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Marie Burguburu : « Balancer des “porcs” sur les réseaux sociaux, c’est attenter à la cause des femmes »

L’avocate d’Eric Brion se félicite qu’à l’issue du procès en diffamation intenté par son client, la justice l’ait emporté sur le « tribunal du Tweet ».

Le Monde. Publié le 22 octobre 2019 à 06h15 – Mis à jour le 23 octobre 2019 à 12h25 

Tribune. En choisissant de dénoncer Eric Brion, le tout premier des hommes visés par le hashtag #balancetonporc, qu’elle a créé, en octobre 2017, et qui l’a rendue célèbrela journaliste indépendante Sandra Muller s’est, en même temps, octroyé la liberté d’ôter à Eric Brion le droit de pouvoir se défendre. Et, pendant deux années, depuis octobre 2017, il s’est retrouvé seul face à un tsunami médiatique sans précédent, à une avalanche de posts, Tweet ou messages souvent nauséabonds voire haineux de la part de personnes ne le connaissant pas ou ne l’ayant jamais écouté, et estimant pouvoir prendre pour acquis les mots de Sandra Muller, femme et journaliste.

Les mouvements autoproclamés féministes ont largement participé à ce lynchage médiatique, à ce « tribunal du buzz », qui est tout sauf un tribunal, pour la seule et unique raison qu’Eric Brion est un homme et qu’il fallait faire un exemple, et qu’il est politiquement incorrect de ne serait-ce que douter de la parole d’une femme.

Un simple « dommage collatéral »

Peu importe la vérité des faits que Sandra Muller a été incapable de rapporter, et pour cause, peu importe qu’Eric Brion n’ait jamais commis le moindre harcèlement sexuel dont il a été accusé à tort par Sandra Muller [cette dernière a été condamnée, mercredi 25 septembre, par le tribunal de Paris, pour diffamation à l’égard d’Eric Brion], peu importe qu’aucun autre témoignage maintes fois promis n’ait jamais été apporté, peu importe que sa vie ait été détruite pour quelques mots grossiers, prononcés cinq ans avant le Tweet vengeur, lesquels ne sont même pas ceux dénoncés faussement par Sandra Muller, et pour lesquels il s’était excusé dès le lendemain, peu importe enfin qu’il ne soit finalement qu’un simple « dommage collatéral » de la cause prétendument féministe, comme l’a énoncé elle-même Sandra Muller.

A aucun moment, au cours de cette chasse au sorcier, n’ont été relevés les nombreuses inexactitudes et les multiples mensonges. Si les journalistes avaient enquêté sur lui et aussi un peu enquêté sur elle, peut-être auraient-ils trouvé quelques raisons de douter. Mais voilà, Eric Brion était devenu la proie des féministes, qui, aveuglées par leurs certitudes et renforcées par la réelle légitimité de leur cause, ne lui ont rien accordé, pas même l’indispensable présomption d’innocence.

« Oui, Sandra Muller a diffamé gravement Eric Brion, n’en déplaise à la condamnation arbitraire des réseaux sociaux et des tribunes médiatiques aussi agressives qu’ignorantes »

Nicolas Bénoit et moi l’avons donc défendu car, dans un Etat de droit, permettre à un accusé, même devant le seul tribunal du Tweet, de se défendre est un des piliers de notre démocratie. A l’extrême opposé des réseaux sociaux, qui tuent sans sommation ni jugement aucun. Mais nous l’avons aussi défendu car nous connaissons l’homme et le père qu’il est. Quant à Sandra Muller, elle a eu, elle, le droit à un vrai procès, elle a eu la parole et a été défendue par ses deux célèbres avocats devant un tribunal composé de véritables juges et présidé par une femme. Et ce tribunal l’a déclarée coupable de diffamation publique au terme d’une décision claire et extrêmement bien motivée. Oui, Sandra Muller a diffamé gravement Eric Brion, n’en déplaise à la condamnation arbitraire des réseaux sociaux et des tribunes médiatiques aussi agressives qu’ignorantes. L’état de droit prime sur ce « tribunal virtuel » sans relâche alimenté.

Au cours de ces deux longues années, Eric Brion a eu le courage de se battre seul, contre et malgré la meute qui hurlait et invectivait sur les réseaux sociaux et dans certains médias. Il est allé jusqu’au bout quand beaucoup lui conseillaient de se taire, de courber l’échine et de laisser tomber en espérant que cela se tasse. Alors que, nous le savons bien, sur la Toile, rien ne s’efface. Je pense sincèrement que beaucoup d’hommes et beaucoup de femmes, ici et là, partout, savent ce qu’ils lui doivent aujourd’hui.

« Dénoncer quelqu’un, c’est désastreux »

Quant à l’argument sur une décision dissuasive, qui fait écho à la « procédure bâillon » [pratique judiciaire mise en œuvre par une entreprise ou une institution pour limiter la liberté d’expression et dissuader de s’exprimer dans des débats publics], seul argument de défense, s’il en est, de Sandra Muller, renversons la question : Sandra Muller avait-elle besoin de pratiquer la délation, intrinsèquement méprisable, pour servir la cause des femmes et lancer son hashtag ? Avait-elle besoin de mentir, de falsifier la vérité, en parlant notamment de harcèlement sexuel au boulot ? Avait-elle réellement besoin de le traiter de « porc » ? Avait-elle besoin d’éluder le contexte, de dissimuler l’ancienneté et de déformer à ce point les propos d’Eric Brion, d’oublier ses excuses et de le jeter en pâture à la vindicte populaire et de continuer à s’acharner sur lui pendant des mois ? Avait-elle besoin de balancer Eric Brion alors qu’elle a écrit, dans son livre[Balance ton porc, Flammarion, 2018], avoir été physiquement agressée et frappée par un acteur connu ? Pourquoi Eric Brion et pas cet acteur connu ? Parce qu’il ne pouvait pas se défendre. Parce que le business de Sandra Muller, sa gloire et sa célébrité étaient à ce prix-là.

Néfaste amalgame

A l’inverse d’une procédure bâillon, ce jugement prouve que la délation et la calomnie sur les réseaux sociaux sont condamnables et qu’il ne faut surtout pas les encourager. Dénoncer sur les réseaux sociaux des comportements sexistes, des harcèlements ou des agressions peut être utile et efficace pour bousculer les consciences, mais dénoncer quelqu’un, c’est désastreux, et le faire de mauvaise foi, comme Sandra Muller l’a fait, c’est attenter à la cause de toutes les femmes. J’ose écrire que Sandra Muller a instrumentalisé la noble cause, que je défends aussi, à son seul profit et pour sa gloire, en falsifiant une situation. C’est une usurpatrice qui a mystifié ses followers.

Car ce qui est néfaste pour la libération de la parole des femmes, c’est l’amalgame, les généralités et notamment faire croire que la dénonciation nominative sur Twitter, qui est l’un des réseaux les plus puissants du monde, est une bonne chose. Même quand les faits dénoncés sont vrais, la démarche n’est pas acceptable… Alors, quand ils sont faux, comme dans cette affaire #balancetonporc, c’est dramatique. Nul ne peut se glorifier d’être une « balance ». Cette décision de justice l’a énoncé avec force. Contrairement à ce que certains ont feint de croire, ce n’était pas le procès des porcs, mais celui des balances. On ne peut pas dire n’importe quoi sur n’importe qui, au nom d’un combat, si noble soit-il. Une cause se perd quand elle part d’un mensonge.

[Sollicité par Le Monde, Me Francis Szpiner, l’avocat de Sandra Muller, n’a pas souhaité s’exprimer]

Marie Burguburu est avocate au barreau de Paris.

Marie Burguburu  (avocate)

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La bioéthique oui, la loi de bioéthique non

Le réexamen plus ou moins régulier de la loi de bioéthique peut être perçu comme une preuve de l’importance légitime que le législateur porte à ces sujets. Cependant, force est de constater que ces rendez-vous sont de moins en moins en phase avec la vitesse d’évolution de la société, et encore moins avec celle des avancées scientifiques. Le processus de réexamen des lois de bioéthique génère inévitablement passions, revendications, voire fausses nouvelles – fausses nouvelles si aisées à colporter dans une société française où la culture scientifique et technique a toujours fait office de parent pauvre. La question qui nous apparaît centrale n’est point la remise en cause du principe même de notre loi de bioéthique, ni de sa nécessaire évolution, mais celle du mode de révision adopté pour cette dernière, mode qui ne peut que constituer un facteur majeur de clivages de notre société. Dans ces moments de tensions exacerbées, liées aux multiples transitions qui nous traversent, est-il opportun d’ajouter ce moment de discorde nationale ?

Les enjeux bioéthiques actuels sont bien identifiés, et nous pouvons en remercier le Comité Consultatif National d’Ethique. Nous pouvons aussi le remercier pour la mise en place du grand débat public sous forme d’états généraux qui ont mobilisé des dizaines de milliers de contributeurs durant des mois. Mais pourquoi remettre en jeu tous les acquis de notre législation de bioéthique en un bloc, à des intervalles par ailleurs systématiquement hors-délais comparés aux évolutions de la science, au risque tout à la fois de diviser notre nation sur les thèmes de la procréation voir de la fin de vie, mais aussi de mettre en péril notre recherche médicale dans la compétition internationale à laquelle elle doit faire face. Avons-nous le droit de retarder par exemple l’accès des familles françaises aux derniers outils diagnostiques communément offerts dans les autres pays européens ? Avons-nous le droit de retarder l’accès de nos trois millions d’enfants porteurs de maladies rares aux dernières thérapies innovantes, thérapies géniques et/ou cellulaires ? 

La bioéthique, un débat permanent

Nous proposons, adossée à nos lois actuelles, adossée à notre Comité Consultatif National d’Ethique et à ses structures de débats désormais organisées à l’échelle locale et qu’il faudra encore développer, une nouvelle procédure que nous qualifierions de « au fil de l’eau ». Elle aurait pour but que ce débat soit permanent, en phase avec les révolutions technologiques incessantes de ce domaine, en phase avec les évolutions sociétales et permettant réflexions, propositions et législations item par item, chaque item n’étant plus conditionné dans son éventuelle évolution par le débat global et par son calendrier. En substituant ce processus continu à notre actuelle grand-messe, nous souhaitons instaurer un échange permanent, apaisé, rigoureux sur les avancées scientifiques et sociétales qui parcourent notre société. En somme, nous souhaitons un débat moins démagogique et plus éthique.

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La modernisation du système de santé

En partenariat avec le Quotidien des Médecins, le professeur René Frydman présente sur France Culture une série d’émissions sur la modernisation du système de santé. Plusieurs thèmes sont abordés dans ces cinq épisodes,  faisant intervenir différents acteurs de premier plan et aux parcours variés : des médecins, des élus, un Secrétaire d’Etat et une ancienne directrice d’hôpital et co-directrice d’une Agence régionale de santé. 

Dans la première partie consacrée au virage informatique, René Frydman échange avec trois acteurs de la santé et membres du Think Tank / accélérateur d’idées #LePlusImportant :  Céline Vigné, Mathias Dufour et Jean Philippe Alosi.

René Frydman reçoit ensuite les sénateurs Alain Milon et Michel Amiel, président et vice-président de la Commission des affaires sociales du Sénat. Ensemble, ils dressent un état des lieux du système de santé et envisagent des pistes d’évolution vers une plus grande régionalisation de la santé et la fin des déserts médicaux. 

Dans le troisième épisode est abordée l’innovation médicale au regard de l’éthique, avec le professeur Jean-François Delfraissy, président du Comité National Consultatif d’Ethique. 

Le médicament est ensuite traité sous plusieurs aspects : son commerce, sa possible pénurie dans les années à venir, la baisse de sa consommation et les résistances aux antibiotiques fréquemment observées. Le professeur Frydman reçoit ainsi Philippe Lamoureux et Thomas Borel, Directeur général et directeur scientifique du groupe LEEM (LEs Entreprises du Médicament). 

Le sujet de la protection de l’enfance vient clore cette série avec l’intervention du Secrétaire d’Etat Adrien Taquet. Ce dernier thème invite à la réflexion autour de plusieurs questions éthiques. Parmi celles-ci figurent l’adoption et les discriminations subies par les couples homoparentaux, l’avenir de l’anonymat du don de gamètes ainsi que l’accouchement sous X. 


Retrouvez l’intégralité de la série sur la page de l’émission Matières à penser de France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/series/la-modernisation-du-systeme-de-sante

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Pour un musée de l’histoire coloniale

A la veille du soixantième anniversaire des décolonisations en Afrique subsaharienne et à Madagascar, l’historien Pascal Blanchard signe une tribune en faveur de la création d’un musée de l’histoire coloniale – un acte s’inscrivant dans un véritable et nécessaire travail de mémoire de la colonisation. Retrouvez ici l’intégralité du texte : https://www.liberation.fr/debats/2019/05/29/un-musee-sur-l-histoire-coloniale-il-est-temps_1730468


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PMA : appel pour un plan fertilité

Tribune publiée dans Libération le 24 septembre 2018 par:
René Frydman, gynécologue, membre des Gracques,
Alain Houpert, sénateur de la Côte-d’Or, médecin radiologue,
Christian Hervé, président de l’Académie d’éthique, médecine et politiques publiques

Alors que les annonces successives de l’ordre des médecins puis des évêques de France promettent une nouvelle bataille pour les évolutions des lois de bioéthique sur la procréation médicalement assistée (PMA), il nous apparaît urgent de nous poser les bonnes questions. Depuis quarante ans, la PMA est un combat permanent entre les progrès scientifiques et les limites éthiques acceptables. Ces dernières doivent être uniquement basées sur la non-commercialisation du corps humain, la non-utilisation de l’autre à son profit et sur le caractère moralement délétère ou non pour les acteurs de telles ou telles pratiques médicales. Or, actuellement, les éventuelles évolutions de la loi sont parasitées par des détracteurs qui font bifurquer le débat de la PMA vers celui de la gestation pour autrui (GPA), à laquelle nous nous opposons sans réserve pour les raisons citées plus haut.

Notre combat est tout autre : il est celui de la lutte contre l’infertilité. Les arguments des opposants à la PMA se sont déjà fait entendre il y a plus de quarante ans, lors de la naissance d’Amandine, le premier «bébé-éprouvette» né en France. Or, depuis ce temps, il n’y a eu aucune dérive dans le domaine de la reproduction humaine puisque cette discipline est encadrée sur le plan légal, technique et éthique. Non, aucun abus, mais des désirs d’enfants venus s’incarner auprès de parents aimants. Notre objectif est clair : lutter contre l’infertilité afin d’offrir aux patientes de meilleurs résultats cliniques. Nous voyons plusieurs actions à mener dans ce combat qui pourrait s’incarner au niveau national dans un «plan fertilité» que nous appelons de nos voeux. Les nouveaux visages de la société imposent une réflexion urgente afin que la PMA soit en adéquation avec notre temps. Des décisions doivent être prises dès maintenant.

C’est aujourd’hui qu’il faut donner des moyens à une information rigoureuse et accessible sur les causes de l’infertilité due à l’environnement : tabac, polluants, comportements alimentaires… C’est aujourd’hui qu’il faut médiatiser des campagnes d’information sur l’infertilité liée à l’âge féminin, avec une information systématique par la Sécurité sociale passé 30 ans… C’est aujourd’hui qu’il faut donner les moyens à la recherche sur la reproduction, alléger les procédures administratives et favoriser ce champ d’investigation en empêchant le blocage systématique par des lobbys idéologiques… C’est aujourd’hui qu’il faut élargir le recours à l’analyse génétique de l’embryon dans toute situation problématique (âge, fausse couche, absence d’implantation). Envisagé comme un allié des couples et des équipes médicales, cet examen permettrait une meilleure compréhension d’une donnée qui demeure encore mystérieuse : pourquoi 60 % des embryons ne deviendront jamais des nouveau-nés ?

C’est aujourd’hui qu’il faut autoriser l’autoconservation des ovocytes. Aucun argument de fond ne s’oppose à ce principe de conservation des gamètes, par ailleurs réalisable chez l’homme mais uniquement dans un processus de «double peine» pour la femme : celle-ci ne peut y prétendre que si elle a un cancer ou une autre maladie altérant sa fertilité, ou si elle accepte un don d’ovocytes. Dans tous les autres cas, elle est interdite. Ne faut-il pas plutôt envisager l’autoconservation des ovocytes comme un libre choix des femmes de repousser la date d’une maternité tout en conservant le meilleur de leur potentiel de reproduction ? Les modalités peuvent être discutées, le principe non. De plus, c’est faire abstraction d’une réalité : moyennant quelques milliers d’euros, des Françaises passent déjà la frontière et font conserver leurs ovocytes en Espagne ou en Angleterre… Cette clandestinité – tout comme les arguments des opposants à la PMA – rappelle les heures douloureuses d’avant la légalisation de l’IVG, et ressemble avant tout à une atteinte aux droits des femmes à disposer de leurs corps et d’être maîtresses de leurs choix de vie.

C’est aujourd’hui qu’il faut promouvoir le don de gamètes en France en élargissant le nombre de centres publics (trop peu nombreux) et privés (actuellement exclus de cette procédure, bien que non commerciale) qui souhaitent s’impliquer dans ce programme et en autorisant une large information sur le don, actuellement réduite à une unique campagne annuelle. Il faut mettre un terme à un «tourisme du bébé» lucratif à l’étranger pour le don de gamètes que la Sécurité sociale française rembourse en partie, alors que cette procédure est interdite sur ce mode en France. Juge-t-on la médecine française incapable de suivre les patientes dans le cadre habituel de tout acte médical ?

C’est surtout aujourd’hui qu’il faut s’attaquer au problème de l’anonymat du don, a fortiori, si le gouvernement propose une ouverture de la PMA aux femmes seules, procédure qui doit être médicalement et psychologiquement accompagnée comme le font certains collègues à l’étranger. Arrêtons les hypocrisies et les faux-semblants de la parentalité dans le cadre du don anonyme imposé. Ceci a fait son temps, la revendication du droit aux origines et le modèle anglo-saxon doit nous faire étudier la levée de l’anonymat dans un système où la volonté du père, de la mère, de l’enfant et donneur·euse serait respectée.

Ce que nous voulons, c’est un débat serein, des lois cohérentes et un dispositif efficace pour offrir aux femmes les meilleures chances de concevoir. Traiter l’infertilité est un devoir médical, satisfaire les désirs tant qu’ils n’empiètent pas sur les libertés individuelles est un axe démocratique. Est-ce à dire qu’il y a un «droit à l’enfant»? Non! C’est pourquoi nous proposons – sauf cas particuliers – une participation financière progressive de chacun à la réalisation d’une PMA, afin de constituer un fonds public de recherche dédié à cet objectif dans le cadre d’un plan national de lutte contre l’infertilité. Le problème majeur est d’améliorer les résultats dans notre pays et de faire une offre de soins la plus performante possible. Sinon, à quoi servirait une répétition ou une extension sociétale en faveur d’une procédure qui reste en deçà des espoirs de réussite? Se donner les meilleures chances dans le domaine de la reproduction humaine n’est pas jouer aux apprentis sorciers ni défier la nature, mais voir s’épanouir des enfants fruits d’un réel désir de donner la vie.

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La création d’entreprises innovantes, c’est aussi et surtout en France ! Pour un soutien aux pépinières d’entreprises

Zones d’Innovation et de Croissance

La France est dotée d’un écosystème de 440 pépinières et incubateurs d’entreprises, qui hébergent 8500 startups créé environ 40.000 emplois par an !

Cet écosystème existe depuis 40 ans, il est essentiellement soutenu par des organismes publics (Chambres de commerce, Régions, Communautés de communes). Cependant les pépinières et incubateurs n’ont aucune reconnaissance particulière de la part de l’Etat sur le plan social, économique et fiscal.

Ces lieux sont considérés comme de simples « loueurs de bureaux ».

Cette situation est tout à fait scandaleuse au vue des missions d’animation et d’accompagnement qui incombent aux pépinières et aux incubateurs. Missions qui nécessitent des charges d’équipement et de personnels qui n’ont rien à voir avec la simple gestion locative d’un bureau.

Il convient donc de leur accorder un statut, et par là-même, une reconnaissance leur permettant d’assurer leur mission et de se développer.

C’est le sens de la proposition de créer les Zones d’Innovation et de Croissance qui serait la nouvelle définition administrative pour les pépinières et incubateurs.

Ces ZIC s’inspirent des zones franches, dont les missions sont assez similaires en particulier en matière de croissance et de création d’emplois.

Nous proposons une série de mesures cohérentes, justifiées, simples à appliquer et à contrôler.

Exonération totale pour les pépinières et incubateurs de la taxe foncière et de la taxe sur les bureaux et en conséquence une diminution du coût des loyers pour les startups hébergées.

Exonération de l’impôt sur les bénéfices des sociétés pendant 5 ans pour la structure qui hébergent et pour les startups hébergées.

Exonération des charges sociales patronales pour la part des salaires inférieurs à 1,5 fois le smic, que ces emplois soient dans les startups ou dans les pépinières et incubateurs.

Le législateur pourrait accepter de faire bénéficier ces pépinières et incubateurs de l’avantage fiscal accordé aux dons (Déduction d’impôt à concurrence de 66% des sommes versées). Cela permettrait à des entreprises ou à des particuliers de venir contribuer au financement « d’opérations spéciales » hors fonctionnement courant.

En allégeant les charges des pépinières et incubateurs et en conséquence celles de leurs startups on rend le lieu plus autonome et moins dépendant des collectivités locales et on en facilite le développement et augmente son attractivité.

On diminue aussi le taux d’échec des startups qui est moins important pour une startup accompagnée dans une pépinière ou un incubateur.

Par ailleurs, il est indispensable et logique que le privé se mette à créer des pépinières et incubateurs. Peu d’exemples existent aujourd’hui (Pépinière 27, Village du Crédit Agricole, Station F…).

La rentabilité de l’investissement immobilier, préalable à la création d’une pépinière d’entreprises, ne pouvant dans ce cas dépasser 1% par rapport à des minima de 4% escomptés, nous proposons la création d’un avoir fiscal annuel de 3% de l’investissement immobilier sous la forme d’une déduction sur les autres revenus fonciers.

En contribuant au développement des startups implantées sur tout le territoire on démontre que l’innovation est partout et qu’elle irrigue le pays dans tous les domaines économiques.

En créant un « statut » pour les pépinières et incubateurs et les startups qu’elles hébergent on conforte le succès de cet écosystème, on sanctionne sa place économique et sociale dans le développement du pays, on assure son développement public et privé. On envoie un message politique fort en matière d’innovation, de croissance et d’emploi.

On montre enfin que la création d’entreprises innovantes c’est aussi et surtout en France et pas seulement dans la Silicon Valley, à New York, Londres ou Tel Aviv…

C’est ici et maintenant que ça se passe. C’est maintenant qu’il faut le reconnaitre et le faire savoir.

René Silvestre

Président du Réseau National des Pépinières d’Entreprises

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«Nous voulons créer le premier parti paneuropéen»

Article original publié dans Libération >> «Nous voulons créer le premier parti paneuropéen»

Petit regroupement citoyen qui développe des branches dans plusieurs pays de l’UE, le mouvement Volt se lance le 17 février en France.

Volt. Etonnant nom pour un parti politique. «Nous voulons redynamiser l’Europe c’est pour cela que nous avons choisi comme nom l’unité de la tension électrique, explique Andrea Venzon, 26 ans, fondateur et président de ce jeune mouvement citoyen très peu connu en France. C’est aussi un mot qui est le même dans plusieurs langues de l’UE.» Lancé en mars 2017, alors que l’article 50 du traité de Lisbonne est invoqué par la première ministre britannique Theresa May pour enclencher la sortie du Royaume-Uni de l’UE, le mouvement a de grandes ambitions.

«Nous voulons devenir le premier parti politique paneuropéen, détaille Andrea Venzon. Avoir des représentants aux échelles locale comme nationale dans plusieurs pays de l’Union.» Volt, qui n’est pas encore officiellement un parti, regroupe pour l’instant à peine 1 400 soutiens dans l’UE, avec des groupes actifs en Italie, Allemagne, Roumanie, Espagne, Pologne, Grèce. Il se lance samedi en France.

Des idéaux «progressistes»

Les militants ont commencé l’entraînement des candidats choisis pour les élections européennes de 2019, bien que les différentes stratégies nationales ne sont pas encore finalisées. «Nous ne fermons pas la porte aux politiques professionnels pour intégrer nos listes, mais nous regroupons, pour l’instant, surtout des candidats citoyens», ajoute Andrea Venzon.

Volt puise surtout dans le vivier de jeunes pro-Européens qui désirent s’opposer aux attaques europhobes de certains partis populistes et de gouvernements, dont la voix se fait de plus en plus forte. Environ 70% des membres du mouvement n’auraient jamais fait partie d’un parti politique auparavant.

«Nous ne sommes ni de droite ni de gauche», décrit le fondateur du mouvement qui se définit comme «progressiste». Un manifeste publié sur leur site décrit leur ligne politique sur trois axes: «maximiser la prospérité […] d’une manière durable», «éliminer les préjugés et les inégalités», qui ont donné la place aux mouvements d’extrême droite, pour faire avancer leurs idées, décrit le texte, et renforcer «l’intégration européenne […] dans un futur proche». 

«Nous voulons réussir à former le premier groupe indépendant au Parlement européen. Nous espérons obtenir des membres élus dans 7 pays, poursuit l’ancien consultant en stratégie, qui rêve d’une organisation fédérale de l’Europe proche du modèle américain. Mais c’est difficile.» Volt, pour l’instant composé de bénévoles, peine à se faire connaître au milieu des partis traditionnels nationaux. 2018 va être une année cruciale alors qu’ils préparent le lancement officiel de leur campagne électorale à l’automne prochain.

Cependant, le 7 février, le Parlement européen a voté, à une large majorité, contre la création de listes transnationales pour les élections européennes, une proposition chère à Emmanuel Macron. Les membres de Volt n’ont, malgré cela, pas l’intention d’abandonner leur projet. «Nous allons présenter des candidatures dans les différents pays où nous sommes présents via des partis nationaux, comme Volt France ou Volt Italie, qui seront coordonnés par l’organisation-cadre Volt Europa», déclare Andrea Venzon. Pour l’instant, le jeune mouvement reste largement inconnu en France. Les équipes de Volt comptent sur l’événement organisé dans le XIIe arrondissement parisien, samedi, pour commencer à se faire connaître dans l’Hexagone.

Leur utopie d’un parti représenté dans tous les pays de l’UE n’est pas nouvelle. Yánis Varoufákis, l’ex-ministre de l’Economie grec, a lancé son propre mouvement européen en février 2016: DiEM25. Avec ses 65 000 membres revendiqués, il lorgne aussi les élections européennes de 2019 pour s’inscrire dans le paysage politique de l’UE.

Article publié dans Libération par Aude Massiot

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Volt : le mouvement de jeunes qui veut électriser l’Europe

Article publié le 9 avril 2018 sur Café Babel

C’est le mouvement pro-européen le plus jeune du continent. Une année seulement après sa création, il compte déjà plus de 3 000 adhérents, avec une moyenne d’âge de 30 ans. L’ambition : se porter candidat aux élections du Parlement européen de 2019. Et gagner. Alors, Volt va-t-il électriser l’UE ? C’est ce qu’on est allé voir à Milan, avec un des ses fondateurs, Andrea Venzon.

« Chaque fois qu’il y a un grand défi à relever, l’Europe se divise et se prend une déculottée. » Andrea Venzon, le co-fondateur du mouvement politique progressiste européen Volt (anciennement Vox Europe) ne mâche pas ses mots pour décrire l’impasse qui caractérise la politique du Vieux Continent depuis des années. « Cela a été le cas pour la crise des réfugiés et il en sera de même pour les prochains défis qui attendent l’Union européenne dans un avenir proche. C’est comme si, pour rester unis, nous avions toujours besoin d’un « ennemi » commun. Lorsqu’il n’y en a pas ou qu’il est difficile à identifier, ce sont l’égoïsme et les intérêts nationaux qui l’emportent ». C’est donc avec Volt qu’un groupe de jeunes passionnés a pour objectif de donner une véritable décharge à l’Europe.

L’électrochoc du Brexit

Assis à la table d’un bistrot par une belle journée printanière, Andrea Venzon nous raconte cordialement et sans faux-semblant comment un mouvement politique à l’ambition continentale voit le jour et s’organise aujourd’hui. Autour des tables voisines, nous voyons défiler des hommes d’affaires, des touristes et des employés  de l’avenue Corso di Porta Nuova à Milan. S’ils se déplacent tous avec la même hâte, ils s’arrêtent néanmoins le temps d’un instant. Sans se retourner, ils suspendent soudainement la conversation avec leurs voisins de table pour tenter de saisir le raisonnement du jeune leader, qui est en train de donner une interview. Le prélude à une répétition générale d’un futur meeting en direct sur Facebook ?

À 26 ans, l’Italien Andrea Venzon a décidé de s’engager en politique alors qu’il menait déjà une carrière dans le privé. Une décision loin d’être banale à une époque où les jeunes souhaitent au contraire s’éloigner de la politique. Au lendemain du référendum sur le Brexit, Andrea Venzon caresse alors le rêve de fonder un mouvement politique paneuropéen, en réaction à la passivité des élites politiques face au résultat de la consultation britannique. Comme souvent, c’est à l’issue de discussions et débats avec des amis et des collègues que Volt a vu le jour. En plus de notre homme, l’équipe fondatrice se compose d’une Française, Colombe Cahen-Salvador, et d’un Allemand, Damian Boeselager. Volt a été officiellement fondé le 29 mars 2017, date qui coïncide à l’envoi formel de la lettre de notification de l’article 50 du traité de Lisbonne par la première ministre Theresa May. Le courrier qui a marqué le point de non-retour de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. « Nous voulons redonner une âme à l’Europe, souligne Andrea Venzon. En commençant par l’attribution du plein pouvoir législatif au Parlement européen pour aller au-delà du chantage continu des gouvernements nationaux ».

Le fondateur milanais parle avec beaucoup de calme, sans prendre de grands airs : « Après tout, nous sommes au début du projet ». Le jeune homme est habillé pour le job, vêtu d’un pantalon et d’un pull à encolure ras-de-cou, mais avec cette absence de formalité plus typique des startups que des cabinets ministériels. Il veut rester un jeune parmi les jeunes. Un an après sa création, Volt (dont le « Manifeste » peut être consulté sur le site Internet) compte déjà 3000 adhérents. Essentiellement des jeunes européens bénévoles ou de simples sympathisants organisés en 55 équipes (européennes, nationales et locales) elles-mêmes située dans 25 pays. Ce résultat, Volt le doit à un grand travail d’organisation mais aussi à certaines règles établies en échange d’une plus grande autonomie au niveau local. En effet, l’« autorisation » du fondateur ou des dirigeants n’est pas nécessaire pour l’organisation d’événements ou de meetings dans sa propre ville. En revanche, chaque discussion interne sur des sujets et thématiques d’intérêt collectif ne doit pas durer plus de 48 heures avant qu’une décision ne soit prise via un vote en ligne, ou bien reportée à un meilleur moment pour le débat.

Entre La République En Marche! et Podemos

La formule du mouvement permet une efficacité optimale, en échange de la possibilité d’expérimenter de nouveaux formats d’implication. Habitués au travail à distance, les bénévoles et adhérents de Volt sont prêts à faire émerger de nouvelles propositions depuis la base via l’utilisation de plateformes numériques. Ils ont notamment eu recours à la plate-forme Slack, et utilisent à présent le site Workplace de Facebook. Cette plateforme est née à l’intérieur du réseau social pour faciliter l’échange d’informations et le travail de manière collaborative au sein des entreprises et des organisations. Bien qu’ils se trouvent dans des pays et à des fuseaux horaires différents, la discussion et le débat entre les membres sont facilités (Volt, aujourd’hui enregistrée sous le statut d’ONG, peut utiliser la version Premium du site Workplace et conserver ainsi la pleine propriété des données). Andrea Venzon, quant à lui, peut être défini comme un leader « aimable », intellectuel, mais également capable de s’exprimer avec des termes et concepts simples, compréhensibles par tous. Par sa fonction, il cherche à réunir des idées aussi différentes au niveau culturel qui peuvent représenter le plus de personnes possibles.

La voie politique que Volt est en train d’emprunter est loin d’être nouvelle. En Italie, on compare déjà son approche décentralisée à celle du Mouvement 5 étoiles, de Podemos ou aux expériences antérieures de démocratie directe comme celle du Parti Pirate. Pour ce qui est de son désir de moderniser la politique, son esprit européen, et pour son approche libérale de l’économie, on peut aussi facilement renvoyer Volt à En Marche!, la formation qui a porté Emmanuel Macron à la présidence. À la différence que Volt mise tout sur des idées provenant de plusieurs pays, et se caractérise par une position bien précise dans le monde partagé des « progressistes » européens. « Un terme qui n’est pas à la mode en ce moment, ajoute Andrea Venzon avec une pointe d’ironie. Mais qui est le seul dont le sens doit être gardé intact de Lisbonne à Varsovie ».

Dans la vidéo de présentation de la campagne de financement participatif, on voit surtout figurer des européens blancs et bien habillés. Lorsque nous parlons avec Andrea Venzon de l’engagement des minorités à l’intérieur du mouvement, il explique qu’« il y a encore beaucoup à faire pour réussir à les faire participer. Cette distinction dans la vidéo n’est absolument pas voulue. C’est tout simplement qu’à cette première étape, nous n’avons pas encore réussi à impliquer de manière significative les deuxièmes générations de migrants ou les ethnies minoritaires dans les pays européens, par exemple, mais c’est dans la liste des priorités ! ».

« Les jeunes peuvent puiser ce qu’il y a de mieux dans chacun des pays européens »

À court terme, Volt a pour objectif de se porter candidat aux prochaines élections du Parlement européen et de faire élire pas moins de 25 députés dans 7 pays membres. Le mouvement entend également participer aux élections nationales et locales dans le futur. « Nous ne voulons pas être un mouvement d’élites, déconnecté du terrain », déclare Andrea Venzon. Le jeune fondateur renvoie à l’histoire récente et affirme qu’il a appris des erreurs de ceux qui, comme le Parti pirate européen en 2014, avaient déjà essayé de poser directement leur candidature à Bruxelles sans s’être solidement implanté au préalable au niveau local.

Au delà du clivage droite gauche, Volt jure qu’il porte des valeurs fondamentales qui se démarquent des dérives populistes et souverainistes. Entre toutes : l’attention à l’égard des minorités et des classes les plus faibles, un renforcement du bien-être d’une façon moderne, la répartition des richesses des zones plus riches aux zones plus pauvres du continent… Le tout au bénéfice de la modernisationdu numérique et de la productivité. « Nous nous distinguons de la droite parce que nous sommes tolérants envers la diversité des personnes, et de la gauche car nous voulons rendre l’État plus efficace et soutenir l’innovation et la croissance économique », explique le fondateur.

Les premiers mois de Volt ont été marqués par un travail de recherche sur les différents aspects de la société actuelle. De la technologie à l’environnement, de la politique à la culture, l’objectif était d’identifier les solutions possibles aux problèmes récurrents et transversaux à la société européenne dans son ensemble. Solutions qu’il est possible d’appliquer au niveau local comme au niveau national. Andrea Venzon y a mis la passion et un soupçon d’inconscience, sans vouloir s’en attirer tout le mérite. « J’ai mis mon travail au service de l’équipe », dit-il. Un travail qui pourrait porter ses premiers fruits si Volt parvenait à récolter suffisamment de voix pour faire avancer la politique européenne vers une plus grande intégration et une plus forte solidarité entre les États membres de l’UE.

« Notre progressisme se base sur le pouvoir transférer les bonnes pratiques d’un pays à l’autre, en adaptant au contexte local ce qui a déjà fait ses preuves ailleurs » ajoute Andrea Venzon, alors que la pause déjeuner se termine et que les voisins de table qui ont discrètement suivi notre conversation commencent à se lever. « Nous pourrions par exemple reproduire le smart state de l’Estonie dans les autres pays européens, en accompagnant la numérisation des secteurs internes de l’économie et de l’administration publique d’un ambitieux programme de formations au numérique pour les jeunes, les personnes âgées, les classes sociales les plus défavorisées ». La transmission des compétences et des bonnes pratiques suffira-t-elle à donner un coup de boost à l’Europe ? Pour savoir, restez branchés.

Article original publié ici >> http://www.cafebabel.fr/politique/article/volt-le-mouvement-de-jeunes-qui-veut-electriser-leurope.html

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Germany’s centre left under pressure

 Germany’s centre left under pressure

 BY FEDOR RUHOSE & DOMINIC SCHWICKERT  / 21 MARCH 2018

With another grand coalition agreed, what are the options for SPD renewal?

Germany has a new government, at last. After a turbulent process, the centre-right CDU/CSU and the centre-left SPD have agreed to form yet another ‘GroKo’ (grand coalition), something that was only possible following the SPD’s U-turn on an initial promise made on the eve of the election to act as the largest opposition party. A fortnight ago, party members gave the deal a green light in a ballot.

After the collapse of the SPD vote in September’s general election, members have initiated a controversial debate on how to renew the party. Other German centre-left parties – like the Greens – have made a fresh start after the general election: with a new party leader in Robert Habeck, they will be able to start a renewal process with a new political agenda. There is much potential for the two parties to work together and discuss future common initiatives, but the SPD is currently in a difficult situation and without a strong social democratic party, there is no possibility for a renewed centre-left coalition.

In polls immediately preceding the membership ballot it was clear the SPD faces a serious dilemma: the majority of Germans think the party has the right political solutions for our times but, at the same time, most believe the SPD is not fit for government. This lack of confidence in social democratic politics is part of a persistent trend in Germany over recent decades. Across the board, the European centre left is losing elections to parties of the right and the far left, with no one presenting a good example of how to escape this electoral trap. A serious rethink will be necessary to give the SPD the reboot it needs.

Crucially, significant EU reform will be needed to stem the rising tide of populist politics in Germany. The SPD has made this a priority in the coalition negotiations, with EU reform featuring prominently in the coalition treaty as a strong signal to Germany’s closest ally – France – and its energetic, ambitious president. Defending social democratic values across the continent and social issues playing a key role in future European reforms seem more likely with the SPD holding critical portfolios in the government. In the finance ministry, Olaf Scholz will not only be responsible for allocating national resources, but will also act as a strong voice in Brussels in negotiating a post-Brexit budget and encouraging eurozone reforms. Equally important will be Heiko Maas, who has a delicate task as the new foreign secretary. He must close the rift between northern and southern members of the eurozone, following Wolfgang Schäuble’s accusations that the latter were spending too much (of mostly German taxpayers’) money. There must be an end to this finger-pointing. As Bruno Le Maire recently put it, ‘everyone has made or is making efforts, so let’s move on’. A stronger, more unified Europe can be part of the answer to the populist challenge in Germany, but whether EU reforms actually materialise will largely depend on Merkel’s successor as CDU general secretary, Annegret Kramp-Karrenbauer. If she gives in to the pressures of the hard right within the CDU/CSU in an attempt to fend off the populist AfD, EU reform may remain a social democratic dream.

In addition to the European challenge, to make an electoral comeback, German social democrats must overcome five key challenges.

First, they must regain the confidence of voters and party members, who have expressed their discontent with the SPD over recent months. They turned their back on a party whose political message was vague and unclear. This can partly be traced back to the legacy of the SPD-Green government at the turn of the millennium, when Gerhard Schröder undertook a series of labour market and social reforms that failed to resonate with the party’s traditional voters. If the SPD is to have a solid comeback, the party must address the internal traumas of the past. It will need to clear the decks and develop a more confident, forward-looking vision for a better and fairer society. This will need to include a solid plan to lessen wealth inequality and improve social mobility, two areas where social democrats have lacked profile recently.

Second, the party must continue to renew its personnel and promote diversity. In a democracy dominated by the media, party renewal is largely judged by the personalities dominating the political stage. Fresh faces will be crucial to improve the party’s image and halt the electoral downward trajectory. The new SPD cabinet members are younger and half are women, but the group still lacks diversity. No minister comes from a migrant background and only one is from the former East Germany. The party has a unique opportunity to empower over 24,000 mostly young members who joined in 2018 – but it needs the right organisational structure to do so, with new forms of participation. One idea advocated by the reform group SPD++ is to implement a youth quota, guaranteeing a bigger say for young people on the party’s boards and committees.

Third, the SPD must develop new policy ideas, with a clear sense of direction. Over recent years, the party has lost profile and, with it, many votes. Most Germans do not know what it stands for anymore. Both the SPD and CDU/CSU face similar challenges as the catch-all parties of the centre. They must find an answer to the nationalist populist of the AfD and their main task is to develop answers for people’s everyday worries. Now is the time for big ideas for regulating digital capitalism, how best to cope with structural change and the negative effects of globalisation, a response to tackle the pressures of an ageing population, and a positive migration agenda.

Fourth, the party must strengthen its campaign machine. In eastern and southern Germany, the SPD has major structural problems with areas totally lacking in party organisation. Meanwhile, with a loss of trust in SPD politics, the party finds it hard to recruit campaign volunteers across the country. A key part of renewal must involve establishing new structures in these ‘lost regions’. The SPD will need to reconnect with traditional partners like trade unions and established civil society groups, working with these organisations to develop common positions and make it clear co-operation will result in a win-win situation.

Finally, the party must establish new forms of communication – merely re-establishing old ties cannot be the whole answer. Social democrats need to establish dialogues with the new players in civil society and – even more importantly – with ‘normal’ people. Due to a loss of campaigning power, the SPD has lost contact with many social groups. Establishing new party offices in the former heartland regions will have to be part of a strategy to reconnect.

By the end of April, it is likely Andrea Nahles will take over as party leader. She will be the first female leader in the SPD’s history, sharing the office with Olaf Scholz, who is to become finance minister. Together they have access to a strong network and the ability to build a robust alliance. Their main task is to do a solid job in government and address these five key challenges facing the party. The SPD has the chance regain power by emphasising the ‘bread-and-butter’ issues of citizens’ daily lives, reaching out to former social democratic voters as well as new interest groups, and establishing new participatory structures within the party.

 Germany’s centre left under pressure

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Marché numérique unique : et après ?

Analyse de Gilles Babinet, publiée sur le site de l’Institut MontaigneMarché numérique unique : et après ?

Le marché numérique européen s’est considérablement transformé ces cinq dernières années : en témoigne  la nouvelle réglementation en matière d’itinérance du 15 juin 2017, qui permet aux citoyens européens de payer l’Internet mobile au tarif national indépendamment de l’endroit où ils se trouvent dans l’Union européenne (UE). Son unification continuera en 2018. Bientôt, avec la modernisation des lois sur les droits d’auteur, ce sont les contenus en ligne qui vont être touchés : un voyageur pourra accéder à son compte Netflix au delà des frontières de son pays d’abonnement. Ces changements sont partie intégrante de la stratégie numérique de l’Europe, qui inclut par exemple l’entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données (RGPD) le 25 mai 2018. Cependant, alors que le marché numérique unique est essentiel, il ne suffit pas à lui seul  pour faire de l’UE une force incontournable en matière de nouvelles technologies.

Pourquoi un marché numérique unique ?

La création d’un marché numérique unique est indispensable. Le défi pour l’Europe est de créer un terreau fertile afin que des entreprises européennes, aujourd’hui limitées à un marché national (par exemple les 66 millions d’habitants français), puissent agrandir leur terrain de jeu et ainsi concurrencer les géants technologiques chinois et américains. Car les chiffres sont inquiétants. Si aux Etats-Unis on compte près de 106 licornes (une start-up dont la capitalisation boursière est valorisée à plus d’1 milliard d’euros), il n’y en aurait que 17 en Europe. Il s’agit là de bien plus qu’un simple combat de coqs : au vue des transformations que la technologie entraîne avec elle, sur le long terme la souveraineté  de la région est en jeu.

Aujourd’hui les géants américains dominent le marché lorsqu’il s’agit de créer et d’entraîner des systèmes algorithmiques “intelligents” à partir de données d’utilisateurs (de Google, Apple, Facebook, Uber, etc.). Alors que les décisions deviennent de plus en plus automatisées et assistées grâce à leur utilisation, la question de l’accessibilité de l’information se pose. Si un pays n’est plus en mesure d’ouvrir lui-même la “boîte noire” de ces logiciels afin de mieux comprendre ses décisions, il est dépendant de la volonté d’un fournisseur étranger, lequel accroît de ce fait son pouvoir de négociation. Ce sujet est particulièrement sensible lorsqu’il s’agit de données de sécurité nationale : si l’Etat français ne peut développer sur son territoire les technologies capables d’assurer sa sûreté dans un monde digital, doit-il recourir aux outils américains ou chinois ? Un pays peut-il être indépendant lorsqu’il s’en remet à une organisation étrangère pour miner de telles informations ?

De plus, la dépendance est également économique. Aujourd’hui, on peut raisonnablement estimer que la balance des échanges en matière de services numériques est déficitaire de plusieurs milliards d’Euros. De l’autre côté, les exportations numériques françaises ne représentent pour l’instant que des montants faibles, si ce n’est marginaux. Ce phénomène ne va pas en s’améliorant : demain, avec l’avènement de services considérés comme vitaux, tels que les smart grids (des réseaux d’énergie utilisant des calculs algorithmiques pour réguler la quantité d’énergie produite et distribuée en fonction de la consommation d’une zone géographique) ou les logiciels bancaires (permettant l’automatisation des transactions), ce déséquilibre pourrait atteindre une part significative du PIB national.

Les quatre piliers de l’innovation

Face à ces menaces, l’émergence d’entreprises européennes de taille critique, fortes, innovantes et capables d’exploiter la quantité astronomique de données produites chaque jour, est notre meilleur atout. La finalisation d’un marché numérique est le premier pas pour y parvenir. Si nous voulons résister à la compétition, il faut entrer dans la position d’acteur de la transformation à l’aide d’un corpus d’idées politiques européennes pour le numérique.

Car si le marché numérique unique (ou Digital Single Market à Bruxelles) est indispensable, à lui seul il est insuffisant pour pérenniser l’économie numérique européenne et, à long terme, assurer son rayonnement dans le monde. En s’inspirant des hubs technologiques étrangers (par exemple, d’ouest en est : la Silicon Valley, Atlanta, Boston, New York, Londres, Stockholm, Herzliya, Haïfa – en Israël -, Shenzhen ou Shanghai), on note que le développement des écosystèmes numériques repose sur quatre piliers :

  1. l’accessibilité du capital aux entreprises numériques, de l’amorçage au stade de maturité ;
  2. la qualité du capital humain et donc un système de formation (enseignement supérieur et formation professionnelle) inscrit dans une transition vers l’ère digitale ;
  3. l’émergence de clusters de taille critique (au minimum 5 000 personnes dédiées, en contact dans une zone géographique restreinte) créant des liens entre universités, grandes entreprises et start-ups ;
  4. des politiques publiques accommodantes, facilitant l’entrée de nouveaux arrivants.

Le défi est donc de créer ces conditions favorisant l’innovation et la croissance dans le milieu technologique.

L’importance des politiques publiques

En se penchant sur l’histoire récente des Etats-Unis, il est possible de retracer les directives allant dans ce sens. Par exemple, le pays était le premier à introduire le fameux principe de neutralité du net qui a récemment fait couler tant d’encre après son abrogation le 14 décembre dernier. Celui-ci a permis à un grand nombre de start-ups d’accéder à l’infrastructure numérique, touchant ainsi au quatrième pilier mentionné ci-dessus. De même, Al Gore avait mis en place dans les années 1990 une taxe fédérale sur l’e-commerce, interdisant ainsi aux Etats américains de taxer individuellement les bénéfices sur le commerce en ligne. Enfin, on remarque la mise en place de réglementations accommodantes sur le  capital risque ou de politiques publiques ambitieuses en matière de financement de technologies de ruptures à vocation  militaires (qui, entre autres, aboutiront à l’invention d’internet) par le gouvernement durant la guerre froide. Cela a fortement favorisé l’émergence du complexe militaro-académique qui a eu le triple avantage de former des talents, rendre du capital disponible et initier la création de clusters. Ces initiatives ont énormément participé à l’essor de l’économie numérique aux Etats-Unis.

De notre côté, en Europe trop d’entreprises innovantes sont aujourd’hui freinées par une régulation qui favorise les acteurs traditionnels, généralement nationaux. Or, si les entreprises innovantes ne sont pas en mesure de grandir, leurs services ou produits technologiques resteront la proie de géants tels que Facebook, qui peuvent soit les acquérir soit les copier, et ainsi transférer l’innovation vers les Etats-Unis.

Il faut donc encourager nos entreprises à l’échelle européenne, d’abord en leur offrant un marché numérique unique comme celui que nous sommes en train de créer, mais également en favorisant l’émergence d’environnements aux caractéristiques ci-dessus (capital financier accessible ; capital humain qualifié ; clusters ; politiques publiques accommodantes).

Il est difficile d’envisager une stratégie d’émergence numérique sans créer des logiques d’innovation militaires européennes. Le principe d’une grande agence d’innovation de rupture européenne, tel qu’il est actuellement envisagé avec le soutien français, ne peut à cet égard qu’être encouragé. De la qualité de sa gouvernance dépendra son succès. Sur ce point, il est faux de croire que tout se résume aux montants investis comme cela s’entend souvent : des stratégies audacieuses, sur des terrains de rupture (comme l’intelligence artificielle, les systèmes décentralisés…), peuvent aboutir à des niveaux d’efficacité très élevés.

Paradoxalement, avec l’élection d’Emmanuel Macron d’une part, le Brexit et l’élection de Donald Trump d’autre part, se crée une forme de momentum qui pourrait être favorable à l’innovation européenne. De surcroît, les nombreux conflits entre les Etats européens et les plateformes américaines sont peut-être en train de catalyser une volonté d’unification du continent sur les sujets technologiques. Dans le cas de Google et de la politique de la concurrence, seuls les 28 Etats membres sous le nom de la Commission européenne ont pu avoir assez de poids pour infliger cette facture de deux milliards d’euros. Nous pouvons nous réjouir de cet événement qui a fait apparaître le besoin d’un agenda politique européen sur le numérique. Et si pour l’instant les politiques publiques se dessinent dans l’adversité, il faut espérer que dans le futur elles procéderont d’une volonté d’endosser le rôle d’acteur de la transformation numérique.

Analyse de Gilles Babinet, publiée sur le site de l’Institut MontaigneMarché numérique unique : et après ?