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Edito J-5 – Les Gracques avec Emmanuel Macron

Alors que commence la dernière ligne droite de la campagne présidentielle, de très nombreux électeurs n’ont pas encore arrêté leur choix, ni même décidé s’ils iront voter ou non, et quatre candidats peuvent encore espérer figurer au second tour. C’est une situation sans précédent.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon expriment la colère que ressentent de nombreux Français. Des Français qui ont le sentiment d’être dans une situation sans issue et sans espoir pour eux, et pour leurs enfants. Qui se sentent menacés dans leur identité et leur mode de vie par la mondialisation, les migrants, les nouvelles puissances économiques, les mutations technologiques. Abandonnés par l’Etat. Ils savent qu’appliquer les programmes de ces candidats ne résoudrait rien. Mais ils veulent sanctionner les sortants.

Et pourtant : quoi de plus traditionnel, au fond, que les postures de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ? Promettre ce qu’on sait ne pouvoir tenir sauf à faire le malheur de ceux-là mêmes dont on cherche les voix, ouvriers, employés, retraités… La colère est mauvaise conseillère. Après, il faut vivre cinq ans avec celle ou celui qu’on a élu. La vraie rupture avec la politique traditionnelle, c’est de promettre ce que l’on peut tenir. C’est ce que fait Emmanuel Macron. Il trace une voie où l’école donne à chacun sa chance, où chacun peut reprendre le contrôle de son existence, et où des services publics modernisés protègent ceux qui ont le plus besoin de protection.

François Fillon peine à rassembler son camp : rien d’étonnant à cela. Son image personnelle est atteinte. Surtout, son programme ne peut convaincre. Libéralisme économique sans frein ni contre-pouvoir, réduction mécanique des services publics, conservatisme social d’un autre temps : le vainqueur de la primaire s’est éloigné des valeurs qui inspiraient une large part de la droite classique et modérée.

Des centristes peuvent encore hésiter : un seul programme porte pourtant les valeurs qui sont les leurs, sur le respect de chacun, sur la manière de se conduire et la morale en politique, et veut une Europe qui permette à la France de rayonner dans le monde et de donner son plein potentiel.

Le Parti socialiste s’est choisi un frondeur pour candidat. Loin de chercher à rassembler, il s’est tourné vers la gauche radicale, qui l’a éconduit. Vers qui se tourner lorsqu’on a participé de la culture de gouvernement qui a été celle du Parti socialiste d’Epinay, du parti de Lionel Jospin et Michel Rocard, si ce n’est vers Emmanuel Macron ?

Dimanche soir prochain, il sera trop tard. Pour tous ceux qui croient que la France peut faire beaucoup mieux, et être plus juste, qu’elle peut retrouver confiance en elle-même, qu’elle peut protéger et défendre les plus démunis et donner à chacun les meilleures chances de réussir, avec un programme de transformation profonde et réaliste, il est possible d’exprimer leur choix en votant pour Emmanuel Macron. C’est ce que nous ferons.

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Présidentielle 2017 : « Renverser la table, sans aveuglement »

Un collectif de 300 entrepreneurs et intellectuels appelle, dans une tribune au « Monde », à voter le 23 avril contre le choix des extrémismes ou de l’abstention.

Moins d’une semaine et les urnes rendront leur verdict. Plus que quelques jours donc pour écrire notre avenir. Pas seulement pour élire un président. Pour décider du destin de notre nation. Jamais l’avenir n’a semblé aussi incertain, et le monde entier a les yeux rivés sur la France.

Dans quelques jours, il ne sera en effet plus question de sondages, de commentaires, d’analyses sur «une campagne qui ne ressemble à aucune autre»… Il restera alors deux candidats, dont l’un sera élu quinze jours plus tard président de la République française.

Deux candidats, mais pas forcément deux options. Il faut être lucide sur notre situation collective. Les extrémistes ont le vent en poupe et l’on peut aisément comprendre pourquoi. La peur du chômage, les difficultés du quotidien, la montée des inégalités, les agressions terroristes, les tracasseries administratives, le coût de la vie, les insuffisances de l’Union européenne, tout cela fait beaucoup. Surtout quand s’y ajoute le feuilleton des manquements à la morale publique et au sens civique. On comprend dans ces conditions l’envie de renverser la table: la lassitude, le sentiment d’impuissance, la sensation du déclassement à l’heure où le projet France a tant besoin de renouveau et d’espérance.

La colère, cette mauvaise conseillère

Mais il y a plusieurs façons de renverser la table. Il y a la colère, cette mauvaise conseillère qui vise d’abord à punir ceux qui ont failli. Mais qui sera puni? Nous tous! Nous, les classes moyennes, les entrepreneurs, les professions libérales, les créateurs, les paysans, les ouvriers, les chercheurs, les étudiants, les chômeurs; nous tous, de la jeunesse de notre pays à ses retraités. Nous tous, des villes et des campagnes, des DOM-TOM comme de la métropole.

Parce que les extrêmes appuient leur discours sur des illusions, des fausses promesses et des cadeaux intenables. Parce que la réalité qui éclaterait dès le lendemain serait celle de taux d’intérêt qui exploseraient et rendraient impossible pour beaucoup de rembourser leur crédit de leur logement, de leur exploitation agricole, de leur véhicule. Parce que les investisseurs étrangers se détourneraient immédiatement de notre pays, nous mettant dans l’incapacité d’emprunter comme de payer nos fonctionnaires. Parce que tout ce que nous importons, à commencer par le litre d’essence, verrait sa facture exploser. Parce que les pensions des retraités perdraient instantanément de leur valeur. Parce que nos exportations seraient irrémédiablement freinées par des représailles contre notre soi-disant «protectionnisme intelligent». Voilà où peut conduire la colère, le repli sur soi, la négation de nous-mêmes. Une punition collective et individuelle aux effets immédiats.

Il y a aussi l’abstention. On peut entendre le rejet et la déception, mais ce choix du non-choix, cette carte blanche laissée à n’importe qui et notamment au pire, est un danger pour nous tous.

Le 24 avril au matin, il sera trop tard pour regretter

On peut aussi faire le choix de la raison. Le choix froid et lucide de renverser la table sans aveuglement. D’en finir avec ceux qui dans la classe politique se renvoient la balle depuis plusieurs décennies sans jamais tenir leurs promesses. Avec le jeu des partis, où l’on a renoncé à penser pour se constituer en castes d’élus, conservateurs par nature et dogmatiques par paresse. Avec l’immobilisme par souci de préserver les rentes, sans se soucier du blocage de l’ascenseur social, de la montée des inégalités ou du sentiment d’insécurité qui gagne la population. Oui, on peut aussi choisir de renverser la table dans un mouvement positif et optimiste qui consiste à croire en notre chance d’aller de l’avant ensemble.

Voici le choix qui se présente à nous. Céder à la colère ou au renoncement en nous abstenant de voter. Le 24avril au matin, il sera trop tard pour regretter. Le 23avril, allons voter la tête froide et le coeur en paix, pour l’idée que nous nous faisons de la France et de son avenir.

Ce manifeste est signé par un collectif de plus de 300 chefs d’entreprise, entrepreneurs, dirigeants, artisans, professions libérales et intellectuels.

Les 80 premiers signataires sont :

Lidgy Adelaïde (La Mode à la rue), Michaël Amar (Ifeelgoods), Olivia Asseo (Familin Paris), Brice Auckentahler (Tilt ideas), Nihel Bemrah (Nanny Please), Frédéric Benqué (US Invest), Etienne Bernard (Bernard Controls), Grégoire Biasini (Palomar), Pascal Blanchard (historien), Deborah Brown Plivain (Gentle Gourmet), Laurent Bruloy (groupe Looping), Nicolas Bühler (entrepreneur), Cécile Cellier (entrepreneur), Philippe Chainieux (Made.com), Catherine Chaulet (DMC Partners), François-Xavier Chupin (Sport Finance), Sophie Combes (entrepreneur), Bruno Cremel (entrepreneur), Patrick Daher (entrepreneur) Paulin Dementhon (Drivy), Slav Djoudjev (Green Mile), Guillaume-Olivier Doré (Robin’Finance), Camille Dubac (écrivain), Gaël Duval ( jechange.fr ), Michel de Fabiani (entrepreneur), Fabrice Del Taglia (Nomade Aventure), Amélie Faure (Launchmetrics), Olivier Flecklinger (entrepreneur), Stéphane Fontaine (entrepreneur), Nicolas Fourt (entrepreneur), René Frydman (médecin), Pierre Gallix (président d’association), Arnaud Gangloff (entrepreneur), Sylvain Gauthier (Easy Vista), Bernard Gilly (Gensight Biologics), Arnaud Giraudon (entrepreneur), Agathe Giros (The Editorialist), Mathias Hautefort (Vitis), Denis Jacquet (Edufactory), Benoît Jardin (Le Perche Agricole), Didier Kayat (Daher), Monique Labbé (Critère), Anne Lalou (Web School Factory), Jéremy Lamri (Monkey Tie), Hervé Le Bras (démographe), Alexandre Le Moil (Novamob), Antoine Lussignol (entrepreneur), Alexandre Nicolas Marin (entrepreneur), Bernard Michel (Gecina), Rudolf Mouradian (groupe Eloi), Guillaume Multrier (entrepreneur), Michel Ninou (entrepreneur), Agnès Pannier (entrepreneur), François Poitrine (entrepreneur), Pierre Pringuet (Association Française des Entreprises Privées), Jean-François Rial (Voyageurs du Monde), Antony Rodes (Sellneeds), Jean Rognetta (PMEFinance-EuropeEntrepreneurs), Laurent Sabatucci (EOL), Angelos Souriadakis (Ylios), René Sylvestre (entrepreneur), Philippe Tibi (Pergamon), Agnès Touraine (Act III Consultants), Pascal Vermeersch (entrepreneur), François Veron (entrepreneur), Emmanuelle Vignaud (entrepreneur), Gilles Widawski (APS groupe), Lionel Zinsou (entrepreneur)…

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Nicole Notat marque son soutien à Emmanuel Macron

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Mélenchon le Libertador

Edito de Laurent Joffrin dans Libération le 14 avril

Ce n’est plus une politique étrangère : c’est une politique exotique. Méditant un tournant stratégique pour le pays, Jean-Luc Mélenchon prévoit dans le point 62 de son programme de faire adhérer la République française à l’Alliance bolivarienne des Amériques, obscure coalition montée en 2005 par le Venezuela, Cuba et une poignée d’autres îles des Caraïbes, avec le soutien de la Russie et de l’Iran, pour faire pièce aux menées de l’impérialisme yankee. Elle tient son nom de Simon Bolivar, le «Libertador», héros de l’indépendance latino-américaine.

On ne saurait sous-estimer l’importance du projet. Notre Libertador à nous envisage de quitter ces deux organisations marginales et obsolètes que sont l’Otan et l’Union européenne, qui sont décidément peu de choses à côté de cette Alliance bolivarienne vouée à un avenir radieux. La France échappera ainsi à l’oppression américaine pour nouer des liens étroits avec ces démocraties impeccables que sont la Russie et l’Iran. Elle sortira surtout d’un tête-à-tête stérile avec l’Allemagne dominatrice pour se concentrer sur ses relations nouvelles et prometteuses avec les îles Saint-Kitts et Nevis.

Le commandante Che Mélenchon pose un regard tout aussi neuf sur les autres domaines de la politique mondiale. La crise syrienne, par exemple, n’a pas grand-chose à voir avec la révolte populaire contre la dictature féroce du clan Assad, l’acuité de l’affrontement chiite-sunnite ou encore la folie fanatique de l’Etat islamique. Elle découle principalement d’une bataille entre puissances impérialistes pour le contrôle de trois pipelines régionaux, comme on le voyait déjà dans Tintin au pays de l’or noir. Aucun de ces pipelines n’existe et ils ont peu de chances de voir le jour. Deux d’entre eux ont un tracé qui ne passe pas par la Syrie. Mais enfin, seuls les esprits faibles peuvent s’y tromper : les ruses de l’impérialisme sont infinies.

De même il faut cesser d’importuner sans cesse ce brave Poutine, si accommodant quand on ne le provoque pas en critiquant l’assassinat de journalistes, la tentative de déstabilisation de l’Ukraine ou les quelques massacres qu’il a pu commettre par inadvertance en Tchétchénie. Au contraire, dans une envolée gaullo-trotskiste, le général Mélenchon propose une conférence européenne de l’Atlantique à l’Oural, destinée à négocier des amendements de frontières sur le continent. La plupart des spécialistes de politique internationale estiment que c’est faire un cadeau somptueux à la diplomatie poutinienne et ouvrir une boîte de Pandore, rappelant que les deux guerres qui ont ravagé le continent sont nées de la volonté de l’un ou l’autre de remettre en question les frontières. Mais ce sont considérations conformistes et crypto-atlantistes…

Mélenchon a enfin soutenu continûment le pouvoir vénézuélien, composant ode sur ode à Hugo Chavez et à ses successeurs. Ces louanges ont été mises en sourdine depuis que le pays a sombré dans le chaos. Le régime chaviste, de plus en plus autoritaire, a réussi le tour de force d’instaurer, sur fond d’hyperinflation, une grave pénurie des produits de première nécessité au Venezuela, notamment des médicaments, alors qu’il est assis sur les plus grandes réserves pétrolières au monde. L’évolution du Venezuela rappelle cette vieille blague anticommuniste : le Parti communiste prend le pouvoir au Sahara ; première année, il ne se passe rien ; deuxième année : pénurie de sable. Drôle de modèle, tout de même…

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Les Gracques en marche !

J-3

Pour le long terme, cette réforme fournira également l’occasion de réfléchir à un système de retraites à points, offrant la souplesse et la transparence d’un régime par capitalisation tout en préservant un financement par répartition. En remplacement des très illisibles « trimestres » actuels, les cotisations de chacun serviraient, dans ce système à financer l’acquisition de points de retraite. La valeur point serait négociée en fonction des impératifs d’équilibre financier du régime, ce qui permettrait à chacun d’en connaître immédiatement l’impact sur ses droits. Enfin, ce système permettrait de valoriser facilement, par des points supplémentaires, des travaux utiles à la collectivité. Contrairement à ce que soutiennent ses adversaires, le régime à points constituerait donc une avancée démocratique : plus clair et plus facile à manœuvrer, il permettrait aux politiques de rendre des grands arbitrages de façon compréhensible par l’ensemble des citoyens. Et il permettrait à chacun, selon son parcours professionnel et sa situation personnelle, de déterminer le moment de prendre sa retraite, sans que le couperet des 60 ou 62 ans vienne s’abattre sur lui, quitte à travailler bien plus longtemps, comme l’amélioration de l’espérance de vie le permettra à tous ceux qui continuent à s’épanouir dans leur métier. On améliorera aussi la situation des seniors, dont le fort taux de chômage dans notre pays est corrélé directement à la barrière des 60 ans qui décourageait l’employeur d’embaucher des salariés ayant passés le cap des 55 ans. Plus tardif est l’âge moyen de la cessation d’activité, plus faible est le chômage des 55 à 65 ans : c’est une réalité qui se vérifie dans le monde entier. A long terme également, il nous faudra réfléchir au moyen d’aborder intelligemment la pénibilité du travail, c’est-à-dire d’en traiter les causes plutôt que les effets. Les pays nordiques ont très largement résolu ce problème par la mobilité des carrières : si un ouvrier ne passe que quelques années à un poste pénible et évolue vers des emplois de bureau moins durs pour une seconde partie  de vie professionnelle, la question de la cessation prématurée de son activité ne se pose pas. Il y gagne personnellement. L’entreprise y gagne en productivité et en relations sociales, grâce à une relation contractuelle enrichie avec son personnel. Et la collectivité y gagne aussi puisque la durée du travail est prolongée, la croissance alimentée, le pouvoir d’achat soutenu, et la cohésion sociale renforcée. Tout le monde est gagnant. Priver notre société d’un tel progrès en s’inclinant devant tous les conservatismes patronaux, syndicaux ou administratifs : voilà aussi ce qui ne peut plus durer ! 

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-4

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-5

La décentralisation doit prendre tout son sens en permettant d’adapter la situation de chaque lycée et, de chaque collège aux circonstances locales, et en donnant aux responsables de ces établissements les marges de manœuvre qu’ils n’ont pas aujourd’hui vis-à-vis de l’organisation des cours ou de la gestion des enseignants. Une telle orientation suppose du temps pour que l’ensemble des acteurs se l’approprient et pour qu’une communauté d’intérêts au service des élèves se mette en place, en fait et en droit, autour d’un projet d’établissement spécifique, auquel chacun aura été associé.

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-6

Refuser que les hauts revenus écrasent les classes moyennes, c’est de même nature qu’empêcher la loi du plus fort – celle de la jungle urbaine – d’envahir nos villes et nos cités. La montée de l’insécurité comme de l’incivilité, c’est la croissance des vols, des cambriolages, bref de la petite délinquance. La droite se trompe en pensant que seule la répression va régler la question. L’extrême-droite trompe chacun lorsqu’elle fait l’amalgame avec l’immigration. Il faut s’attaquer aux causes profondes du mal, en particulier les exclusions, et donc augmenter les moyens  de la prévention à l’école et dans les quartiers. Surtout, il faut faire respecter la loi sur chaque mètre carré de la République : des exactions du milieu corse aux zones de non-droit des cités : chaque fois que la police hésite, c’est la démocratie qui recule. Repenser le volet « répressif », c’est chercher plus d’efficacité. Comment ? Par une présence dissuasive, permanente et familière de la police dans les zones urbaines sensibles. Une police centralisée doit poursuivre le crime organisé, combattre la délinquance grave et assurer le maintien de l’ordre. Parallèlement à celle-ci, une « police de proximité » doit être rétablie. Elle sera composée d’agents de la police nationale assignés à des territoires réduits et, qui, par un travail mêlant prévention et répression, assureront la sécurité de nos concitoyens au quotidien. Il est anormal que ce soient aujourd’hui des brigades de CRS venant de Decazeville ou Bergerac, qui interviennent dans des banlieues sensibles en région parisienne, alors qu’elles n’ont aucune connaissance de la topographie des lieux ni des bandes en présence. Dans ces conditions, les bavures se multiplient et le dialogue ne peut s’instaurer avec des habitants qui ne sont plus habitués qu’à voir des policiers dans un rôle répressif.

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-7

‘Le poisson pourrit par la tête’, disait Mao. La société que nous voulons exige que les dirigeants respectent le peuple, mais aussi que les Français puissent respecter leurs élites. Leur exemplarité est donc la première exigence du redressement. (…) Une classe de privilégiés donne désormais le sentiment de passer à la trappe l’intérêt général pour défendre leurs positions ou/et leurs intérêts : des financiers internationaux qui n’ont rien fait – euphémisme – pour empêcher la crise de 2008, aux VIP de la société française bardés de leurs diplômes, certitudes et avantages acquis ; des  hauts fonctionnaires avec leurs emplois garantis à vie aux parlementaires ou chefs d’entreprises assis sur leurs systèmes assurantiels ou de retraites privilégiés et leurs gains en nature ; des privilèges de la Banque de France à la prodigalité de palais et de personnels dévolus aux responsables nationaux et régionaux ; sans oublier les invitations, pistons, passe-droits, coupe-files auxquels chacun, jusqu’à nos plus brillants intellectuels, est si sensible, les archaïsmes ont la vie dure. (…) Ceux qui ont failli s’en sortent toujours. Parfois avec les honneurs, toujours avec de solides indemnités financières. La caissière de supermarché qui s’est trompée dans ses comptes ou l’ouvrier mis à pied parce qu’il est arrivé en retard n’ont pas cette chance. (…) A la classe politique, nous disons que le temps est venu d’en finir avec le cumul des mandats et de renforcer les règles pour éviter les conflits d’intérêts. Aux dirigeants d’entreprise, nous disons que la pratique des parachutes dorés doit être plafonnée, que les rémunérations des dirigeants doivent être encadrées  et que les banquiers d’affaires devront être responsabilisés sur leurs biens personnels. Aux hauts fonctionnaires, nous disons que leur promotion doit s’inscrire dans une procédure plus transparente, que leur engagement durable en politique doit s’accompagner de leur démission de la fonction publique, et que les plus hauts fonctionnaires doivent renoncer au principe de l’emploi garanti à vie.

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-8

Toute l’évolution de la société moderne met en valeur la performance des femmes. Les études récentes montrent que l’échec scolaire en France est à 90% un sujet masculin. Et le phénomène est très net dans les populations d’origine immigrée, ce qui confirme ce que les sociologues savent bien : l’acculturation se fait par les femmes. (…) Il est tristement ironique de constater le médiocre taux de représentativité des femmes au sein du Parlement comme de la direction des entreprises françaises ; ou de vérifier  qu’un secteur se féminise d’autant plus vite qu’il est en perte de vitesse ou d’influence symbolique et économique. (…) Nous préconisons donc une palette de mesures. (…) Un seuil minimal de femmes dans les conseils d’administration des entreprises cotées, comme dans les pays nordiques ; un bonus/malus sur l’impôt sur les sociétés en fonction du nombre de femmes parmi les cadres dirigeants d’une entreprise… (…) Quant à la féminisation du parlement, il faut passer à la vitesse supérieure. La loi sur la parité n’a pas conduit aux avancées espérées, à aucun échelon local ni national. Les femmes ne représentant par exemple que… 12% des députés. Comme indiqué plus haut, nous proposons de quadrupler les pénalités infligées en cas de manquement à la règle de parité, et de plafonner le versement des indemnités prévues aux partis dont la représentation effective serait trop déséquilibrée entre hommes et femmes. 

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-9

De même, la gauche moderne est décentralisatrice, mais une décentralisation qui s’accompagne d’une simplification des échelons de collectivités, d’un frein aux dépenses publiques locales et d’une fiscalité cohérente des territoires. 

Manifeste pour une gauche moderne, Tribune des Gracques dans Le Monde le 14 septembre 2007

L’idéal ? Ce serait à la fois de supprimer les départements, en rattachant leurs attributions à la Région, et de réunir les communes pour l’exercice de l’essentiel de leurs missions. (…) Les compétences doivent être clarifiées pour que les citoyens sachent qui est responsable de quoi : une même compétence ne doit être exercée que par une catégorie de collectivité et une seule. Les lois Defferre de 1982 l’avaient fait de manière assez limpide pour l’éducation : aux communes l’enseignement primaire et maternel, aux départements les collèges, aux régions les lycées, à l’Etat l’enseignement supérieur. Depuis vingt ans, l’Etat a introduit de la confusion dans cette répartition en demandant aux régions de financer les universités, comme il a demandé aux régions, départements et intercommunalités de financer les lignes ferroviaires à grande vitesse. Il faut revenir à des règles simples : aux régions et aux intercommunalités tout ce qui concerne le développement économique et l’aménagement du territoire (y compris les transports, l’emploi, l’urbanisme et le logement) ; aux départements la solidarité et les infrastructures, aux communes les services de proximité.

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-10

Mieux vaut prévenir (et maigrir) que guérir. Le complément naturel du bouclier sanitaire est la prévention. On parle ici d’abord de l’intérêt des populations : […] dans des systèmes de santé où les affections de longue durée représentent l’essentiel des dépenses, la prévention peut diminuer de façon considérable les victimes du diabète comme celles du tabac et de l’alcool. Ce n’est donc pas seulement pour des raisons économiques qu’il faut faire de la prévention, notamment contre l’obésité. C’est parce que la prévention réduit  les inégalités sociales devant  la maladie, comme le montre le succès du dépistage organisé du cancer du sein. Elle doit se développer là où sont les gens, notamment au travail, pour faire face à la croissance des pathologies professionnelles et l’allongement nécessaire de la durée de vie active. La politique de prévention doit être conçue et conduite avec pertinence et sélectivité, en privilégiant les démarches à succès établies par l’évaluation de pratiques étrangères ou les expérimentations françaises. Elle doit adapter les messages et les modalités aux caractéristiques particulières des populations dont on cherche à influencer les comportements en se rappelant qu’à l’ère d’internet, des réseaux sociaux et des sites médicaux, les messages venus du sommet ne suffisent plus à emporter la conviction du grand public. Elle doit donc s’accompagner d’un professionnalisme dont la campagne pour la vaccination contre la grippe aviaire – dite H1N1 – fut le contre-exemple parfait avec au total, une désorganisation générale et un surcoût pour les finances publiques. La prévention commence dès le plus jeune âge, y compris pour lutter contre certaines maladies graves, notamment les maladies cardiovasculaires ou les cancers. Elle doit prémunir les enfants et adolescents contre les fléaux tels que les addictions  et aussi l’obésité, l’un des candidats au titre de « mal du siècle ».

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-11

Les sociaux-démocrates n’ont donc maintenant qu’une seule issue : appeler à l’alliance avec François Bayrou. Pour voter utile parce qu’une coalition avec la gauche pourrait engager un projet de modernisation négociée du pays, nous mettre sur la voie d’une économie sociale de marché modernisée. François Bayrou vient de la droite ? Peut-être… François Mitterrand aussi. Mais il a osé rompre avec ses amis. Rompons avec nos préjugés ! (…) Ni les centristes ni les socialistes ne pourront gouverner seuls ; et du reste, le pays ne veut plus d’une conception clanique du pouvoir. Le prochain gouvernement devra être non plus une cohabitation – cette union forcée des contraires – mais une coalition : une alliance voulue entre partenaires. François Mitterrand avait compris jadis que la majorité se gagnerait avec les communistes ou ne se gagnerait pas. C’est la même situation aujourd’hui entre centristes et socialistes. S’allier avec Bayrou, pour voter en faveur d’une coalition de la gauche, des écologistes et du centre, (…) pour déplacer les lignes du clivage gauche-droite, (…) pour dire non au populisme et à la démagogie. (…) S’allier à François Bayrou, enfin, pour dire oui à l’Europe et installer un gouvernement français ouvert sur le monde, au moment où l’Union du traité de Rome est en crise et où la mondialisation précipite la nécessité de notre adaptation.

« Merci, François ! », Tribune des Gracques dans Le Point le 22 mars 2007

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J-12

 Il y a la question des savoirs fondamentaux. Arrêtons la prolifération des matières et des options ; nos programmes doivent correspondre aux besoins d’acquisition de compétences fondamentales pour le plus grand nombre, et non à l’idéal que se font les enseignants du bagage pluridisciplinaire que devraient atteindre les meilleurs élèves des classes prépa. L’école est là pour permettre à une génération entière d’acquérir les compétences fondamentales de la vie en société, c’est-à-dire de  la vie tout court. Les compétences qu’il faut pour qu’un peuple ne soit pas analphabète. Et ces compétences évoluent. Il y a celles qui sont les mêmes qu’au temps de la Troisième République : lire, écrire, compter. Et puis, il y les nouvelles, qui sont devenues également essentielles : parler couramment l’anglais et savoir se servir d’un ordinateur. La maîtrise de ces savoirs fondamentaux est le seul critère de réussite d’une éducation de masse.

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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J-13

La France, par sa position centrale en Europe, la qualité de ses équipements collectifs, sa culture, sa qualité de vie, la qualité de son système de soins, est un pôle d’attraction naturel des élites qui peuvent accepter d’y être un peu plus taxées qu’ailleurs. Encore faut-il que le système fiscal, un peu plus coûteux qu’ailleurs, y soit juste, simple, lisible, et surtout prévisible. Car ce qui fait fuir les meilleurs n’est pas seulement le niveau de la fiscalité ; c’est aussi la complexité du système, qui valorise trop les montages sophistiqués et les arguties juridico-financières, et le fait qu’il soit en permanence amendé, interdisant  tout projet personnel. (…) Un bon système d’imposition des revenus et des patrimoines élevés est donc d’abord un système simple et stable, qui leur applique cette seule forme de justice que leur doit la société, qui est la neutralité fiscale. Une fiscalité neutre, c’est une fiscalité qui ne fait pas la différence entre les formes de revenus. Il n’y a pas de  bons et de mauvais riches, il n’y a que des richesses légales et illégales. Les illégales sont du ressort de la justice et non de Bercy, et  les autres doivent contribuer à proportion de leurs moyens, et de façon progressive, aux charges publiques.

Ce qui ne peut plus durer, Les Gracques, 2011 (Albin Michel)

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Jamais les enjeux n’ont été aussi grands dans une élection depuis des décennies. Le choix des Gracques est clair. Parce qu’il porte nos priorités et notre foi en l’avenir du pays, parce qu’il tient les seuls meetings où flottent côte à côte les drapeaux français et européen, parce qu’il s’est engagé à honorer le crédit de la France, Emmanuel Macron a notre soutien.

Extrait de la tribune des Gracques publiée dans Le Point du 16 mars 2017

Photo publiée dans M le magazine du Monde Le magazine du Monde le 4 mars 2017

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Politique

La politique de la faillite – Tribune publiée dans le Point

Tribune des Gracques publiée dans Le Point le 16 mars 2017

Alerte. Benoît Hamon envisage de renégocier la dette française. Un désastre annoncé, selon le collectif de réformistes de gauche.

Rembourser ou pas ? Le candidat socialiste, Benoît Hamon, à la Maison de l’Europe le 10 mars.

Dans un débat présidentiel confus où certains candidats ne savent plus quelle énormité proférer pour attirer l’attention médiatique, une déclaration très inquiétante de Benoît Hamon sur France Inter, le 27 février, est presque passée inaperçue : « Il faudra regarder ce qu’on pourra rembourser ou ne pas rembourser… Il y a une dette vis-à-vis des banquiers que nous pouvons tout à fait renégocier. » Son conseiller Thomas Piketty avait précisé : « Cela peut passer par un bras de fer avec l’Allemagne. Si celle-ci dit non à la démocratisation, ce sera de facto la fin de l’euro » (1). Hamon rejoignait ainsi le parti de la faillite avant de requalifier son propos en parlant de « moratoire », ce qui revient peu ou prou au même, puis de se prononcer pour une renégociation de l’ensemble des dettes européennes.

Assez de circonlocutions ! Ne pas rembourser une dette au terme prévu ou rembourser dans une monnaie différente, cela signifie faire défaut sur la dette française. En d’autres termes, assumer la faillite. Rien de moins. La France n’a pas fait défaut depuis plus de deux cents ans. C’est pour cela qu’elle peut s’endetter à des taux presque nuls aujourd’hui. Remettre en question deux siècles de crédit public est tout à fait autre chose que débattre de la règle des 3 % de déficit. C’est irresponsable. Aucun socialiste n’était jamais allé sur ce terrain. En reprenant le coeur des propositions économiques de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, il les banalisait. Pire, il les cautionnait.

La politique de la faillite n’a pour argument que l’énormité de sa menace. Le défaut argentin portait sur 100 milliards de dollars, le défaut grec sur 200 milliards d’euros. Le défaut français, en dépassant 2 000 milliards d’euros, menacerait l’économie mondiale. Le parti du défaut espère donc que cette menace fera payer et plier nos voisins. Pure illusion. Qui paiera alors pour subventionner les besoins courants de la France ? Personne. Et la planche à billets n’est pas une solution : il n’y a pas de baguette magique dans la vraie vie.

Marine Le Pen, elle, va plus loin et veut sortir de l’euro. En changeant la monnaie de sa dette, même si le Parlement français l’autorise, l’Etat français serait en défaut pour tous ses créanciers. Il en ira de même pour les entreprises publiques et privées qui rembourseraient en francs dévalués. Les uns et les autres seront coupés pour longtemps de tout accès aux marchés des capitaux : qui ne paie pas ses dettes ne peut plus espérer emprunter. Les riches auront transféré leurs fortune à l’étranger, en monnaies fortes, avant la fermeture des banques. L’épargne des plus modestes et des classes moyennes, elle, aura perdu de sa valeur. Les Français seront payés en francs dévalués, et leur consommation d’importations devenues plus coûteuses réduira leur pouvoir d’achat. On n’aura rien fait d’autre que dévaluer l’épargne et les revenus des Français, tout en provoquant une nouvelle crise financière.

Ensuite, il faudra bien, en l’absence de crédit, retrouver un équilibre : non pas l’équilibre budgétaire, mais celui de la balance des paiements. Même si la banque centrale crée autant de francs que le lui demande le gouvernement, il faudra que la France dans son ensemble trouve assez de devises pour payer les importations dont le prix aura augmenté, plus les remboursements de la dette extérieure restante, tout cela sur fond de fuite des capitaux et des cerveaux. Elle devra le faire au prix d’une austérité brutale. L’exemple de la Grèce, en pire.

Alors qu’une autre voie existe. La voie qui mise sur les forces de la France, pour qu’elle puisse rayonner en Europe et dans le monde plutôt que se recroqueviller sur elle-même.

Jamais les enjeux n’ont été aussi grands dans une élection depuis des décennies. Le choix des Gracques est clair. Parce qu’il porte nos priorités et notre foi en l’avenir du pays, parce qu’il tient les seuls meetings où flottent côte à côte les drapeaux français et européen, parce qu’il s’est engagé à honorer le crédit de la France, Emmanuel Macron a notre soutien.

(1) Les Echos du 27 février.

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L'œil des Gracques

L’œil des Gracques #2 – Identité et diversité avec Pascal Blanchard

#JG17

L’OEIL DES GRACQUES par les Jeunes Gracques de Sciences Po
Chaque mois, les étudiants de Sciences Po engagés chez les Gracques vous proposent une analyse de fond consacrée à un thème spécifique.
Pour ce second dossier, retour sur les thèmes d’identité et de diversité avec Pascal Blanchard.

 

l'oeil des Gracques, identité et diversité avec Pascal Blanchard

Pascal Blanchard est un historien français spécialiste du fait colonial et de l’histoire des immigrations en France, chercheur au CNRS au sein du Laboratoire Communication et Politique.
Il co-dirige le Groupe de recherche Achac (Colonisation, Immigration, Post-colonialisme).
Il a notamment réalisé plusieurs documentaires télévisés: Zoos humains (Arte, 2002) ; Paris couleurs (France 3, 2005) ; Des noirs en couleur. L’histoire des joueurs afro-antillais et néo-calédoniens en équipe de France de football (Canal +, 2008), Noirs de France (France Télévision, 2012) et a collaboré à plus d’une dizaine de films de fiction ou documentaires. Il a également co-réalisé avec Rachid Bouchareb les séries Frères d’Armes, Champions de France (France Télévisions, 2014 à 2016), et réalise actuellement avec Lucien Jean-Baptiste Artistes de France, la dernière-née de trois séries retraçant le parcours de combattants, de sportifs et d’artistes issus de la diversité.
Ses travaux se plaçant au cœur de l’actualité, Pascal Blanchard intervient régulièrement dans les débats et dans les médias, pour promouvoir un autre rapport au passé colonial et à l’immigration en France. Il vient de publier Les années 30. Et si l’histoire recommençait ?
Pascal Blanchard est également membre des Gracques et à ce titre nous avons plus particulièrement choisi de recueillir son point de vue sur la notion d’identité, prise dans toute son étendue, que celle-ci soit nationale, personnelle, individuelle ou collective, ainsi que sur la notion de « diversité ».
A la lumière de cet entretien, nous avons voulu mieux comprendre les dynamiques profondes qui concourent au retour en force des populismes et des nationalismes, en Europe et aux Etats-Unis.
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Ça nous intéresse

L’accord commercial UE-Canada et l’influence française – par Sylvie Goulard

L’accord commercial UE – Canada et l’influence française : leçon de choses

L’accord commercial UE-Canada a suscité beaucoup de passion et de commentaires mais un aspect est largement passé inaperçu à Paris : il offre une saisissante illustration de la manière dont les Français gaspillent, en ce moment, leur influence.

Alors que le Canada, et notamment la province du Québec sont chers au cœur des Français, une très large majorité de députés européens français a voté contre ce texte lors de son approbation par le Parlement européen à Strasbourg.

Parmi les orateurs les plus virulents du débat du 15 février, plusieurs voix françaises ont souligné, non sans véhémence, la nocivité de cet accord. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, en passant par Yannick Jadot, les candidats à l’élection présidentielle s’en sont donné à cœur joie.

Outre les extrêmes et les Verts, tous les députés socialistes ont voté contre l’accord bien que le gouvernement actuel de la France y soit favorable. Certains Républicains et centristes en ont fait autant, d’autres se sont abstenus. Ainsi, s’il avait fallu compter sur les députés français seulement, l’accord aurait été rejeté.

Naturellement, tous les députés opposés à cet accord ne sont pas hostiles au Canada mais encore faut-il savoir que les Canadiens, et parmi eux tout particulièrement les Québecois, y tiennent ardemment. Le Premier ministre Justin Trudeau est venu en personne à Strasbourg saluer cet accord moderne, « progressiste », fruit de sept années de travail euro-canadien.

Il a redit dans l’hémicycle, le 16 février, sa volonté de construire une relation plus étroite avec les Européens, en rappelant l’importance de défendre ensemble l’Etat de droit, une société ouverte, une économie mondiale respectueuse de l’environnement, inclusive. En « off », certains responsables canadiens n’ont pas caché leur préoccupation après l’arrivée de Donald Trump à la tête des Etats-Unis.

Le Canada, État démocratique et allié et, à travers lui le Québec, a besoin de l’Europe pour affirmer ses valeurs, diversifier ses débouchés et échapper ainsi à une trop grande dépendance envers l’Amérique de l’imprévisible Donald Trump.

Pour la France, il est vital de combler un déficit du commerce extérieur qui, en 2016 s’est encore creusé atteignant 48 milliards d’euros (quand l’Allemagne et l’Italie accumulent des excédents qui atteignent cette année respectivement 250 milliards et 50 milliards d’euros).

L’accord UE-Canada n’est pas parfait mais il est bien moins dangereux que certains cherchent à le faire croire. En tout cas, ses défauts éventuels méritent d’être mis en balance avec des enjeux stratégiques et commerciaux, ainsi qu’avec les liens anciens de la France avec ce pays.

A quoi servent les belles promesses d’amitié francophone si, dans un moment où la solidarité est testée concrètement, les Français manquent à l’appel ? Et si nous nous éloignons de partenaires tels que les Canadiens, avec qui bâtirons-nous un monde un peu moins injuste ?

Dernier détail qui n’en est pas un : dans son discours, Justin Trudeau a annoncé que dorénavant, c’est l’ambassadeur du Canada auprès de l’Allemagne fédérale, en poste à Berlin, qui sera aussi le représentant de son pays auprès de… l’Union européenne.

*

Retrouvez également une interview de Sylvie Goulard sur ce sujet, publié dans le journal Les Echos le 16 février 2017: cliquez ici.

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L'œil des Gracques

L’œil des Gracques #1 – Après le Brexit, le sursaut progressite

#JG17

L’OEIL DES GRACQUES par les Jeunes Gracques de Sciences Po
Chaque mois, les étudiants de Sciences Po engagés chez les Gracques vous proposent une analyse de fond consacrée à un thème spécifique.
Le premier dossier concerne le Brexit, ses enjeux, et surtout les réponses progressistes possibles.
Bonne lecture !

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Le Brexit : 6 mois plus tard

« Ce petit univers peuplé de générations heureuses, enchâssé comme un diamant précieux dans une mer d’argent, qui comme un rempart, l’entoure et le défend contre la jalousie des Etats moins fortunés ; ce fol béni du Ciel, ce florissant Royaume, l’Angleterre ! » déclame Jean de Gand dans l’acte II, scène 1, de Richard II (1595) de Shakespeare. Cette réplique reflète l’idée que l’Angleterre a d’elle-même, celle d’un peuple « spécial », à part du reste de l’Europe – et du reste du monde. Sa géographie et son histoire ont contribué à l’idée largement mythique que le Royaume-Uni n’avait pas besoin du continent pour survivre. Alors au fond, le Brexit est-il vraiment une surprise ?