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Edito

De l’importance d’être constant…

Un des principaux enseignements que l’on peut tirer de l’interview télévisée de Nicolas Sarkozy, le 5 février dernier, c’est l’étrange posture consistant à lancer des idées à la cantonade pour les inscrire à l’ordre du jour d’une rencontre avec les partenaires sociaux programmée pour le 18 février. Même lorsqu’il s’agit de propositions dont la solution ne relève à l’évidence pas de la négociation interprofessionnelle, comme la suppression de la taxe professionnelle ou celle de la première tranche de l’impôt sur le revenu…

Certes, les syndicats ont été requinqués par le succès de la grève et des manifestations du 29 janvier, et il est de bonne guerre de chercher à leur faire légitimer les réponses à la crise que propose le chef de l’Etat. Comme le suggérait le journaliste Claude Askolovitch dans le Journal du dimanche (8/02/2009), « personnaliser les succès et mutualiser les tracas » est la version com’ de « privatiser les bénéfices et socialiser les pertes »…

Il n’empêche que cette posture tranche singulièrement avec les déclarations péremptoires d’il y a quelques mois : « Aujourd’hui, quand il y a une grève, plus personne ne s’en aperçoit », ainsi qu’avec la marginalisation systématique des corps intermédiaires et des autres centres de pouvoir. L’effacement du Premier ministre et du gouvernement, le dédain dans lequel est tenue l’opposition (même si celle-ci, il faut bien le reconnaître, n’y a que trop prêté la main), le double jeu à l’égard des organisations syndicales et des associations pèsent lourd dans la balance. Il est très inconfortable pour le roi d’être nu quand souffle la bourrasque de la crise…

Les syndicats auront d’ailleurs toutes les raisons du monde d’être méfiants devant le rôle qu’on veut leur faire tenir : l’opération qui a consisté, en juin dernier, à passer par pertes et profits la position commune patronat – syndicats sur le temps de travail ou le manquement aux engagements pris lors de la réforme des retraites ont refroidi l’ardeur des mieux disposés à l’égard du compromis social.

Le président met volontiers en avant son pragmatisme. Ce n’est assurément pas un défaut, pour un dirigeant, que de savoir s’adapter aux circonstances. À condition que l’objectif demeure lisible. Or, quelle cohérence y a-t-il entre les débuts du quinquennat commencés sous le signe du bouclier fiscal et le discours de Toulon sur les méfaits du capitalisme dérégulé ? Ou, pour utiliser une métaphore maritime, quand le vent est contraire, on peut tirer des bords pour regagner le port en toute sécurité, mais il n’y a jamais de vent favorable pour qui ne sait pas où il va…

Pour être compris, le pragmatisme a besoin de constance, c’est-à-dire de vision pour un projet collectif. Si elle fait défaut, on n’y lira qu’un balancement entre l’opportunisme et l’obstination.

Par Les Gracques

La rédaction des Gracques