sûr, mais aussi l’Institut Montaigne, l’Institut de l’Entreprise, la Fondation Concorde, la Fondation Jean-Jaurès, la Fabrique de l’Industrie, l’OFCE, Coe-Rexecode, GénérationLibre et le Cercle des économistes.

Un premier débat portera sur le thème « Travailler et produire en France » et se tiendra le vendredi 7 juillet de 15h à 16h30 dans l’amphi Peiresc. Il réunira Paul Illibert (Institut de l’Entreprise), Olivier Babeau (Fondation Concorde),  Sandrine Duchêne (Fondation Jean-Jaurès), Denis Ranque (Fabrique de l’Industrie), Xavier Ragot (OFCE) et sera animé par Antoine Reverchon (Le Monde).

Le second débat, organisé par Les Gracques et Coe-Rexecode, portera sur la relance du projet européen et se déroulera le vendredi 7 juin de 16h30 à 18h en amphi Peiresc. Lors de ce débat animé par Vincent Giret (Franceinfo), interviendront Bernard Spitz pour Les Gracques, Denis Ferrand (Coe-Rexecode), Hélène Rey (Cercle des économistes), Laurent Bigorgne (Institut Montaigne) et Delphine Garnier (GénérationLibre).

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Il y a quelques mois encore, on donnait l’Europe pour morte. Le Brexit laissait planer le risque d’un effet domino bientôt visible outre-Atlantique. Le populisme et l’isolationnisme rampant menaçaient de s’imposer au fil des scrutins. C’était il y a six mois, c’était il y a un siècle… depuis, les Pays-Bas ont repoussé la vague populiste qui les menaçait et France a élu le seul candidat qui laissait fièrement flotter les drapeaux européen dans ses meetings, jusqu’à lui confier une large majorité parlementaire.

L’Europe a retrouvé espoir mais demeure fragile. Elle a besoin d’un nouvel élan, d’autant que la volonté de renouvellement ne doit pas masquer le désamour à son égard. Certes, la relance du projet européen passe par des actions que nous appelons de nos vœux depuis des années : convergence fiscale, coordination des politiques économiques ou renforcement de la gouvernance de la zone euro. Mais l’approche purement économique est ne suffit plus. « On ne tombe pas amoureux d’un grand marché » disait déjà Delors, or c’est bien d’amour dont l’Europe a besoin aujourd’hui. Sceptiques, voire hostiles à ce dispositif communautaire trop abstrait, trop technocratique, parfois jugé « hors-sol », les citoyens européens ne veulent plus de cette Europe (seulement) économique, froide et sans visage.

Les pères fondateurs pensaient que l’Europe économique était notre voie, l’Europe politique notre but – les faits montrent que c’est justement l’inverse ! Il faut donc trouver de nouveaux espaces de collaboration et surtout mener des actions concrètes, symboliques, fédératrices. Bâtir cette communauté de destin implique de mettre en avant des ambitions claires, notamment sur deux sujets essentiels : la protection de notre continent (défense) et la protection de notre planète (écologie). Au-delà des déclarations d’intention et des initiatives abstraites, modestes et inaudibles, faisons résonner dans la vie et dans les cœurs des européens des projets qui les touchent. Puisque la conscience européenne ne se bâtira pas sur des chiffres, usons de symboles forts et d’actions concrètes : ERASMUS de la culture, FBI européen ou pourquoi pas même conquête de spatiale sur Mars !

Ce réveil du projet européen doit aussi être démocratique tant il est clair que l’Union européenne pâtit d’un réel déficit en la matière. Paradoxalement, le clivage pro/anti-européen façonne les scrutins nationaux tandis que les élections européennes sont polluées par des considérations locales. Longtemps symbole dépressif, exutoire des diverses frustrations des peuples, avec des taux d’abstention records et un vote contestataire croissant, les élections européennes de 2019 devront marquer ce réveil par leur différence. D’autant que l’Europe y sera prête : en 2017 et 2018, gageons qu’elle aura dit non à toute forme de populisme, sur les pas des Pays-Bas, de la France, et demain, espérons, de l’Allemagne et de l’Italie. Elle sera prête pour un nouveau départ et le Parlement européen doit en être le porteur et le symbole.

Or aujourd’hui, il n’existe pas de véritable formation politique transnationale ou de programmes intégrés. Pour ces élections dites « européennes », les dispositions électorales ne sont même pas partout les mêmes – scrutin tantôt libre ou obligatoire, régional ou national… En revanche, s’il y a bien une chose qui partout prévaut, ce sont les préoccupations intérieures qui monopolisent les débats et guident les électeurs. Il est donc temps de renouveler cette élection et de pouvoir voter pour des listes européennes, comme l’ont déjà proposé un certain nombre de responsables politiques. L’idée serait que les électeurs votent pour leur liste traditionnelle, mais également pour une liste transeuropéenne. Les candidats ne représenteraient alors pas un pays mais une vision et les masques tomberaient : soit ils défendraient le projet européen progressiste, soit ils voudraient le casser. Bien sûr, il serait prématuré d’élire tout le parlement de la sorte. Mais profitons des sièges laissés vides par les anglais pour élire ces députés transnationaux et recentrer le débat sur l’objet de l’élection : le projet européen.

Toute la part devra être faite à ceux qui ont œuvrés pour la construction de cette Europe. Dans la foulée du Sommet des réformistes européens à Lyon en 2016, à Berlin cette année, les think tanks progressistes européennes seront aux avant-postes.

Le départ du Royaume-Uni aura permis à l’Europe de se réveiller, son départ du parlement de parachever sa construction démocratique.

Les Gracques

 

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Europe is back

En quelques jours, l’Europe s’est exprimée plus qu’en quelques années sur les deux sujets essentiels : la défense de notre continent et la défense de notre planète.

Deux discours historiques ont été prononcés ces derniers jours. Celui d’Angela Merkel lors d’un meeting à Munich, qui marque le début d’une nouvelle ère : « l’époque où nous pouvions entièrement compter les uns sur les autres est quasiment révolue ». Et la réponse d’Emmanuel Macron à Donald Trump, suite au retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, qui s’adresse directement aux Américains :

Now, let me say a few words to our American friends. Climate change is one of the major issues of our time. It is already changing our daily lives but it is global. Everyone is impacted. And if we do nothing, our children will know a world of uncontrolled migrations, of wars, of shortages. A dangerous world.
It is not the future we want for ourselves. It is not the future we want for our children. It is not the future we want for our world.
Today, the President of the United States, Donald Trump, announced his decision to withdraw the United States from the Paris agreement. I do respect his decision, but I do think it is an actual mistake both for the US and for our planet.
I just said president Trump in a few words a few minutes ago this assessment.
Tonight I wish to tell the United States, France believes in you. The world believes in you. I know that you are a great nation. I know your history, our common history.
To all scientists, engineers, entrepreneurs, responsible citizens who were disappointed by the decision of the President of the United States, I want to say that they will find in France a second homeland.
I call on them: come and work here with us, to work together on concrete solutions for our climate, our environment. I can assure you, France will not give up the fight.
I reaffirm clearly that the Paris agreement remains irreversible and will be implemented, not just by France but by all the other nations.
Over the coming hours, I will have the opportunity to speak with our main partners to define a common strategy and to launch new initiatives. I already know that I can count on them.
I call on you to remain confident. We will succeed, because we are fully committed. Because wherever we live, whoever we are, we all share the same responsibility: Make Our Planet Great Again.
Thank you

 

Mes chers compatriotes,
J’ai souhaité m’exprimer devant vous, quelques heures à peine après la déclaration du Président des Etats-Unis d’Amérique, parce que l’heure est grave.
Je prends note de la décision du Président américain de se désengager de l’Accord de Paris sur le climat. Je respecte cette décision souveraine. Mais je la regrette. Je considère qu’il commet là une erreur pour les intérêts de son pays et de son peuple et une faute pour l’avenir de notre planète.
Je viens à l’instant d’échanger avec le Président TRUMP et j’ai eu l’occasion de lui en faire part.
Le changement climatique est l’un des grands défis de notre temps. Ce qui paraissait encore pouvoir être discuté il y quelques années, s’impose désormais à nous tous, avec une grande évidence. La biodiversité est menacée, le dérèglement climatique affame plusieurs continents, dévaste certaines régions, chasse des habitants de leur patrie. En France même, nous observons chaque année les conséquences de ce dérèglement.
Si nous ne faisons rien, nos enfants connaitront un monde fait de migrations, de guerres, de pénuries, de disparitions d’archipels et de villes côtières, causées par ces évolutions. Cela a déjà commencé.
Ce n’est pas l’avenir que nous voulons pour nous. Ce n’est pas l’avenir que nous voulons pour nos enfants. Ce n’est pas l’avenir que nous voulons pour le monde.
La vocation de la France est de mener ces combats qui impliquent l’Humanité tout entière. C’est pourquoi la France s’est placée à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique. Elle s’est engagée résolument dans toutes les négociations internationales. En décembre 2015, la France a réussi ce tour de force de faire signer 195 pays, de leur faire signer un engagement commun, l’Accord de Paris pour le climat.
Alors, oui, je vous le dis ce soir avec beaucoup de force : Nous ne renégocierons pas un accord moins ambitieux. En aucun cas.
La France ce soir appelle l’ensemble des pays signataires à demeurer dans le cadre de l’Accord de Paris, à rester à la hauteur des responsabilités qui sont les nôtres et à ne rien céder.
Je veux ce soir dire aux Etats-Unis : La France croit en vous. Le monde croit en vous. Je sais que vous êtes une très grande Nation. Que les Etats-Unis ont été fondés pour faire triompher la liberté, la vérité, la raison, partout contre l’ignorance et l’obscurité. Mais ne vous trompez pas. Sur le climat, il n’y a pas de plan B. Car, il n’y a pas de planète B.
Alors, oui, nous continuerons.
A tous les scientifiques, ingénieurs, entrepreneurs, citoyens engagés, que la décision du Président des Etats-Unis a déçus, je veux dire ceci : Vous trouverez dans la France une seconde patrie. Je vous lance un appel : Venez travailler ici, avec nous, travailler sur des solutions concrètes pour le climat.
Ce soir, les Etats-Unis ont tourné le dos au monde. Mais la France ne tournera pas le dos aux Américains. Je vous assure, mes chers compatriotes et vous qui m’écoutez où que vous soyez dans le monde, la France n’abandonnera pas le combat.
Bien entendu, nous aurions préféré livrer cette bataille aux côtés des Etats-Unis d’Amérique. Car, ce sont nos alliés et ils resteront nos alliés, en matière de lutte contre le terrorisme, sur nombre de sujets de défense, de sécurité, sur nombre de sujets industriels et économiques. Mais il en est ainsi.
La porte n’est pas fermée, elle ne le sera jamais à cette Nation à laquelle nous devons tant. Mais nous sommes encore nombreux à conserver notre détermination.
La France jouera donc son rôle dans le monde car c’est ce qui est attendu d’elle. Dès ce soir, avec l’Allemagne et l’Italie, nous avons tenu à réaffirmer notre engagement pour l’Accord de Paris. Je me suis entretenu, il y a quelques instants, avec la Chancelière d’Allemagne, nous prendrons ensemble, dans les prochains jours, des initiatives fortes allant en ce sens. Samedi, je verrai le Premier ministre indien à Paris et m’entretiendrai sur ce sujet avec lui. Dans les prochains jours, je parlerai aux principaux décideurs pour m’assurer de leur engagement.
Enfin, la France proposera un plan d’action concret, afin d’accroître son attractivité pour les chercheurs et les entreprises de la transition écologique et prendra des initiatives concrètes, notamment en Europe et en Afrique sur ce sujet. J’ai demandé au Gouvernement d’y travailler activement et le réunirai à cet effet la semaine prochaine.
Nous ne tiendrons pas seulement nos engagements passés. Dès ce soir, la France se doit d’être plus ambitieuse encore pour l’avenir, pour notre avenir.
Vive la République ! Vive la France !

 

 

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Fable-Fiction : Si Marine était élue…

C’est la nuit au service des urgences de l’hôpital central. Les malades sont allongés sur des lits de fortune, en partie dans les couloirs. Mais pour Pierre, le chef de service, le plus préoccupant est de se procurer les médicaments dont il a besoin, quand ils ne sont pas produits en France. Le camion qui vient d’arriver de Suisse aujourd’hui a donné au livreur des instructions précises : pas de crédit à l’hôpital, on ne sait pas dans quelle monnaie on sera remboursé; pas de virement, ça met trop longtemps d’avoir l’autorisation du bureau de contrôle des changes : l’hôpital paie en cash et au cul du camion, ou on remballe. En cash avec des billets signés par Mario Draghi : les livreurs ont appris depuis longtemps à refuser les euros signés de Nicolas Dupont-Aignan, ministre des finances, qui sont produits à Chamalières et ressemblent aux autres, mais ne sont pas acceptés à l’étranger.

C’est difficile de trouver du cash. Depuis la grande panique bancaire des mois de mai/juin, les banques ont rouvert, mais on ne peut pas sortir plus de 50 euros par jour. Plus facile quand le malade a de la famille. Pierre a un bon deal avec un ancien camarade d’école : 60 euros en cash contre 100 envoyés par la banque. Certains malades paient aussi avec leurs bijoux. Il faut dire que les bijoutiers ont fait un chiffre d’affaires historique depuis les événements de mai/juin, quand les particuliers ont compris que leurs comptes bancaires étaient piégés et qu’ils se sont mis à acheter n’importe quoi qui ne perdrait pas trop de valeur.

Pour Pierre, le problème est d’autant plus grave que son service n’arrive plus à faire face. Beaucoup de médecins ont choisi de quitter le pays, victimes de comportements menaçants en raison de leurs patronymes. Les propositions sont venues du monde entier, car la médecine française est réputée. D’Allemagne notamment, qui a besoin de personnels qualifiés pour sa population vieillissante. Ces départs ont aggravé la désertification médicale du pays, renvoyant beaucoup de malades dans les hôpitaux, débordés et manquant de tout.

Pierre est resté, lui. Ses  parents sont âgés et il ne veut pas les abandonner. Ils sont tous les deux dépendants, et depuis la loi sur la « taxation des emplois étrangers et la réimpatriation des immigrés », leurs EPHAD ne trouvent plus de personnel pour les laver, les habiller, les nourrir. Pour éviter des maltraitances, les enfants des résidents viennent aider certains jours de la semaine. Même chose à la crèche du petit dernier : la femme de Pierre, infirmière, a dû arrêter de travailler.

Les grands enfants de Pierre, issus d’un premier mariage, sont eux partis au Canada. L’aîné, Sébastien, s’occupait de responsabilité sociale et environnementale chez Paprec, mais il a été licencié avec tous les « personnels non essentiels » quand l’entreprise s’est aperçue que ses 700 millions de dettes obligataires émises à Dublin allaient rester en euros alors que ses contrats d’enlèvements de déchets avec les collectivités locales, eux, passaient en francs. Le cadet, lui, a profité d’un stage d’études à l’étranger et jure de ne plus revenir.

Contrôle des changes oblige, ce sont les enfants qui viennent visiter les parents à Noël. Ils font attention de ne pas trop utiliser les avions d’Air France, qui sont périodiquement saisis sur les tarmacs d’aéroports étrangers par des créanciers qui contestent la décision du Gouvernement de convertir en francs Le Pen la dette des entreprises publiques. On raconte que la Présidente elle-même ne peut pas utiliser hors de France  son avion du Glam, de peur qu’il soit saisi; ce serait pour cela qu’elle loue un avion à une compagnie étrangère quand elle va faire le tour des pays du Golfe pour demander de prêter à la France les quelques devises pour régler ses importations prioritaires.

Ces histoires-là n’ont pas aidé le tourisme, que le Gouvernement cherche à développer, mais c’est surtout à cause des émeutes urbaines et du terrorisme que les gens ne viennent plus. Depuis qu’on a commencé à appliquer la loi sur la Grande Réimpatriation, les émeutes sont de plus en plus violentes, notamment dans les centres de transit ou on a rassemblé les étrangers en cours d’expulsion, dans l’attente de pouvoir organiser et financer leur voyage de retour.

Le plus dur est de se payer ce qui demande des devises. Les euros bancaires (en cours de conversion en francs Le Pen), on en trouve : la banque de France, depuis le référendum sur la préférence nationale et la supériorité de la loi française, est placée sous tutelle du ministre : elle en crée autant que demande le gouvernement, qui paie les fonctionnaires avec. Mais les prix dans cette monnaie augmentent très vite, et l’argent est bloqué à la banque. Ce n’est pas qu’on soit  déjà sortis de l’euro; l’euro est encore pour quelques temps le nom de la monnaie. Mais les euros dans les banques françaises, on ne peut ni les sortir ni les convertir. Le prix du litre d’essence a triplé au cours de la dernière année, en dépit de l’accord passé avec la Russie qui accorde à la France la clause de la nation la plus favorisée en matière énergétique. Les deux pays ont aussi lancé une coopération dans le domaine nucléaire, des ingénieurs russes venant remplacer leurs homologues français expatriés.

Pierre lit des rapports dans la presse, écrits à demi-mot car l’ordre des journalistes sanctionne les manquements à la déontologie patriotique. Les industries exportatrices, celles qui rapportent des devises, ont l’air d’avoir de grandes difficultés, et licencient parce qu’elles ne trouvent plus de composants importés, ou parce que les pays où elles exportaient répondent aux nouveaux droits de douane français en imposant les leurs. La presse explique que  cela est l’effet d’un complot des forces obscures du capital apatride. Il n’est pas économiste, ni historien, mais tout cela ne présage rien de bon.

À l’école, les programmes font l’objet d’un vaste réexamen, en commençant par l’Histoire. Une révision constitutionnelle est à l’étude pour modifier le fonctionnement du parlement et le mode électoral des députés, comme celui du Président de la république. Le droit de manifester et les textes concernant les syndicats seront quant à eux modifiés par la « loi de rationalisation de l’expression publique » qui vient de passer en Conseil des ministres. Des textes qui ont valu à notre pays d’être en couverture d’un grand magazine européen avec ce titre en français : « Pauvre France ».

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Macron en tête au premier tour – présidentielle 2017

En portant en tête dès le premier tour Emmanuel Macron, la France vient de se livrer à l’un de ces coups de théâtre qui jalonnent son histoire et en font une nation à nulle autre semblable.
Que de fois n’avait-on pas dit que l’élection présidentielle ne pouvait se jouer hors le cadre des Partis politiques traditionnels? Ou que la France, pays vieilli et rétif au changement, se réfugierait dans un vote conservateur?

C’est tout le contraire qui s’est produit.

Ils viennent de signifier leur volonté de changement, non seulement dans la conduite des affaires du pays mais aussi dans l’état d’esprit général. Assez de pessimisme et de récriminations. Sauvons l’Europe et redressons le pays, en y faisant repartir la croissance et l’ascenseur social: voici la feuille de route qui attend le futur chef de l’Etat et avec lui, les nouvelles générations qu’il incarne.

Interdiction de décevoir.
Le 7 mai, nous voterons donc, comme ce dimanche, avec l’ardent espoir de remettre la France En Marche.

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Edito J-4 – Les Gracques avec Macron

Il faut appeler un chat un chat.

Marine le Pen n’est pas une patriote ayant de la poigne. C’est une femme autoritaire qui conduirait le pays comme elle a dirigé son parti. En muselant toute opposition, en semant l’intolérance au sein de la société , en nous sortant de l’Union Européenne et en s’ouvrant à l’influence des régimes de l’Est. Son programme est une imposture qui conduirait le pays au chaos et à la misère.

Jean-Luc Mélenchon n’est pas un pittoresque admirateur de l’Amérique latine doté d’une vision romantique de l’économie. C’est un homme politique ivre de sa propre parole, que l’orgueil conduit à insulter la presse libre, ignorer les droits de l’homme dans les dictatures qui flattent son ego et agresser l’Europe. Son programme est une caricature qui ruinerait le pays et ses classes moyennes.

François Fillon n’est pas le réformateur modèle qui s’est fait élire aux primaires de la droite contre Alain Juppé. Il est le candidat obligé d’une droite qui, incapable de s’unir, a laissé ses courants les plus réactionnaires prendre le contrôle de sa campagne. Cette emprise de « Sens commun » sur fond de casseroles l’empêcheront, quoi qu’il arrive, de tenir ses engagements initiaux.

Benoit Hamon est le tardif champion d’une gauche frondeuse qui a confondu revanche au sein du PS avec élection présidentielle. Chacun sait – lui le premier, que nous avions accueilli à notre Université d’été de 2008 – que faute de pouvoir accéder au second tour, les voix portées sur lui accroissent les chances des trois précédents. Il a appelé ses électeurs à opter pour Jean-Luc Mélenchon au second tour, nous les appelons à voter pour Emmanuel Macron dès le premier.

Car oui, à la veille d’un scrutin décisif où chaque voix comptera, les Gracques soutiennent la candidature d’Emmanuel Macron. Parce qu’il est le seul à partager toutes nos valeurs : compétence économique, engagement européen, liberté d’entreprendre, priorité à l’éducation, Solidarité pour les démunis, compréhension de la révolution numérique, apaisement des tensions sociales, conception non-partisane du gouvernement…

Parce qu’il saura rendre confiance aux Français et espoir aux Européens, le 23 avril nous voterons pour Emmanuel Macron.

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Edito J-5 – Les Gracques avec Emmanuel Macron

Alors que commence la dernière ligne droite de la campagne présidentielle, de très nombreux électeurs n’ont pas encore arrêté leur choix, ni même décidé s’ils iront voter ou non, et quatre candidats peuvent encore espérer figurer au second tour. C’est une situation sans précédent.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon expriment la colère que ressentent de nombreux Français. Des Français qui ont le sentiment d’être dans une situation sans issue et sans espoir pour eux, et pour leurs enfants. Qui se sentent menacés dans leur identité et leur mode de vie par la mondialisation, les migrants, les nouvelles puissances économiques, les mutations technologiques. Abandonnés par l’Etat. Ils savent qu’appliquer les programmes de ces candidats ne résoudrait rien. Mais ils veulent sanctionner les sortants.

Et pourtant : quoi de plus traditionnel, au fond, que les postures de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ? Promettre ce qu’on sait ne pouvoir tenir sauf à faire le malheur de ceux-là mêmes dont on cherche les voix, ouvriers, employés, retraités… La colère est mauvaise conseillère. Après, il faut vivre cinq ans avec celle ou celui qu’on a élu. La vraie rupture avec la politique traditionnelle, c’est de promettre ce que l’on peut tenir. C’est ce que fait Emmanuel Macron. Il trace une voie où l’école donne à chacun sa chance, où chacun peut reprendre le contrôle de son existence, et où des services publics modernisés protègent ceux qui ont le plus besoin de protection.

François Fillon peine à rassembler son camp : rien d’étonnant à cela. Son image personnelle est atteinte. Surtout, son programme ne peut convaincre. Libéralisme économique sans frein ni contre-pouvoir, réduction mécanique des services publics, conservatisme social d’un autre temps : le vainqueur de la primaire s’est éloigné des valeurs qui inspiraient une large part de la droite classique et modérée.

Des centristes peuvent encore hésiter : un seul programme porte pourtant les valeurs qui sont les leurs, sur le respect de chacun, sur la manière de se conduire et la morale en politique, et veut une Europe qui permette à la France de rayonner dans le monde et de donner son plein potentiel.

Le Parti socialiste s’est choisi un frondeur pour candidat. Loin de chercher à rassembler, il s’est tourné vers la gauche radicale, qui l’a éconduit. Vers qui se tourner lorsqu’on a participé de la culture de gouvernement qui a été celle du Parti socialiste d’Epinay, du parti de Lionel Jospin et Michel Rocard, si ce n’est vers Emmanuel Macron ?

Dimanche soir prochain, il sera trop tard. Pour tous ceux qui croient que la France peut faire beaucoup mieux, et être plus juste, qu’elle peut retrouver confiance en elle-même, qu’elle peut protéger et défendre les plus démunis et donner à chacun les meilleures chances de réussir, avec un programme de transformation profonde et réaliste, il est possible d’exprimer leur choix en votant pour Emmanuel Macron. C’est ce que nous ferons.

Les Gracques

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Les Gracques en marche !

J-3

Pour le long terme, cette réforme fournira également l’occasion de réfléchir à un système de retraites à points, offrant la souplesse et la transparence d’un régime par capitalisation tout en préservant un financement par répartition. En remplacement des très illisibles « trimestres » actuels, les cotisations de chacun serviraient, dans ce système à financer l’acquisition de points de retraite. La valeur point serait négociée en fonction des impératifs d’équilibre financier du régime, ce qui permettrait à chacun d’en connaître immédiatement l’impact sur ses droits. Enfin, ce système permettrait de valoriser facilement, par des points supplémentaires, des travaux utiles à la collectivité. Contrairement à ce que soutiennent ses adversaires, le régime à points constituerait donc une avancée démocratique : plus clair et plus facile à manœuvrer, il permettrait aux politiques de rendre des grands arbitrages de façon compréhensible par l’ensemble des citoyens. Et il permettrait à chacun, selon son parcours professionnel et sa situation personnelle, de déterminer le moment de prendre sa retraite, sans que le couperet des 60 ou 62 ans vienne s’abattre sur lui, quitte à travailler bien plus longtemps, comme l’amélioration de l’espérance de vie le permettra à tous ceux qui continuent à s’épanouir dans leur métier. On améliorera aussi la situation des seniors, dont le fort taux de chômage dans notre pays est corrélé directement à la barrière des 60 ans qui décourageait l’employeur d’embaucher des salariés ayant passés le cap des 55 ans. Plus tardif est l’âge moyen de la cessation d’activité, plus faible est le chômage des 55 à 65 ans : c’est une réalité qui se vérifie dans le monde entier. A long terme également, il nous faudra réfléchir au moyen d’aborder intelligemment la pénibilité du travail, c’est-à-dire d’en traiter les causes plutôt que les effets. Les pays nordiques ont très largement résolu ce problème par la mobilité des carrières : si un ouvrier ne passe que quelques années à un poste pénible et évolue vers des emplois de bureau moins durs pour une seconde partie  de vie professionnelle, la question de la cessation prématurée de son activité ne se pose pas. Il y gagne personnellement. L’entreprise y gagne en productivité et en relations sociales, grâce à une relation contractuelle enrichie avec son personnel. Et la collectivité y gagne aussi puisque la durée du travail est prolongée, la croissance alimentée, le pouvoir d’achat soutenu, et la cohésion sociale renforcée. Tout le monde est gagnant. Priver notre société d’un tel progrès en s’inclinant devant tous les conservatismes patronaux, syndicaux ou administratifs : voilà aussi ce qui ne peut plus durer ! 

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-4

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-5

La décentralisation doit prendre tout son sens en permettant d’adapter la situation de chaque lycée et, de chaque collège aux circonstances locales, et en donnant aux responsables de ces établissements les marges de manœuvre qu’ils n’ont pas aujourd’hui vis-à-vis de l’organisation des cours ou de la gestion des enseignants. Une telle orientation suppose du temps pour que l’ensemble des acteurs se l’approprient et pour qu’une communauté d’intérêts au service des élèves se mette en place, en fait et en droit, autour d’un projet d’établissement spécifique, auquel chacun aura été associé.

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-6

Refuser que les hauts revenus écrasent les classes moyennes, c’est de même nature qu’empêcher la loi du plus fort – celle de la jungle urbaine – d’envahir nos villes et nos cités. La montée de l’insécurité comme de l’incivilité, c’est la croissance des vols, des cambriolages, bref de la petite délinquance. La droite se trompe en pensant que seule la répression va régler la question. L’extrême-droite trompe chacun lorsqu’elle fait l’amalgame avec l’immigration. Il faut s’attaquer aux causes profondes du mal, en particulier les exclusions, et donc augmenter les moyens  de la prévention à l’école et dans les quartiers. Surtout, il faut faire respecter la loi sur chaque mètre carré de la République : des exactions du milieu corse aux zones de non-droit des cités : chaque fois que la police hésite, c’est la démocratie qui recule. Repenser le volet « répressif », c’est chercher plus d’efficacité. Comment ? Par une présence dissuasive, permanente et familière de la police dans les zones urbaines sensibles. Une police centralisée doit poursuivre le crime organisé, combattre la délinquance grave et assurer le maintien de l’ordre. Parallèlement à celle-ci, une « police de proximité » doit être rétablie. Elle sera composée d’agents de la police nationale assignés à des territoires réduits et, qui, par un travail mêlant prévention et répression, assureront la sécurité de nos concitoyens au quotidien. Il est anormal que ce soient aujourd’hui des brigades de CRS venant de Decazeville ou Bergerac, qui interviennent dans des banlieues sensibles en région parisienne, alors qu’elles n’ont aucune connaissance de la topographie des lieux ni des bandes en présence. Dans ces conditions, les bavures se multiplient et le dialogue ne peut s’instaurer avec des habitants qui ne sont plus habitués qu’à voir des policiers dans un rôle répressif.

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-7

‘Le poisson pourrit par la tête’, disait Mao. La société que nous voulons exige que les dirigeants respectent le peuple, mais aussi que les Français puissent respecter leurs élites. Leur exemplarité est donc la première exigence du redressement. (…) Une classe de privilégiés donne désormais le sentiment de passer à la trappe l’intérêt général pour défendre leurs positions ou/et leurs intérêts : des financiers internationaux qui n’ont rien fait – euphémisme – pour empêcher la crise de 2008, aux VIP de la société française bardés de leurs diplômes, certitudes et avantages acquis ; des  hauts fonctionnaires avec leurs emplois garantis à vie aux parlementaires ou chefs d’entreprises assis sur leurs systèmes assurantiels ou de retraites privilégiés et leurs gains en nature ; des privilèges de la Banque de France à la prodigalité de palais et de personnels dévolus aux responsables nationaux et régionaux ; sans oublier les invitations, pistons, passe-droits, coupe-files auxquels chacun, jusqu’à nos plus brillants intellectuels, est si sensible, les archaïsmes ont la vie dure. (…) Ceux qui ont failli s’en sortent toujours. Parfois avec les honneurs, toujours avec de solides indemnités financières. La caissière de supermarché qui s’est trompée dans ses comptes ou l’ouvrier mis à pied parce qu’il est arrivé en retard n’ont pas cette chance. (…) A la classe politique, nous disons que le temps est venu d’en finir avec le cumul des mandats et de renforcer les règles pour éviter les conflits d’intérêts. Aux dirigeants d’entreprise, nous disons que la pratique des parachutes dorés doit être plafonnée, que les rémunérations des dirigeants doivent être encadrées  et que les banquiers d’affaires devront être responsabilisés sur leurs biens personnels. Aux hauts fonctionnaires, nous disons que leur promotion doit s’inscrire dans une procédure plus transparente, que leur engagement durable en politique doit s’accompagner de leur démission de la fonction publique, et que les plus hauts fonctionnaires doivent renoncer au principe de l’emploi garanti à vie.

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-8

Toute l’évolution de la société moderne met en valeur la performance des femmes. Les études récentes montrent que l’échec scolaire en France est à 90% un sujet masculin. Et le phénomène est très net dans les populations d’origine immigrée, ce qui confirme ce que les sociologues savent bien : l’acculturation se fait par les femmes. (…) Il est tristement ironique de constater le médiocre taux de représentativité des femmes au sein du Parlement comme de la direction des entreprises françaises ; ou de vérifier  qu’un secteur se féminise d’autant plus vite qu’il est en perte de vitesse ou d’influence symbolique et économique. (…) Nous préconisons donc une palette de mesures. (…) Un seuil minimal de femmes dans les conseils d’administration des entreprises cotées, comme dans les pays nordiques ; un bonus/malus sur l’impôt sur les sociétés en fonction du nombre de femmes parmi les cadres dirigeants d’une entreprise… (…) Quant à la féminisation du parlement, il faut passer à la vitesse supérieure. La loi sur la parité n’a pas conduit aux avancées espérées, à aucun échelon local ni national. Les femmes ne représentant par exemple que… 12% des députés. Comme indiqué plus haut, nous proposons de quadrupler les pénalités infligées en cas de manquement à la règle de parité, et de plafonner le versement des indemnités prévues aux partis dont la représentation effective serait trop déséquilibrée entre hommes et femmes. 

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-9

De même, la gauche moderne est décentralisatrice, mais une décentralisation qui s’accompagne d’une simplification des échelons de collectivités, d’un frein aux dépenses publiques locales et d’une fiscalité cohérente des territoires. 

Manifeste pour une gauche moderne, Tribune des Gracques dans Le Monde le 14 septembre 2007

L’idéal ? Ce serait à la fois de supprimer les départements, en rattachant leurs attributions à la Région, et de réunir les communes pour l’exercice de l’essentiel de leurs missions. (…) Les compétences doivent être clarifiées pour que les citoyens sachent qui est responsable de quoi : une même compétence ne doit être exercée que par une catégorie de collectivité et une seule. Les lois Defferre de 1982 l’avaient fait de manière assez limpide pour l’éducation : aux communes l’enseignement primaire et maternel, aux départements les collèges, aux régions les lycées, à l’Etat l’enseignement supérieur. Depuis vingt ans, l’Etat a introduit de la confusion dans cette répartition en demandant aux régions de financer les universités, comme il a demandé aux régions, départements et intercommunalités de financer les lignes ferroviaires à grande vitesse. Il faut revenir à des règles simples : aux régions et aux intercommunalités tout ce qui concerne le développement économique et l’aménagement du territoire (y compris les transports, l’emploi, l’urbanisme et le logement) ; aux départements la solidarité et les infrastructures, aux communes les services de proximité.

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-10

Mieux vaut prévenir (et maigrir) que guérir. Le complément naturel du bouclier sanitaire est la prévention. On parle ici d’abord de l’intérêt des populations : […] dans des systèmes de santé où les affections de longue durée représentent l’essentiel des dépenses, la prévention peut diminuer de façon considérable les victimes du diabète comme celles du tabac et de l’alcool. Ce n’est donc pas seulement pour des raisons économiques qu’il faut faire de la prévention, notamment contre l’obésité. C’est parce que la prévention réduit  les inégalités sociales devant  la maladie, comme le montre le succès du dépistage organisé du cancer du sein. Elle doit se développer là où sont les gens, notamment au travail, pour faire face à la croissance des pathologies professionnelles et l’allongement nécessaire de la durée de vie active. La politique de prévention doit être conçue et conduite avec pertinence et sélectivité, en privilégiant les démarches à succès établies par l’évaluation de pratiques étrangères ou les expérimentations françaises. Elle doit adapter les messages et les modalités aux caractéristiques particulières des populations dont on cherche à influencer les comportements en se rappelant qu’à l’ère d’internet, des réseaux sociaux et des sites médicaux, les messages venus du sommet ne suffisent plus à emporter la conviction du grand public. Elle doit donc s’accompagner d’un professionnalisme dont la campagne pour la vaccination contre la grippe aviaire – dite H1N1 – fut le contre-exemple parfait avec au total, une désorganisation générale et un surcoût pour les finances publiques. La prévention commence dès le plus jeune âge, y compris pour lutter contre certaines maladies graves, notamment les maladies cardiovasculaires ou les cancers. Elle doit prémunir les enfants et adolescents contre les fléaux tels que les addictions  et aussi l’obésité, l’un des candidats au titre de « mal du siècle ».

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-11

Les sociaux-démocrates n’ont donc maintenant qu’une seule issue : appeler à l’alliance avec François Bayrou. Pour voter utile parce qu’une coalition avec la gauche pourrait engager un projet de modernisation négociée du pays, nous mettre sur la voie d’une économie sociale de marché modernisée. François Bayrou vient de la droite ? Peut-être… François Mitterrand aussi. Mais il a osé rompre avec ses amis. Rompons avec nos préjugés ! (…) Ni les centristes ni les socialistes ne pourront gouverner seuls ; et du reste, le pays ne veut plus d’une conception clanique du pouvoir. Le prochain gouvernement devra être non plus une cohabitation – cette union forcée des contraires – mais une coalition : une alliance voulue entre partenaires. François Mitterrand avait compris jadis que la majorité se gagnerait avec les communistes ou ne se gagnerait pas. C’est la même situation aujourd’hui entre centristes et socialistes. S’allier avec Bayrou, pour voter en faveur d’une coalition de la gauche, des écologistes et du centre, (…) pour déplacer les lignes du clivage gauche-droite, (…) pour dire non au populisme et à la démagogie. (…) S’allier à François Bayrou, enfin, pour dire oui à l’Europe et installer un gouvernement français ouvert sur le monde, au moment où l’Union du traité de Rome est en crise et où la mondialisation précipite la nécessité de notre adaptation.

« Merci, François ! », Tribune des Gracques dans Le Point le 22 mars 2007

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J-12

 Il y a la question des savoirs fondamentaux. Arrêtons la prolifération des matières et des options ; nos programmes doivent correspondre aux besoins d’acquisition de compétences fondamentales pour le plus grand nombre, et non à l’idéal que se font les enseignants du bagage pluridisciplinaire que devraient atteindre les meilleurs élèves des classes prépa. L’école est là pour permettre à une génération entière d’acquérir les compétences fondamentales de la vie en société, c’est-à-dire de  la vie tout court. Les compétences qu’il faut pour qu’un peuple ne soit pas analphabète. Et ces compétences évoluent. Il y a celles qui sont les mêmes qu’au temps de la Troisième République : lire, écrire, compter. Et puis, il y les nouvelles, qui sont devenues également essentielles : parler couramment l’anglais et savoir se servir d’un ordinateur. La maîtrise de ces savoirs fondamentaux est le seul critère de réussite d’une éducation de masse.

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-13

La France, par sa position centrale en Europe, la qualité de ses équipements collectifs, sa culture, sa qualité de vie, la qualité de son système de soins, est un pôle d’attraction naturel des élites qui peuvent accepter d’y être un peu plus taxées qu’ailleurs. Encore faut-il que le système fiscal, un peu plus coûteux qu’ailleurs, y soit juste, simple, lisible, et surtout prévisible. Car ce qui fait fuir les meilleurs n’est pas seulement le niveau de la fiscalité ; c’est aussi la complexité du système, qui valorise trop les montages sophistiqués et les arguties juridico-financières, et le fait qu’il soit en permanence amendé, interdisant  tout projet personnel. (…) Un bon système d’imposition des revenus et des patrimoines élevés est donc d’abord un système simple et stable, qui leur applique cette seule forme de justice que leur doit la société, qui est la neutralité fiscale. Une fiscalité neutre, c’est une fiscalité qui ne fait pas la différence entre les formes de revenus. Il n’y a pas de  bons et de mauvais riches, il n’y a que des richesses légales et illégales. Les illégales sont du ressort de la justice et non de Bercy, et  les autres doivent contribuer à proportion de leurs moyens, et de façon progressive, aux charges publiques.

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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Jamais les enjeux n’ont été aussi grands dans une élection depuis des décennies. Le choix des Gracques est clair. Parce qu’il porte nos priorités et notre foi en l’avenir du pays, parce qu’il tient les seuls meetings où flottent côte à côte les drapeaux français et européen, parce qu’il s’est engagé à honorer le crédit de la France, Emmanuel Macron a notre soutien.

Extrait de la tribune des Gracques publiée dans Le Point du 16 mars 2017

Photo publiée dans M le magazine du Monde Le magazine du Monde le 4 mars 2017

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Edito Evènements

Sommet européen des réformistes – Lyon, les 23 et 24 septembre 2016

Le 24 septembre, se tiendra à Lyon au Musée des confluences le sommet européen des réformistes sur le thème : reprendre confiance.

Cette manifestation exceptionnelle réunira une centaines de personnalités européennes et internationales à l’invitation de think tanks français, allemand, anglais et italien : politiques, chefs d’entreprises,  maires de grandes villes, représentants du monde syndical et de la société civile, économistes et intellectuels, toutes générations confondues, débattront lors de trois ateliers et se saisiront de problématiques majeures pour l’avenir de nos sociétés.

Alors que le Brexit fait peser le risque d’une dislocation de l’Union Européenne, le premier atelier intitulé « open societies » interrogera l’identité européenne, qui semble aujourd’hui attaquée de toute part : comment assurer à tous une protection sociale de haut niveau dans un monde mondialisé et multiforme, comment défendre le continent face au terrorisme et à l’émergence de nouvelles radicalités, comment faire face à la crise migratoire.

Un second atelier  – « open economics » – tentera de comprendre pourquoi l’Europe est aujourd’hui l’une des zones du monde où la croissance est la plus faible et comment des politiques macroéconomiques mais aussi de soutien à l’innovation peuvent y remédier.

Au cours d’un  troisième atelier l’après-midi, sera évoquée la question démocratique – « open politics » –, avec la nécessité d’inventer de nouvelles alliances et des formes inédites d’expression des citoyens pour faire face à la montée des populismes.

À 16h, une restitution publique des travaux sera organisée. Après une introduction de Gérard Collomb, Maire de Lyon, puis une intervention des représentants des thinks tanks, les présidents d’ateliers – Enrico Letta, ancien président du conseil italien, Lionel Zinsou, ancien Premier Ministre du Bénin et Pascal Lamy, ancien directeur de l’OMC – viendront présenter les conclusions des débats. Cet échange sera clôturé par les prises de parole de Sylvie Goulard, députée européenne, Jean-Louis Borloo, Président Fondateur de l’UDI, Président de la Fondation énergies pour l’Afrique, Ana Palacio, ancienne ministre des affaires étrangères espagnole, Emmanuel Macron, ancien ministre de l’Economie, Président d’En Marche, et Claudio de Vincenti, Secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil des Ministres italien.

Sommet des réformistes européens

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Brexit Edito Europe

Réinventer l’Europe, c’est notre responsabilité à tous !

Alors que Merkel, Hollande et Renzi se réunissent pour un sommet post-Brexit, un peu de politique-fiction pour sauver l’Europe.

Imaginons un instant. Nous sommes en 2026, les élèves de terminale du lycée de Shanghaï étudient le chapitre intitulé « L’effondrement de l’Europe » de leur manuel d’histoire contemporaine, dont voici un ­extrait :

« Inconscients de leur bonheur de vivre à l’abri d’un projet qui leur avait assuré pendant cinquante ans paix, démocratie, sécurité sociale et égalité des chances, les Européens se sont laissé gagner peu à peu par leurs vieux démons. La classe dirigeante a considéré la construction européenne comme un acquis. La preuve en fut l’indigence de beaucoup d’élus et de ministres, la médiocrité de l’exécutif européen, la bureaucratisation étouffante de la Commission. Au XXe siècle, un secrétaire d’Etat américain, Henry Kissinger, avait plaisanté en demandant : “L’Europe ? A qui dois-je téléphoner ?” Au XXIe siècle, aucun secrétaire d’Etat ne s’est plus jamais posé la question.

Le continent européen a connu des difficultés au début du XXIe siècle, alors qu’il lançait l’euro, sa monnaie commune. Les écarts de niveau économique entre les pays et l’incapacité de beaucoup d’entre eux à procéder aux réformes nécessaires n’ont pas permis d’atteindre un ensemble cohérent. Les asymétries de performance entre membres de l’Union ont créé une situation faisant de l’Allemagne, réunifiée depuis 1990, la puissance dominante, accumulant les excédents de balance des paiements.

Déséquilibrée économiquement, l’Union le fut aussi politiquement en intégrant trop vite, et sans consulter les peuples, un trop grand nombre de pays, qui diluèrent le projet européen : 28 membres par rapport aux 6 fondateurs, et une zone euro ne concernant qu’une partie d’entre eux. Là encore, les logiques d’influences nationales prirent le pas sur l’intérêt général.

En 2008, la mondialisation et les dérèglements financiers nés aux Etats-Unis précipitèrent une crise dont l’Union ne sortit qu’au prix d’une création monétaire qui, agissant comme une drogue, créa un phénomène d’accoutumance. En parallèle, des gouvernements sans vision firent de l’Europe un bouc émissaire, se faisant élire non pas pour la renforcer mais pour se protéger d’elle. Il est frappant de constater que seuls d’anciens leaders nés dans la première moitié du XXe siècle comme MM. Giscard d’Estain, Schmidt, Rocard, Fischer, Delors, Napolitano ou Cohn-Bendit, tentèrent – en vain – d’éveiller les consciences. L’échec de la Constitution européenne en 2005 en France et le succès croissant des partis populistes nationalistes furent autant d’avertissements. Tout se déclencha finalement il y a juste dix ans, avec la manœuvre politicienne d’un premier ministre britannique, M. Cameron, qui, pour faire taire les opposants de son parti, promit, s’il était réélu, un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union.

Il gagna les élections et perdit le référendum de 2016, à la surprise des bookmakers et de la City. Dès lors, l’Europe fut entraînée dans un engrenage fatal. Les Britanniques temporisèrent. Les élections américaines furent suivies d’une crise au sein de l’OTAN, les Etats-Unis refusant d’assumer leur part de la défense de l’Europe tandis qu’un nouvel axe entre la Turquie et la Russie affaiblissait l’organisation.

Partout des gouvernements fragiles furent déstabilisés par des partis protestataires. Des conflits sociaux de plus en plus violents, des confrontations communautaires exacerbées, la multiplication d’attentats terroristes, des faillites entraînant la ruine d’épargnants, créèrent un climat de peur et de colère qui rappela aux plus âgés celui des années 1930. S’en suivit une émigration massive des élites, à commencer par les jeunes générations, par- ties dans des proportions sans précédent poursuivre leurs études et mener leur vie sur d’autres continents.

L’explosion de la zone euro fut la conséquence logique de cette désagrégation, bientôt suivie par la sortie de l’Union des pays de l’Europe du Nord. L’accord commercial passé en 2025 entre la Chine et l’Amérique imposa ses nouveaux standards aux pays européens à leur détriment. Au moment où la Russie avance ses pions au Proche-Orient et dans les Balkans, qu’un accord de coopération scelle la rencontre entre M. Poutine et Mme LePen, tandis que l’Allemagne presse la France de lui céder sa place au Conseil de sécurité de l’ONU, on peut dire qu’un cycle s’achève et que l’Union européenne, comme toutes les grandes civilisations, était bien mortelle. »

PAS DE FATALITÉ

Fin de l’extrait prospectif. Il n’y a pas de fatalité à ce que nos enfants apprennent en 2026 leur cours d’histoire en ces termes. Mais ne nous plaignons pas de ce qui arrivera si nous ne prenons pas nos responsabilités. L’Europe, qui nous a offert paix et prospérité, se délite à cause de notre indifférence. C’est elle qu’il faut préserver, à n’importe quel prix. Le Brexit est un nouveau signal d’alarme. Cela signifie qu’entreprises comme citoyens, nous devons nous concentrer sur ce qui peut être fait pour la sauver. Réinventer l’Europe, quitte à rompre avec les égarements qui l’ont conduite à la situation actuelle. Retrouver un axe de confiance économique et politique prioritaire avec l’Allemagne et l’Italie, pour commencer. Et élire lors des prochaines échéances celles et ceux qui paraîtront le mieux à même de porter, au nom de la France et des fondateurs de l’Union, cette mission historique.

Article écrit par Bernard Spitz (président du pôle international et Europe du Medef), publié dans le Monde le 23 août 2016.

Article également publié dans le Corriere della Sera le 22 août 2016 – Reinventare l’Europa per impedire che crolli