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Les Gracques aux Rencontres Economiques d’Aix en Provence 2018

Cette année encore, les Gracques seront présents lors des Rencontres d’Aix. Nous participons aux débats des Voix de l’Economie et de nombreux Gracques seront présents pour aborder la question des ruptures technologiques et des conséquences sociales, économiques et éthiques qu’elles emportent.

Lors d’un débat unique qui aura lieu le vendredi 6 juillet après midi, les représentants de 15 think tanks parmi les plus réputés de notre pays , dont Les Gracques, accompagnés d’une dizaine d’intervenants – témoins internationaux tels Jonathan Taplin, Fabienne Arata, Barry Lynn ou Carla Aerts vont discuter de la nécessité d’un New Deal face à cette révolution inédite.

Devant un quasi changement civilisationnel, 4 questions majeures, 4 choix de société se posent à nous:

  • Jusqu’où faut il contrôler internet?
  • Doit-on interdire la recherche sur les embryons?
  • Les Fakenews auront elles la peau de la démocratie?
  • Les GAFAS/BATX sont-ils les nouveaux maîtres?

Ces 7 débats coordonnés par l’Acsel et le Cercle des économistes vont rythmer le vendredi après midi dans les locaux de Aix-Marseille université à Aix-en-Provence, en parallèle des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence. Le dernier débat portera sur les nouveaux enjeux de la science portées par les nouvelles technologies et des enjeux de régulation ou de réglementation internationale des acteurs de la donnée, en présence de Marie-Laure Sauty de Chalon et de René Frydman pour les Gracques et de Benjamin Coriat (Université Paris XIII).

Ces débats sont ouverts à toutes et tous, sur inscription : www.lesrencontreseconomiques.fr 

 

Rencontres économiques d'Aix-en-Provence
Rencontres économiques d’Aix-en-Provence
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La création d’entreprises innovantes, c’est aussi et surtout en France ! Pour un soutien aux pépinières d’entreprises

Zones d’Innovation et de Croissance

La France est dotée d’un écosystème de 440 pépinières et incubateurs d’entreprises, qui hébergent 8500 startups créé environ 40.000 emplois par an !

Cet écosystème existe depuis 40 ans, il est essentiellement soutenu par des organismes publics (Chambres de commerce, Régions, Communautés de communes). Cependant les pépinières et incubateurs n’ont aucune reconnaissance particulière de la part de l’Etat sur le plan social, économique et fiscal.

Ces lieux sont considérés comme de simples « loueurs de bureaux ».

Cette situation est tout à fait scandaleuse au vue des missions d’animation et d’accompagnement qui incombent aux pépinières et aux incubateurs. Missions qui nécessitent des charges d’équipement et de personnels qui n’ont rien à voir avec la simple gestion locative d’un bureau.

Il convient donc de leur accorder un statut, et par là-même, une reconnaissance leur permettant d’assurer leur mission et de se développer.

C’est le sens de la proposition de créer les Zones d’Innovation et de Croissance qui serait la nouvelle définition administrative pour les pépinières et incubateurs.

Ces ZIC s’inspirent des zones franches, dont les missions sont assez similaires en particulier en matière de croissance et de création d’emplois.

Nous proposons une série de mesures cohérentes, justifiées, simples à appliquer et à contrôler.

Exonération totale pour les pépinières et incubateurs de la taxe foncière et de la taxe sur les bureaux et en conséquence une diminution du coût des loyers pour les startups hébergées.

Exonération de l’impôt sur les bénéfices des sociétés pendant 5 ans pour la structure qui hébergent et pour les startups hébergées.

Exonération des charges sociales patronales pour la part des salaires inférieurs à 1,5 fois le smic, que ces emplois soient dans les startups ou dans les pépinières et incubateurs.

Le législateur pourrait accepter de faire bénéficier ces pépinières et incubateurs de l’avantage fiscal accordé aux dons (Déduction d’impôt à concurrence de 66% des sommes versées). Cela permettrait à des entreprises ou à des particuliers de venir contribuer au financement « d’opérations spéciales » hors fonctionnement courant.

En allégeant les charges des pépinières et incubateurs et en conséquence celles de leurs startups on rend le lieu plus autonome et moins dépendant des collectivités locales et on en facilite le développement et augmente son attractivité.

On diminue aussi le taux d’échec des startups qui est moins important pour une startup accompagnée dans une pépinière ou un incubateur.

Par ailleurs, il est indispensable et logique que le privé se mette à créer des pépinières et incubateurs. Peu d’exemples existent aujourd’hui (Pépinière 27, Village du Crédit Agricole, Station F…).

La rentabilité de l’investissement immobilier, préalable à la création d’une pépinière d’entreprises, ne pouvant dans ce cas dépasser 1% par rapport à des minima de 4% escomptés, nous proposons la création d’un avoir fiscal annuel de 3% de l’investissement immobilier sous la forme d’une déduction sur les autres revenus fonciers.

En contribuant au développement des startups implantées sur tout le territoire on démontre que l’innovation est partout et qu’elle irrigue le pays dans tous les domaines économiques.

En créant un « statut » pour les pépinières et incubateurs et les startups qu’elles hébergent on conforte le succès de cet écosystème, on sanctionne sa place économique et sociale dans le développement du pays, on assure son développement public et privé. On envoie un message politique fort en matière d’innovation, de croissance et d’emploi.

On montre enfin que la création d’entreprises innovantes c’est aussi et surtout en France et pas seulement dans la Silicon Valley, à New York, Londres ou Tel Aviv…

C’est ici et maintenant que ça se passe. C’est maintenant qu’il faut le reconnaitre et le faire savoir.

René Silvestre

Président du Réseau National des Pépinières d’Entreprises

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«Nous voulons créer le premier parti paneuropéen»

Article original publié dans Libération >> «Nous voulons créer le premier parti paneuropéen»

Petit regroupement citoyen qui développe des branches dans plusieurs pays de l’UE, le mouvement Volt se lance le 17 février en France.

Volt. Etonnant nom pour un parti politique. «Nous voulons redynamiser l’Europe c’est pour cela que nous avons choisi comme nom l’unité de la tension électrique, explique Andrea Venzon, 26 ans, fondateur et président de ce jeune mouvement citoyen très peu connu en France. C’est aussi un mot qui est le même dans plusieurs langues de l’UE.» Lancé en mars 2017, alors que l’article 50 du traité de Lisbonne est invoqué par la première ministre britannique Theresa May pour enclencher la sortie du Royaume-Uni de l’UE, le mouvement a de grandes ambitions.

«Nous voulons devenir le premier parti politique paneuropéen, détaille Andrea Venzon. Avoir des représentants aux échelles locale comme nationale dans plusieurs pays de l’Union.» Volt, qui n’est pas encore officiellement un parti, regroupe pour l’instant à peine 1 400 soutiens dans l’UE, avec des groupes actifs en Italie, Allemagne, Roumanie, Espagne, Pologne, Grèce. Il se lance samedi en France.

Des idéaux «progressistes»

Les militants ont commencé l’entraînement des candidats choisis pour les élections européennes de 2019, bien que les différentes stratégies nationales ne sont pas encore finalisées. «Nous ne fermons pas la porte aux politiques professionnels pour intégrer nos listes, mais nous regroupons, pour l’instant, surtout des candidats citoyens», ajoute Andrea Venzon.

Volt puise surtout dans le vivier de jeunes pro-Européens qui désirent s’opposer aux attaques europhobes de certains partis populistes et de gouvernements, dont la voix se fait de plus en plus forte. Environ 70% des membres du mouvement n’auraient jamais fait partie d’un parti politique auparavant.

«Nous ne sommes ni de droite ni de gauche», décrit le fondateur du mouvement qui se définit comme «progressiste». Un manifeste publié sur leur site décrit leur ligne politique sur trois axes: «maximiser la prospérité […] d’une manière durable», «éliminer les préjugés et les inégalités», qui ont donné la place aux mouvements d’extrême droite, pour faire avancer leurs idées, décrit le texte, et renforcer «l’intégration européenne […] dans un futur proche». 

«Nous voulons réussir à former le premier groupe indépendant au Parlement européen. Nous espérons obtenir des membres élus dans 7 pays, poursuit l’ancien consultant en stratégie, qui rêve d’une organisation fédérale de l’Europe proche du modèle américain. Mais c’est difficile.» Volt, pour l’instant composé de bénévoles, peine à se faire connaître au milieu des partis traditionnels nationaux. 2018 va être une année cruciale alors qu’ils préparent le lancement officiel de leur campagne électorale à l’automne prochain.

Cependant, le 7 février, le Parlement européen a voté, à une large majorité, contre la création de listes transnationales pour les élections européennes, une proposition chère à Emmanuel Macron. Les membres de Volt n’ont, malgré cela, pas l’intention d’abandonner leur projet. «Nous allons présenter des candidatures dans les différents pays où nous sommes présents via des partis nationaux, comme Volt France ou Volt Italie, qui seront coordonnés par l’organisation-cadre Volt Europa», déclare Andrea Venzon. Pour l’instant, le jeune mouvement reste largement inconnu en France. Les équipes de Volt comptent sur l’événement organisé dans le XIIe arrondissement parisien, samedi, pour commencer à se faire connaître dans l’Hexagone.

Leur utopie d’un parti représenté dans tous les pays de l’UE n’est pas nouvelle. Yánis Varoufákis, l’ex-ministre de l’Economie grec, a lancé son propre mouvement européen en février 2016: DiEM25. Avec ses 65 000 membres revendiqués, il lorgne aussi les élections européennes de 2019 pour s’inscrire dans le paysage politique de l’UE.

Article publié dans Libération par Aude Massiot

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Volt : le mouvement de jeunes qui veut électriser l’Europe

Article publié le 9 avril 2018 sur Café Babel

C’est le mouvement pro-européen le plus jeune du continent. Une année seulement après sa création, il compte déjà plus de 3 000 adhérents, avec une moyenne d’âge de 30 ans. L’ambition : se porter candidat aux élections du Parlement européen de 2019. Et gagner. Alors, Volt va-t-il électriser l’UE ? C’est ce qu’on est allé voir à Milan, avec un des ses fondateurs, Andrea Venzon.

« Chaque fois qu’il y a un grand défi à relever, l’Europe se divise et se prend une déculottée. » Andrea Venzon, le co-fondateur du mouvement politique progressiste européen Volt (anciennement Vox Europe) ne mâche pas ses mots pour décrire l’impasse qui caractérise la politique du Vieux Continent depuis des années. « Cela a été le cas pour la crise des réfugiés et il en sera de même pour les prochains défis qui attendent l’Union européenne dans un avenir proche. C’est comme si, pour rester unis, nous avions toujours besoin d’un « ennemi » commun. Lorsqu’il n’y en a pas ou qu’il est difficile à identifier, ce sont l’égoïsme et les intérêts nationaux qui l’emportent ». C’est donc avec Volt qu’un groupe de jeunes passionnés a pour objectif de donner une véritable décharge à l’Europe.

L’électrochoc du Brexit

Assis à la table d’un bistrot par une belle journée printanière, Andrea Venzon nous raconte cordialement et sans faux-semblant comment un mouvement politique à l’ambition continentale voit le jour et s’organise aujourd’hui. Autour des tables voisines, nous voyons défiler des hommes d’affaires, des touristes et des employés  de l’avenue Corso di Porta Nuova à Milan. S’ils se déplacent tous avec la même hâte, ils s’arrêtent néanmoins le temps d’un instant. Sans se retourner, ils suspendent soudainement la conversation avec leurs voisins de table pour tenter de saisir le raisonnement du jeune leader, qui est en train de donner une interview. Le prélude à une répétition générale d’un futur meeting en direct sur Facebook ?

À 26 ans, l’Italien Andrea Venzon a décidé de s’engager en politique alors qu’il menait déjà une carrière dans le privé. Une décision loin d’être banale à une époque où les jeunes souhaitent au contraire s’éloigner de la politique. Au lendemain du référendum sur le Brexit, Andrea Venzon caresse alors le rêve de fonder un mouvement politique paneuropéen, en réaction à la passivité des élites politiques face au résultat de la consultation britannique. Comme souvent, c’est à l’issue de discussions et débats avec des amis et des collègues que Volt a vu le jour. En plus de notre homme, l’équipe fondatrice se compose d’une Française, Colombe Cahen-Salvador, et d’un Allemand, Damian Boeselager. Volt a été officiellement fondé le 29 mars 2017, date qui coïncide à l’envoi formel de la lettre de notification de l’article 50 du traité de Lisbonne par la première ministre Theresa May. Le courrier qui a marqué le point de non-retour de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. « Nous voulons redonner une âme à l’Europe, souligne Andrea Venzon. En commençant par l’attribution du plein pouvoir législatif au Parlement européen pour aller au-delà du chantage continu des gouvernements nationaux ».

Le fondateur milanais parle avec beaucoup de calme, sans prendre de grands airs : « Après tout, nous sommes au début du projet ». Le jeune homme est habillé pour le job, vêtu d’un pantalon et d’un pull à encolure ras-de-cou, mais avec cette absence de formalité plus typique des startups que des cabinets ministériels. Il veut rester un jeune parmi les jeunes. Un an après sa création, Volt (dont le « Manifeste » peut être consulté sur le site Internet) compte déjà 3000 adhérents. Essentiellement des jeunes européens bénévoles ou de simples sympathisants organisés en 55 équipes (européennes, nationales et locales) elles-mêmes située dans 25 pays. Ce résultat, Volt le doit à un grand travail d’organisation mais aussi à certaines règles établies en échange d’une plus grande autonomie au niveau local. En effet, l’« autorisation » du fondateur ou des dirigeants n’est pas nécessaire pour l’organisation d’événements ou de meetings dans sa propre ville. En revanche, chaque discussion interne sur des sujets et thématiques d’intérêt collectif ne doit pas durer plus de 48 heures avant qu’une décision ne soit prise via un vote en ligne, ou bien reportée à un meilleur moment pour le débat.

Entre La République En Marche! et Podemos

La formule du mouvement permet une efficacité optimale, en échange de la possibilité d’expérimenter de nouveaux formats d’implication. Habitués au travail à distance, les bénévoles et adhérents de Volt sont prêts à faire émerger de nouvelles propositions depuis la base via l’utilisation de plateformes numériques. Ils ont notamment eu recours à la plate-forme Slack, et utilisent à présent le site Workplace de Facebook. Cette plateforme est née à l’intérieur du réseau social pour faciliter l’échange d’informations et le travail de manière collaborative au sein des entreprises et des organisations. Bien qu’ils se trouvent dans des pays et à des fuseaux horaires différents, la discussion et le débat entre les membres sont facilités (Volt, aujourd’hui enregistrée sous le statut d’ONG, peut utiliser la version Premium du site Workplace et conserver ainsi la pleine propriété des données). Andrea Venzon, quant à lui, peut être défini comme un leader « aimable », intellectuel, mais également capable de s’exprimer avec des termes et concepts simples, compréhensibles par tous. Par sa fonction, il cherche à réunir des idées aussi différentes au niveau culturel qui peuvent représenter le plus de personnes possibles.

La voie politique que Volt est en train d’emprunter est loin d’être nouvelle. En Italie, on compare déjà son approche décentralisée à celle du Mouvement 5 étoiles, de Podemos ou aux expériences antérieures de démocratie directe comme celle du Parti Pirate. Pour ce qui est de son désir de moderniser la politique, son esprit européen, et pour son approche libérale de l’économie, on peut aussi facilement renvoyer Volt à En Marche!, la formation qui a porté Emmanuel Macron à la présidence. À la différence que Volt mise tout sur des idées provenant de plusieurs pays, et se caractérise par une position bien précise dans le monde partagé des « progressistes » européens. « Un terme qui n’est pas à la mode en ce moment, ajoute Andrea Venzon avec une pointe d’ironie. Mais qui est le seul dont le sens doit être gardé intact de Lisbonne à Varsovie ».

Dans la vidéo de présentation de la campagne de financement participatif, on voit surtout figurer des européens blancs et bien habillés. Lorsque nous parlons avec Andrea Venzon de l’engagement des minorités à l’intérieur du mouvement, il explique qu’« il y a encore beaucoup à faire pour réussir à les faire participer. Cette distinction dans la vidéo n’est absolument pas voulue. C’est tout simplement qu’à cette première étape, nous n’avons pas encore réussi à impliquer de manière significative les deuxièmes générations de migrants ou les ethnies minoritaires dans les pays européens, par exemple, mais c’est dans la liste des priorités ! ».

« Les jeunes peuvent puiser ce qu’il y a de mieux dans chacun des pays européens »

À court terme, Volt a pour objectif de se porter candidat aux prochaines élections du Parlement européen et de faire élire pas moins de 25 députés dans 7 pays membres. Le mouvement entend également participer aux élections nationales et locales dans le futur. « Nous ne voulons pas être un mouvement d’élites, déconnecté du terrain », déclare Andrea Venzon. Le jeune fondateur renvoie à l’histoire récente et affirme qu’il a appris des erreurs de ceux qui, comme le Parti pirate européen en 2014, avaient déjà essayé de poser directement leur candidature à Bruxelles sans s’être solidement implanté au préalable au niveau local.

Au delà du clivage droite gauche, Volt jure qu’il porte des valeurs fondamentales qui se démarquent des dérives populistes et souverainistes. Entre toutes : l’attention à l’égard des minorités et des classes les plus faibles, un renforcement du bien-être d’une façon moderne, la répartition des richesses des zones plus riches aux zones plus pauvres du continent… Le tout au bénéfice de la modernisationdu numérique et de la productivité. « Nous nous distinguons de la droite parce que nous sommes tolérants envers la diversité des personnes, et de la gauche car nous voulons rendre l’État plus efficace et soutenir l’innovation et la croissance économique », explique le fondateur.

Les premiers mois de Volt ont été marqués par un travail de recherche sur les différents aspects de la société actuelle. De la technologie à l’environnement, de la politique à la culture, l’objectif était d’identifier les solutions possibles aux problèmes récurrents et transversaux à la société européenne dans son ensemble. Solutions qu’il est possible d’appliquer au niveau local comme au niveau national. Andrea Venzon y a mis la passion et un soupçon d’inconscience, sans vouloir s’en attirer tout le mérite. « J’ai mis mon travail au service de l’équipe », dit-il. Un travail qui pourrait porter ses premiers fruits si Volt parvenait à récolter suffisamment de voix pour faire avancer la politique européenne vers une plus grande intégration et une plus forte solidarité entre les États membres de l’UE.

« Notre progressisme se base sur le pouvoir transférer les bonnes pratiques d’un pays à l’autre, en adaptant au contexte local ce qui a déjà fait ses preuves ailleurs » ajoute Andrea Venzon, alors que la pause déjeuner se termine et que les voisins de table qui ont discrètement suivi notre conversation commencent à se lever. « Nous pourrions par exemple reproduire le smart state de l’Estonie dans les autres pays européens, en accompagnant la numérisation des secteurs internes de l’économie et de l’administration publique d’un ambitieux programme de formations au numérique pour les jeunes, les personnes âgées, les classes sociales les plus défavorisées ». La transmission des compétences et des bonnes pratiques suffira-t-elle à donner un coup de boost à l’Europe ? Pour savoir, restez branchés.

Article original publié ici >> http://www.cafebabel.fr/politique/article/volt-le-mouvement-de-jeunes-qui-veut-electriser-leurope.html

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Germany’s centre left under pressure

 Germany’s centre left under pressure

 BY FEDOR RUHOSE & DOMINIC SCHWICKERT  / 21 MARCH 2018

With another grand coalition agreed, what are the options for SPD renewal?

Germany has a new government, at last. After a turbulent process, the centre-right CDU/CSU and the centre-left SPD have agreed to form yet another ‘GroKo’ (grand coalition), something that was only possible following the SPD’s U-turn on an initial promise made on the eve of the election to act as the largest opposition party. A fortnight ago, party members gave the deal a green light in a ballot.

After the collapse of the SPD vote in September’s general election, members have initiated a controversial debate on how to renew the party. Other German centre-left parties – like the Greens – have made a fresh start after the general election: with a new party leader in Robert Habeck, they will be able to start a renewal process with a new political agenda. There is much potential for the two parties to work together and discuss future common initiatives, but the SPD is currently in a difficult situation and without a strong social democratic party, there is no possibility for a renewed centre-left coalition.

In polls immediately preceding the membership ballot it was clear the SPD faces a serious dilemma: the majority of Germans think the party has the right political solutions for our times but, at the same time, most believe the SPD is not fit for government. This lack of confidence in social democratic politics is part of a persistent trend in Germany over recent decades. Across the board, the European centre left is losing elections to parties of the right and the far left, with no one presenting a good example of how to escape this electoral trap. A serious rethink will be necessary to give the SPD the reboot it needs.

Crucially, significant EU reform will be needed to stem the rising tide of populist politics in Germany. The SPD has made this a priority in the coalition negotiations, with EU reform featuring prominently in the coalition treaty as a strong signal to Germany’s closest ally – France – and its energetic, ambitious president. Defending social democratic values across the continent and social issues playing a key role in future European reforms seem more likely with the SPD holding critical portfolios in the government. In the finance ministry, Olaf Scholz will not only be responsible for allocating national resources, but will also act as a strong voice in Brussels in negotiating a post-Brexit budget and encouraging eurozone reforms. Equally important will be Heiko Maas, who has a delicate task as the new foreign secretary. He must close the rift between northern and southern members of the eurozone, following Wolfgang Schäuble’s accusations that the latter were spending too much (of mostly German taxpayers’) money. There must be an end to this finger-pointing. As Bruno Le Maire recently put it, ‘everyone has made or is making efforts, so let’s move on’. A stronger, more unified Europe can be part of the answer to the populist challenge in Germany, but whether EU reforms actually materialise will largely depend on Merkel’s successor as CDU general secretary, Annegret Kramp-Karrenbauer. If she gives in to the pressures of the hard right within the CDU/CSU in an attempt to fend off the populist AfD, EU reform may remain a social democratic dream.

In addition to the European challenge, to make an electoral comeback, German social democrats must overcome five key challenges.

First, they must regain the confidence of voters and party members, who have expressed their discontent with the SPD over recent months. They turned their back on a party whose political message was vague and unclear. This can partly be traced back to the legacy of the SPD-Green government at the turn of the millennium, when Gerhard Schröder undertook a series of labour market and social reforms that failed to resonate with the party’s traditional voters. If the SPD is to have a solid comeback, the party must address the internal traumas of the past. It will need to clear the decks and develop a more confident, forward-looking vision for a better and fairer society. This will need to include a solid plan to lessen wealth inequality and improve social mobility, two areas where social democrats have lacked profile recently.

Second, the party must continue to renew its personnel and promote diversity. In a democracy dominated by the media, party renewal is largely judged by the personalities dominating the political stage. Fresh faces will be crucial to improve the party’s image and halt the electoral downward trajectory. The new SPD cabinet members are younger and half are women, but the group still lacks diversity. No minister comes from a migrant background and only one is from the former East Germany. The party has a unique opportunity to empower over 24,000 mostly young members who joined in 2018 – but it needs the right organisational structure to do so, with new forms of participation. One idea advocated by the reform group SPD++ is to implement a youth quota, guaranteeing a bigger say for young people on the party’s boards and committees.

Third, the SPD must develop new policy ideas, with a clear sense of direction. Over recent years, the party has lost profile and, with it, many votes. Most Germans do not know what it stands for anymore. Both the SPD and CDU/CSU face similar challenges as the catch-all parties of the centre. They must find an answer to the nationalist populist of the AfD and their main task is to develop answers for people’s everyday worries. Now is the time for big ideas for regulating digital capitalism, how best to cope with structural change and the negative effects of globalisation, a response to tackle the pressures of an ageing population, and a positive migration agenda.

Fourth, the party must strengthen its campaign machine. In eastern and southern Germany, the SPD has major structural problems with areas totally lacking in party organisation. Meanwhile, with a loss of trust in SPD politics, the party finds it hard to recruit campaign volunteers across the country. A key part of renewal must involve establishing new structures in these ‘lost regions’. The SPD will need to reconnect with traditional partners like trade unions and established civil society groups, working with these organisations to develop common positions and make it clear co-operation will result in a win-win situation.

Finally, the party must establish new forms of communication – merely re-establishing old ties cannot be the whole answer. Social democrats need to establish dialogues with the new players in civil society and – even more importantly – with ‘normal’ people. Due to a loss of campaigning power, the SPD has lost contact with many social groups. Establishing new party offices in the former heartland regions will have to be part of a strategy to reconnect.

By the end of April, it is likely Andrea Nahles will take over as party leader. She will be the first female leader in the SPD’s history, sharing the office with Olaf Scholz, who is to become finance minister. Together they have access to a strong network and the ability to build a robust alliance. Their main task is to do a solid job in government and address these five key challenges facing the party. The SPD has the chance regain power by emphasising the ‘bread-and-butter’ issues of citizens’ daily lives, reaching out to former social democratic voters as well as new interest groups, and establishing new participatory structures within the party.

 Germany’s centre left under pressure

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Marché numérique unique : et après ?

Analyse de Gilles Babinet, publiée sur le site de l’Institut MontaigneMarché numérique unique : et après ?

Le marché numérique européen s’est considérablement transformé ces cinq dernières années : en témoigne  la nouvelle réglementation en matière d’itinérance du 15 juin 2017, qui permet aux citoyens européens de payer l’Internet mobile au tarif national indépendamment de l’endroit où ils se trouvent dans l’Union européenne (UE). Son unification continuera en 2018. Bientôt, avec la modernisation des lois sur les droits d’auteur, ce sont les contenus en ligne qui vont être touchés : un voyageur pourra accéder à son compte Netflix au delà des frontières de son pays d’abonnement. Ces changements sont partie intégrante de la stratégie numérique de l’Europe, qui inclut par exemple l’entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données (RGPD) le 25 mai 2018. Cependant, alors que le marché numérique unique est essentiel, il ne suffit pas à lui seul  pour faire de l’UE une force incontournable en matière de nouvelles technologies.

Pourquoi un marché numérique unique ?

La création d’un marché numérique unique est indispensable. Le défi pour l’Europe est de créer un terreau fertile afin que des entreprises européennes, aujourd’hui limitées à un marché national (par exemple les 66 millions d’habitants français), puissent agrandir leur terrain de jeu et ainsi concurrencer les géants technologiques chinois et américains. Car les chiffres sont inquiétants. Si aux Etats-Unis on compte près de 106 licornes (une start-up dont la capitalisation boursière est valorisée à plus d’1 milliard d’euros), il n’y en aurait que 17 en Europe. Il s’agit là de bien plus qu’un simple combat de coqs : au vue des transformations que la technologie entraîne avec elle, sur le long terme la souveraineté  de la région est en jeu.

Aujourd’hui les géants américains dominent le marché lorsqu’il s’agit de créer et d’entraîner des systèmes algorithmiques “intelligents” à partir de données d’utilisateurs (de Google, Apple, Facebook, Uber, etc.). Alors que les décisions deviennent de plus en plus automatisées et assistées grâce à leur utilisation, la question de l’accessibilité de l’information se pose. Si un pays n’est plus en mesure d’ouvrir lui-même la “boîte noire” de ces logiciels afin de mieux comprendre ses décisions, il est dépendant de la volonté d’un fournisseur étranger, lequel accroît de ce fait son pouvoir de négociation. Ce sujet est particulièrement sensible lorsqu’il s’agit de données de sécurité nationale : si l’Etat français ne peut développer sur son territoire les technologies capables d’assurer sa sûreté dans un monde digital, doit-il recourir aux outils américains ou chinois ? Un pays peut-il être indépendant lorsqu’il s’en remet à une organisation étrangère pour miner de telles informations ?

De plus, la dépendance est également économique. Aujourd’hui, on peut raisonnablement estimer que la balance des échanges en matière de services numériques est déficitaire de plusieurs milliards d’Euros. De l’autre côté, les exportations numériques françaises ne représentent pour l’instant que des montants faibles, si ce n’est marginaux. Ce phénomène ne va pas en s’améliorant : demain, avec l’avènement de services considérés comme vitaux, tels que les smart grids (des réseaux d’énergie utilisant des calculs algorithmiques pour réguler la quantité d’énergie produite et distribuée en fonction de la consommation d’une zone géographique) ou les logiciels bancaires (permettant l’automatisation des transactions), ce déséquilibre pourrait atteindre une part significative du PIB national.

Les quatre piliers de l’innovation

Face à ces menaces, l’émergence d’entreprises européennes de taille critique, fortes, innovantes et capables d’exploiter la quantité astronomique de données produites chaque jour, est notre meilleur atout. La finalisation d’un marché numérique est le premier pas pour y parvenir. Si nous voulons résister à la compétition, il faut entrer dans la position d’acteur de la transformation à l’aide d’un corpus d’idées politiques européennes pour le numérique.

Car si le marché numérique unique (ou Digital Single Market à Bruxelles) est indispensable, à lui seul il est insuffisant pour pérenniser l’économie numérique européenne et, à long terme, assurer son rayonnement dans le monde. En s’inspirant des hubs technologiques étrangers (par exemple, d’ouest en est : la Silicon Valley, Atlanta, Boston, New York, Londres, Stockholm, Herzliya, Haïfa – en Israël -, Shenzhen ou Shanghai), on note que le développement des écosystèmes numériques repose sur quatre piliers :

  1. l’accessibilité du capital aux entreprises numériques, de l’amorçage au stade de maturité ;
  2. la qualité du capital humain et donc un système de formation (enseignement supérieur et formation professionnelle) inscrit dans une transition vers l’ère digitale ;
  3. l’émergence de clusters de taille critique (au minimum 5 000 personnes dédiées, en contact dans une zone géographique restreinte) créant des liens entre universités, grandes entreprises et start-ups ;
  4. des politiques publiques accommodantes, facilitant l’entrée de nouveaux arrivants.

Le défi est donc de créer ces conditions favorisant l’innovation et la croissance dans le milieu technologique.

L’importance des politiques publiques

En se penchant sur l’histoire récente des Etats-Unis, il est possible de retracer les directives allant dans ce sens. Par exemple, le pays était le premier à introduire le fameux principe de neutralité du net qui a récemment fait couler tant d’encre après son abrogation le 14 décembre dernier. Celui-ci a permis à un grand nombre de start-ups d’accéder à l’infrastructure numérique, touchant ainsi au quatrième pilier mentionné ci-dessus. De même, Al Gore avait mis en place dans les années 1990 une taxe fédérale sur l’e-commerce, interdisant ainsi aux Etats américains de taxer individuellement les bénéfices sur le commerce en ligne. Enfin, on remarque la mise en place de réglementations accommodantes sur le  capital risque ou de politiques publiques ambitieuses en matière de financement de technologies de ruptures à vocation  militaires (qui, entre autres, aboutiront à l’invention d’internet) par le gouvernement durant la guerre froide. Cela a fortement favorisé l’émergence du complexe militaro-académique qui a eu le triple avantage de former des talents, rendre du capital disponible et initier la création de clusters. Ces initiatives ont énormément participé à l’essor de l’économie numérique aux Etats-Unis.

De notre côté, en Europe trop d’entreprises innovantes sont aujourd’hui freinées par une régulation qui favorise les acteurs traditionnels, généralement nationaux. Or, si les entreprises innovantes ne sont pas en mesure de grandir, leurs services ou produits technologiques resteront la proie de géants tels que Facebook, qui peuvent soit les acquérir soit les copier, et ainsi transférer l’innovation vers les Etats-Unis.

Il faut donc encourager nos entreprises à l’échelle européenne, d’abord en leur offrant un marché numérique unique comme celui que nous sommes en train de créer, mais également en favorisant l’émergence d’environnements aux caractéristiques ci-dessus (capital financier accessible ; capital humain qualifié ; clusters ; politiques publiques accommodantes).

Il est difficile d’envisager une stratégie d’émergence numérique sans créer des logiques d’innovation militaires européennes. Le principe d’une grande agence d’innovation de rupture européenne, tel qu’il est actuellement envisagé avec le soutien français, ne peut à cet égard qu’être encouragé. De la qualité de sa gouvernance dépendra son succès. Sur ce point, il est faux de croire que tout se résume aux montants investis comme cela s’entend souvent : des stratégies audacieuses, sur des terrains de rupture (comme l’intelligence artificielle, les systèmes décentralisés…), peuvent aboutir à des niveaux d’efficacité très élevés.

Paradoxalement, avec l’élection d’Emmanuel Macron d’une part, le Brexit et l’élection de Donald Trump d’autre part, se crée une forme de momentum qui pourrait être favorable à l’innovation européenne. De surcroît, les nombreux conflits entre les Etats européens et les plateformes américaines sont peut-être en train de catalyser une volonté d’unification du continent sur les sujets technologiques. Dans le cas de Google et de la politique de la concurrence, seuls les 28 Etats membres sous le nom de la Commission européenne ont pu avoir assez de poids pour infliger cette facture de deux milliards d’euros. Nous pouvons nous réjouir de cet événement qui a fait apparaître le besoin d’un agenda politique européen sur le numérique. Et si pour l’instant les politiques publiques se dessinent dans l’adversité, il faut espérer que dans le futur elles procéderont d’une volonté d’endosser le rôle d’acteur de la transformation numérique.

Analyse de Gilles Babinet, publiée sur le site de l’Institut MontaigneMarché numérique unique : et après ?

 

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Edito

Macron en tête au premier tour – présidentielle 2017

En portant en tête dès le premier tour Emmanuel Macron, la France vient de se livrer à l’un de ces coups de théâtre qui jalonnent son histoire et en font une nation à nulle autre semblable.
Que de fois n’avait-on pas dit que l’élection présidentielle ne pouvait se jouer hors le cadre des Partis politiques traditionnels? Ou que la France, pays vieilli et rétif au changement, se réfugierait dans un vote conservateur?

C’est tout le contraire qui s’est produit.

Ils viennent de signifier leur volonté de changement, non seulement dans la conduite des affaires du pays mais aussi dans l’état d’esprit général. Assez de pessimisme et de récriminations. Sauvons l’Europe et redressons le pays, en y faisant repartir la croissance et l’ascenseur social: voici la feuille de route qui attend le futur chef de l’Etat et avec lui, les nouvelles générations qu’il incarne.

Interdiction de décevoir.
Le 7 mai, nous voterons donc, comme ce dimanche, avec l’ardent espoir de remettre la France En Marche.

Les Gracques

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On parle de nous

M Le magazine du Monde – L’alliance Bayrou-Macron : la revanche des Gracques

Article de Zineb Dryef publié dans M Le magazine du Monde du 4 mars 2017.

C’était le 22 mars 2007. La campagne présidentielle, haletante, battait son plein. Nicolas Sarkozy ? Ségolène Royal ? François Bayrou ? Toutes les hypothèses étaient encore plausibles. Les sondages virevoltaient, indécis, quelques semaines avant le premier tour. C’est alors qu’un mystérieux groupe a fait son apparition sur la scène publique : les Gracques (du nom de deux hommes d’Etat réformistes romains, Tiberius et Gaius Gracchus). Une sorte d’amicale d’anciens hauts fonctionnaires de gauche, convertis aux joies du libéralisme. Ils ont jeté, ce jour-là, un gros pavé dans la mare en publiant une tribune dans Le Point qui leur a valu leur quart d’heure de célébrité. Un appel à une « coalition de progrès » entre la candidate socialiste et le candidat centriste.
L’histoire s’est écrite autrement. Nicolas Sarkozy l’a emporté. Et les membres du club sont retournés à leurs affaires, sans jamais vraiment structurer leur mouvement, mais sans pour autant fermer boutique.

Nous voilà dix ans plus tard. Encore un 22, février cette fois. Le Tout-Paris médiatique et politique attend une nouvelle candidature de François Bayrou. Mais, coup de théâtre, il fait une proposition d’« alliance » à Emmanuel Macron, qui s’empresse d’accepter. Les temps ont changé. Et voilà cet attelage qui fait désormais figure de challenger de Marine Le Pen pour le premier tour et de favori du second. Comme si les Gracques, enfin, étaient sur le point de voir leurs rêves exaucés.

« C’est une forme d’aboutissement politique d’une démarche intellectuelle, admet Alexandre Wickham, directeur de collection chez Albin Michel, qui est à la fois membre des Gracques et leur éditeur. On nous disait : “C’est irréaliste.” Mais notre combat n’a pas été inutile. » René Silvestre, fondateur de L’Étudiant, désormais dirigeant de pépinières d’entreprises, et membre des Gracques depuis 2007, accueille régulièrement dans son vaste appartement des soirées qui s’éternisent à refaire la gauche. Pour lui, l’alliance des deux hommes ne peut être que réjouissante. Même s’il tempère l’ardeur des complotistes : il appelle, modeste, à ne pas exagérer le rôle de ce petit lobby. « L’alliance de la gauche avec Bayrou, ce sont des idées qu’on distille depuis dix ans, mais nous ne sommes pas les artisans du rapprochement avec Macron. Si on y a un peu contribué, tant mieux. Disons que l’Histoire a un sens et qu’on est allés dans le sens de l’Histoire… »

Difficile de résumer ce groupe de surdiplômés (ENA, Polytechnique, HEC), passés autrefois par les cabinets ministériels socialistes (Rocard, Jospin, DSK, Bérégovoy) et désormais souvent des pointures du monde des affaires. Les intellectuels Erik Orsenna et Pascal Blanchard les ont rejoints. Le célèbre obstétricien René Frydman également. Ce dernier résume: « Les Gracques, ce sont des gens divers qui sont actifs dans la société, et se situent, grosso modo, sur une ligne réformiste. » « C’est à la fois un cénacle, un think tank, une société secrète qui opère à visage découvert », avance Alexandre Wickham. Bernard Spitz, président de la Fédération française de l’assurance, aime beaucoup l’expression employée un jour par le journaliste Jean Daniel: « Un groupe de réflexion et de pression. » Depuis, il l’a reprend. « Personne ne nous a mieux définis, sourit l’infatigable et volubile président des Gracques. Ce n’est pas une société secrète. Si vous allez sur le site des Gracques et que vous signez le manifeste, vous êtes un Gracque! » Bernard Spitz revendique 2 000 signataires, dont de nombreux jeunes.

En 2007, il rêve d’un groupe qui incarnerait un courant, une voix qu’il ne trouve nulle part. « Un courant progressiste, une sorte de rocardisme moderne »,  définit-il. Lors d’une réunion de ces « réformistes européens » tenue pendant leur université d’été en 2008, le rapporteur des débats est un jeune inspecteur des finances, tout juste entré chez Rothschild: Emmanuel Macron. Il ne s’éloignera plus guère. En 2015, il prend la parole lors d’un colloque organisé par le groupe. En septembre 2016, le Sommet des réformistes organisé par l’Institut Montaigne et par les Gracques à Lyon, sur les terres de Gérard Collomb, dont il est proche, a pris la forme d’un grand raout politique autour de l’ancien ministre de l’économie, qui clôturait l’événement.

Fait-il partie des Gracques? « C’est un compagnon de route », « tout le monde le connaît », « c’est un ami des Gracques », éludent ses membres qui reconnaissent pour certains avoir trouvé en lui leur candidat de rêve. Un candidat « issu de la gauche » qui affirme haut et fort: « Je suis libéral. » Pour autant, Bernard Spitz répète que « collectivement » les Gracques ne roulent pour personne mais pour des idées.

Construite pour infléchir la ligne de Solférino, l’association les Gracques n’a désormais plus vocation à regarder du côté du PS. Un des plus anciens membres du groupe reconnaît que « la donne a changé ». Depuis l’apparition d’Emmanuel Macron, « l’avenir de la gauche et du pays n’est plus au PS. De ce point de vue-là, on est quasiment tous partis pour soutenir cette candidature à titre individuel. » « Les deux tiers des Gracques connaissent Macron, admet un Gracque. Beaucoup travaillent pour lui. » Un autre ajoute: « J’ai adhéré à En Marche!, mais je ne suis pas dans l’équipe de campagne. » René Sylvestre, lui, n’a pas cette fausse pudeur. A bientôt 70 ans, le « plus vieux et le moins diplômé des Gracques », selon sa propre formule, assume son adhésion à En Marche! « Je ne suis ni de droite ni de gauche. Les Gracques me plaisent, il y a un côté gaulliste dans notre démarche, un côté pragmatique, non idéologique que je retrouve chez Macron. » Silvestre et sa femme ont contribué à hauteur de 15 000 euros à la campagne de l’ex-ministre de l’économie (« j’aurais donné davantage, si c’était autorisé! ») et participe à la rédaction des propositions dans ses domaines: entreprise et éducation. Macron est à l’écoute de ces « sages ». Il est le seul candidat à avoir reçu René Frydmand après l’appel de l’obstétricien à légaliser la PMA. « Il ne l’a pas fait parce que je suis un Gracque », nuance le professeur. Jacques Galvani, énarque et consultant en communication stratégique, membre des Gracques depuis cinq ans, se retrouve lui aussi (« évidemment ») dans les propositions d’En Marche!, auquel il a adhéré. Il rappelle que « cette idée qui a beaucoup été moquée », les cars Macron, a été proposée dès 2011 par les Gracques. Page 212 de leur livre-manifeste: « Développons donc le transport en autocar, avec des bus Greyhound à la française. » En 2014, lorsque Jean-Pierre Jouyet, membre fondateur des Gracques, entre à l’Élysée (et démissionne du groupe) et qu’Emmanuel Macron atterrit à Bercy, certains y voient la main du think tank. Accusés par Aquilino Morelle, conseiller déchu de François Hollande, d’avoir oeuvré en coulisses pour pousser le président à prendre un tournant libéral, les Gracques rigolent. « Si 10% de ce qu’on lisait sur les Gracques était vrai, on aurait changé le pays il y a dix ans », s’amuse Jacques Galvani.

« Ce n’est pas raisonnable de penser qu’on a influencé le tournant de François Hollande, juge un Gracque qui préfère rester anonyme. Il avait annoncé lors de notre université d’été de 2008 que les socialistes devaient faire prévaloir l’offre plutôt que la demande. Son tournant ne nous a donc pas étonnés. Nous l’avions appelé de nos voeux, mais nous n’étions qu’une voix parmi d’autres. » Le tournant est « arrivé trop tard », regrette même Jacques Galvani. « La fenêtre de tir était désormais trop courte pour obtenir des résultats. Psychologiquement, les électeurs n’ont rien compris. Il aurait fallu commencer de suite, dès 2012. »

« Les Gracques sont un groupe d’influence. Ils expriment leurs idées face à des gens qui eux détiennent le pouvoir », explique un membre. Les deux premières années de la présidence Hollande, les membres du « bureau », qui désigne le noyau dur des Gracques actifs, font passer des notes, demandent à être reçus, participent à des réunions en off dans les ministères. Un travail collectif toujours signé les Gracques. « On a un réseau important, lié à nos études, à nos expériences politiques et professionnelles. » Bernard Spitz est reçu trois fois à l’Élysée, à titre individuel. « Sous Hollande, on s’est dit: « Il faut agir! »; plus que des livres, on a fait passer des notes, on a rencontré des gens au pouvoir », raconte un des membres. « On plonge en sous-marin pendant six à huit mois et on ressurgit là où on ne nous attend pas », résume Alexandre Wickham. En l’occurrence, dans des tribunes assassines dans Le Point. Novembre 2012: « Pour les réformes, c’est maintenant! » Avril 2013: « C’est maintenant ou jamais! » (ce texte contrarie durablement Jean-Marc Ayrault). « Si Hollande affectait une certaine indifférence, il demeurait attentif à ce que les Gracques disaient ou publiaient », affirme Wickham.

Dix ans après leur appel à une alliance du PS et du Centre, la rupture semble consommée avec le parti de leur « jeunesse » dont ils jugent la ligne « archaïque ». En janvier, le soir du premier tour de la primaire à gauche, ils ne suivent le scrutin que pour la forme. « Par intérêt citoyen », corrige Bernard Spitz. Le « bureau » a organisé l’une de ces soirées d’appartement qu’ils affectionnent. L’élection de Bernoît Hamon les consterne. « Bien sûr, on aurait préféré que Manu (Valls) l’emporte, raconte l’un des membres. Mais Solférino est un astre mort. » « Le PS s’est replié sur son appareil. C’est un parti d’attachés parlementaires », ajoute un autre. « Les Gracques? Des « zozos », disait d’eux Hamon en 2007. Aujourd’hui, autour de lui s’est créé un groupe de réflexion monté par des jeunes gens pas tendance gauche libérale du tout. Ils s’appellent « les Grecs ».

Article de Zineb Dryef publié dans M Le magazine du Monde du 4 mars 2017.

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Pascal Blanchard: « L’élection de Trump, c’est la victoire du choc des civilisations »

Interview réalisée par Laure Gautherin le 9 novembre 2016 pour le site Aufeminin.com 

Si l’arrivée de Donald Trump à la tête des Etats-Unis a surpris le monde entier, son élection est bien loin de constituer un phénomène isolé. Comme nous l’explique Pascal Blanchard, historien, celle-ci ne s’inscrit que dans un (re)basculement général de la politique vers un populisme nourri par la peur de l’autre.

 » Cette élection a une forte odeur des années 30 « , constate Pascal Blanchard, historien, documentariste et co-directeur de l’agence de communication Les Bâtisseurs de Mémoire, suite à l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis. Peut-on réellement parler de surprise ou encore de cas isolé ? Certainement pas. Avant de se pencher sur le cas américain, il rappelle la situation en Europe mais aussi ailleurs, où les idées populistes et les discours alimentés par la haine de l’autre connaissent depuis un certain temps une renaissance.

 « Trump se place dans cette continuité. Ça n’est pas une élection sortie de nulle part. Depuis 10 ans, on observe lors des élections les mêmes fractures raciales et genrées que pendant la campagne américaine, souligne-t-il. Cette rupture n’est pas nouvelle, on a déjà pu l’observer en Italie avec l’alliance de Berlusconi avec la ligue de droite, la force de Pegida en Allemagne… L’Autriche va peut-être bientôt élire son premier président fasciste depuis la 2nde guerre mondiale et en France, Marine Le Pen joue sur la fracture coloniale. Son slogan « On est chez nous », est exactement, au mot près, la campagne que vient de mener Trump.« 
Et le phénomène n’est pas seulement européen ou américain. On parle d’une contagion planétaire qui ne connait que de rares exceptions dont certains pays nordiques, pourtant admirés jusqu’alors pour leur ouverture, ne font pas partie. « Même au Japon, où les étrangers sont ultra minoritaires, on peut l’observer. Si vous écoutez bien le premier ministre Shinzō Abe actuellement, ses discours sur les Coréens sont totalement incroyables. On a l’impression d’entendre Marine Le Pen sur les Maghrébins en France. Ce populisme traverse le monde. En Australie, l’extrême droite commence aussi à obtenir des votes. »

Les dangereux échos du passé

Difficile en effet de ne pas faire la comparaison avec cette période sombre de l’histoire où, rappelle Pascal Blanchard, « naissait tous les 6 mois une nouvelle dictature en Europe. » « On remarque les mêmes mécanismes électoraux qu’à l’époque avec l’arrivée au pouvoir des dictateurs comme Hitler. La campagne de Trump était basée sur la haine, la peur et cette élection a symbolisé une véritable fracture raciale. On peut comparer son cas à l’arrivée de Mussolini qui s’était présenté comme le Duce de tous les Italiens. Trump est un Mussolini moderne« , explique-t-il en faisant référence à son discours de victoire dans lequel il se promet d’être le Président non pas d’un peuple mais de « tous les Américains« .

Dans les années 30, c’était le traumatisme de la 1ère guerre mondiale qui avait motivé cette virée populiste. Aujourd’hui, ce revirement n’est pas sans cause non plus. « La guerre contre les extrémistes musulmans, avec comme point de départ le 11 septembre, mais aussi Ce qui se passe en Europe depuis un an avec les réfugiés ont été un déclencheur absolu« , analyse l’historien.

L’identité au coeur

« Les gens ne fonctionnent pas avec la raison mais avec la peur, la peur de l’autre, la peur de perdre son statut social, la peur d’une 3ème guerre mondiale demain. Ils cherchent un bouc émissaire, un ennemi commun et ils cherchent à protéger leur identité. Et ce que les gens pensent comme faisant partie de leur identité c’est d’être blanc. »
La fameuse suprématie blanche qui ne s’est jamais éteinte a abattu grâce au candidat républicain sa meilleure et ultime carte. « Dans un contexte où aujourd’hui, il y a plus de bébés de couleur que de bébés blancs qui naissent, les Américains voient la fin de leur suprématie. Et Trump est le dernier porteur du glaive défenseur de cette suprématie. » Suprématie face à laquelle se soulèvent des minorités dont la voix se fait de plus en plus entendre.

« C’est la victoire du choc des civilisations. Trump est dans cette guerre-là, c’est un homme qui va commencer par construire des murs, séparer les gens, définir que des personnes d’une certaine religion n’entreront pas sur le territoire et dont la politique centrale va donc être de protéger la race« , résume Pascal Blanchard qui rappelle que le Républicain n’a jamais caché la nature de son programme qui va donc faire de cette mission de protection de la race le moteur de la première puissance mondiale, au détriment des droits de l’Homme.
« Il va y avoir une politique migratoire extrêmement dure et contraignante. L’autre, l’étranger, va être perçu comme un ennemi intérieur et extérieur. Je vous passe le fait d’être musulman demain au Etats-Unis ! » annonce-t-il.

Les Etats-Unis, miroir de la France ?

Les élections américaines opposaient deux candidats mais les électeurs n’ont pas tant voter pour le Républicains que contre sa rivale Hillary Clinton. Malgré les sondages qui la donnaient gagnante, la cote de popularité de la Démocrate a joué au yoyo pendant toute la campagne et l’ex Secrétaire d’Etat n’a jamais fait l’unanimité. Symbole de la corruption suite à plusieurs accusations de financements frauduleux via sa Fondation et l’affaire des emails privés, « Hillary Clinton représente pour beaucoup la nomenklatura washingtonienne, des gens qui sont complètement déconnectés de la réalité et de la société américaine et qui ne savent plus parler au peuple. C’est exactement le problème de la gauche en France. Beaucoup de gens aujourd’hui ne se sentent plus du tout concernés par la politique socialiste et par François Hollande, Ils ont un sentiment que la gauche sociale les a totalement oubliés, qu’elle privilégie les droits des étrangers, qu’elle ne répond plus à leurs attentes. »

Quel discours tiennent alors ces déçus du gouvernement ? « Je possède peu mais le peu que je possède je veux le conserver. Et qu’est-ce que je possède ? C’est une couleur de « natif ». Il est anormal que quelqu’un qui arrive après moi ait plus de droits que moi. » Ce discours on l’observe à tous les niveaux, même dans les classes populaires, note Pascal Blanchard. « Quand vous n’avez plus rien, vous n’avez plus qu’une chose à défendre c’est la couleur de votre peau qui vous donne un pouvoir, celui d’être supérieur à l’autre, donc d’avoir plus de droits que lui. Cela se traduit par la préférence nationale, le protectionnisme, l’interdiction du franchissement des frontières, etc. » Un discours qui ne nous est pas totalement inconnu…

« Selon ces augures politiques, il va falloir regarder de très près la campagne de 2017 car personne ne croyait à la victoire de Trump, et il a gagné, et personne ne croyait à l’arrivée de Marine Le Pen et elle s’est offert un score exceptionnel à la dernière présidentielle. » CQFD… Ce qui est certain, c’est que l’année prochaine, une importante partie des citoyens français votera en fonction de sa couleur de peau, comme aux Etats-Unis.
Quant à ces derniers, le clivage à la fois racial, genré et générationnel qui a marqué ces élections, très serrées rappelons-le, représente un certain espoir. « Comme l’explique très bien Michael Moore, c’est le dernier tour de force des « petits blancs » mais qui risque de durer 4 ou 8 ans. » Des années qui pourront toutefois être longues et difficiles. En effet, le Président aura de son côté le Congrés, à majorité républicaine. « Il arrive avec une puissance incroyable » et promet déjà de mettre à mal les avancées effectuées par Obama. Il faudra donc se montrer patient, très patient.

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Sommet des réformistes européens 2016 – photos